PEREDA
de purs chefs-d'œuvre. Nous n'hésitons pas à mettre au l'ang de ces derniers Sotileza, oîi le vieux Santander hommes et choses) est évoqué avec une si extraordinaire puissance (I88i), El Sabor de la tierruca, dans lequel celte même tendresse virile se mêle à une intrigue un peu mélodramatique (1882!, Ln Puchera (1889), dont les typesontun relief qui ne permet point de les oublier, et Pcna.'i arriha M89.">), où les pages superbes abondent, mais où se trahit l'incapacité de ce rare portraitiste ou costitmbrisla à former un plan fortement médité et bien lié. Il y a bien du talent encore dans les romans où Pereda, catholique et royaliste à mâcha martillo, soutient les thèses qui lui sont chères: U. Gonzalo Gonzalez de lu Gonzalrra ,,1878), LU Biiet/ suelto... (1877), dirigé contre le célibat, De talpalo tal astilla, coïiire-Ytarlle de M'^''dela Quintinie de G. Sahd, de Sibxjlle d'Octave Feuillet ou de Gloria de Pérez Gald6s. Pedro SàncAe;, roman madrilègne, a eu ses admirateurs; il nous semble cependant qu'en quittant le sol natal, Pereda perd une partie de ses forces. Dès le début de sa carrière littéraire, il avait montré dans ses Esee- /iasmo/tfa»esa.«,quiparurentendeu.\ séries, en I86i et enl871, et, quelques années plus tard (1876), dans ses Bocetos al temple, l'originalité de son talent de peintre d'après nature. Car, dans tout ce qu'il a écrit, on sent circuler la brise salée des côtes cantabriques ou les fortiliants. parfums de la montagne. C'est là évidemment, en plein air, d'après le modèle vivant, dans les paysages familiers, que ses études ont été conçues et achevées. Beaucoup de ses types ont été surpris, fixés tout vivants avec leurs façons d'être, leurs manies, leurs tics et leur langue : on les voit, on les entend, on les reconnaît d'abord. Le style, chez lui, ne sent point l'huile, ni le labeur du cabinet : il jaillitspontanément, coloré, pittoresque, plein d'expressions populaires et d'idiotisnies du cru (qui ont nécessité parfois un lexique spécial), d'une saveur singulière dans le dialogue, d'une abondance et d'une variété dans la description qui mettent en pleine lumière toutes les ressources de la langue espagnole, de la vieille surtout, car il y a comme un parfum archaïque (non voulu
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sans doute; dans la façon de dire de cet hidalgo chapado à la antigua. Et toutes cesfqualilés rares donnent l'idée d'un maître ouvrier auquel il n'a manqué que quelques qualités secondaires, et peut-être un peu plus de savoir-faire et d'art de la réclame, pour se placer tout à fait au premier rang dans la littérature européenne.
Nous ne dirons que quelques mots du P. Jésuite Luis Coloma (né en i85i ), lequel, après avoir écrit un assez grand nombre de contes, peu connus en dehors du cercle des lecteurs pieux [El Primer baile, l'olvos y lodos, Malrdicencia, La Gorriona, Era un santo\ etc.), eut tout à coup un succès de scandale avec son roman de l'cqueùeccs iPetitessen, 1891). Cette satire virulente de la haute société sous la Restauration Alphonsiste, où l'on voit de grandes dames, mal dissimulées sous leur masque, compromises dans des aventures et des promiscuités suspectes avec des aristocrates corrompus ou idiots, des francs-maçons et des conspirateurs romantiqui-s, piqua vivement la curiosité liublique. Des polémiques retentissantes éclatèrent. On exalta le «grand romancier qui se révélait » ; on insulta cet î; audacieux pamphlétaire en soutane ». Mais tout ce bruit se calma, et l'on s'aperçut que le romancier n'était, selon ses propres expressions, qu'un moine « qui dressait ses tréteaux dans les pages d'un roman, pour prêcher de là à ceux qui autrement ne l'écouteraient pas >'. Pour les attirer, il leur servait la doctrine o envuelta en una salsa licitamente profana ». De l)ons juges, qui avaient le palais délicat, trouvèrent que cette sauce était trop piquante, et le ragoût trop épicé. Le scandale s'apaisa vite et l'au- (pur rentra modestement dans l'ombre, d'où il n'est plus sorti.
6. \l""Emilia Pardo Bazân née à la Corogne en 18.'ir, par la variété de ses aplitutles, par son admiraiile labeur, par