‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 218 sur 263 · ÉPOOIE CONTEMPORAINE. — LE ROMAN · texte numérisé non relu

ÉPOOIE CONTEMPORAINE. — LE ROMAN

Roch (3 volumes, 1878). Les œuvres capitales abondent dans la série dite des Nouvelles espagnoles contemporaines r El Amujo Mamo 1 1881), Tormento fl884), Fortunatn y Jacinta (1887s étude pénétrante et minutieuse des transformations de la bouri:eoisie madrilègne; Angel Guerra 1891), magistral essai sur le mysticisme moderne, si bien localisé dans la vieille Tolède; ] es qn:itre Torquemada; y azar in (1895'. d'une si curieuse psychologie et d'un art si parfait, rival, sinon modèle, du Santo (190d) d'Antonio Fogazzaro ; bien d'arutres enfin, qui mériteraient d'être analysées.

Le théâtre, après le roman, a séduit M. Pérez Gald<'is, comme tant d'autres ; mais, malgré des tentatives répétées et, qui méritent l'estime des connaisseurs, il n'a pu y retrouver encore le même succès 'lieatidad, La Loca de la casa, La de San Quintin, Los Conéenados, La Fiera, etc.). Dans Realidad (1890, dans El Ahuelo (1897), et dans Casandra. « novelas en cinco jornadas », il a inauguré un genre noTiveau, la novelahahlada, ou nouvelle en dialogues, qui supprime toute description, toute analyse, tout intermédiaire, tout ce qui, en un mot, est de l'auteur, pour laisser seuls en présence les personnages, qui s'expliquent et se peignent eux-mêmes par le dialogue ou par leurs actes. Cette tentative d'un écrivain arrivé à la gloire, et qui a derrière lui un tel passé, montre un esprit inquiet de nouveauté, avide de perfection, une conscience artistique qui ne se satisfait pas aisément. Elle est très digne d'attention, dût-elle échouer dans la pratique. Aujourd'hui, dans toute la force de son talent, M. Pérez Galdôs est certainement l'un des maîtres du roman contemporain en Europe.

8. Armando Palacio 'Valdés né à Entrulgo. dans les Asturies, en iHy>.i fait lui aussi grand honneur à l'école romanesque espagnole, par l'importance de son œuvre, par la probité de son t.ilent, par la imursuite consciencieuse

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d'une perfection toujours plus grande. Cette œuvre, déjà très riche, est très variée par le ton, par les intrigues, commo par le lieu de la scène. Les Asturies, l'Andalousie, les eûtes levantines ont tour à tour fourni le cadre des tableaux. M. Palacio Valdés a plusieurs fois formulé ses idées littéraires (Voyez les Romanciers espagnols, les préfaces de la Hermana San Sulpicio, de Los Majos de Câdiz, etc.). II n'est, dit-il, ni optimiste, ni pessimiste, mais réaliste ; le mot, il est vrai, signifie tout ce que l'on veut, et l'auteur essaie de le préciser. Mais laissons là ces définitions, toujours contestables, et voyons l'œuvre. Elle débuta, en i881, par El Seilorito Octavio, avec ce sous-titre significatif : Noiivelle sans aucune intention transcenâantale. Elle se poursuivit par une œuvre exquise, Marta y Maria (1883), deux sœurs, dont Tune symbolise la perfection mystique, l'antre l'amour humain et les joies légitimes d'ici-bas. — El Idilio de un enfermo (1884) se rapproche plus du naturalisme à la manière française, mais rien, en revanche, de plus noblement idéaliste que la touchante histoire du pécheur José (188'i). — Biverita, Ma.ximina, El Quarto Poder [Le Quatrième Pouvoir), mais surtout La Sœur Saint-Sulpice (La Hermana San Sulpicio), où le paysage andaloii. vu par un Asturien, tient tant de place, contribuèrent beaucoup à étendre la renommée de l'auteur, ainsi que La Espuma {L'Ecume), satire de l'aristocratie, et La Fc, critique de la fausse religiosité. — El Maestrante (189.3), El Origen del pensamiento, Los Majos de Cddiz, La Alegria del capitùn Bibot (1899), l'un des plus caractéristiques et des plus parfaits récits de l'auteur, La Aldea perdida (1903), et enfin Tristan ô el Pesimismo (1906) nous montrent, sous des jours différents, le talent de l'observateur, du psychologue et de l'écrivain, dont la langue souple et colorée, plus abondante que ramassée, égayée souvent par une ironie sans amertume, se plie à tous les sujets et à tous les tons. Les suffrages de l'Académie espagnole et l'hommage solennel de ses compatriotes Asturiens ont récompensé dernièrement cette belle vie de travail, qui est loin d'être terminée.

ÏH'l ÉlMjyUE CUMK.MPORAINE, — LE ROMAN'

î). I.a |3lace nous inamiue pour parler comme il conviendrait des romans de Jacinto Octavio Picon, romancier, Journaliste-, critique dart très compétent (né en 1852). bizaro, Juan Viihjar, La liijastra del amoi\ El Enemiyo, La Honvada, Dalce y Sabrosa, etc., toutes éludes de la vie contemporaine par un esprit très libre et très courageux); — de Ortega Munilla. né en 1856, publiciste subtil et brillant [La (iijarra, Sor Lacilio, El Trrn directo. Don Juan Soto. Cleopatra Pérez, etc.); — de Leopoido Alas, qui prit le nom de guerre de Clarin 1852-1'JOl ), jirofesseur de Droit à Flniversité d'Oviedo, l'un des maîti'es préférés de l'actuelle génération. La vigueur, brulale parfois, mais sincère, de sa critique littéraire, dans ses Solos de Clarin, dans ses Folletos liteiarios, dans ses Palitjues, etc., lui valui bien des ennemis. Ses Cuentos morales, mais surtout ses romans, La licgenta [La Rcijcnte de la Banipie , et Su ùnico hijo furent très discutés, car. malgré leurs défauts, ils n'étaient point coulés dans le moule banal.

Lr marquis de Figueroa peignît la société aristocratique dans La Vlzccndesa de Armas (1887), que rappelle Pequeneces. — Carlos Frontaura (né en 18o4') photographie dune façon spirituelle les côtés extérieurs de la vie madrilègne dans ses Tiendas Les Boutiques;, si connues même à l'étranger, dans ses Tipos uuidrilefws, Gente de Madrid, Lances de la Vida, Galeria de Matiimonios, dans ses zarziielas : Un cahallero particular, En las astas del toro, etc. — Luis Alfonso (18ir6-1892i voulut èlre, au contraire, le chroniqueur du monde élégant dans Historias coi'tesanas, Ciientos raros. — Juan Ochoa, mort à trente-cinq ans (1899), avait fait concevoir de grandes espérances par ses trois romans: Suarnado discipulo, Un Aima de Dios, Los Sefiores de Hennida- — On pouvait espérer beaucoup aussi d'Angel Ganivet ISii:!- 1898!, qui avait profité de ses fonctions diplomaliqui's i)our étudier en philosophe lr mouvement des idées en Europe. Il a mis beaucoup de sa riche expérience dans Las Cartas finlandesas, dans Los trabajos del infatigable creador Pio Cid (1898), sous une formr roni.inesfjui', cl surtout dans son

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htt'uiiinu espaiiol, l'un des livres les plus piofiuids et les |ilus suggi^slifs qui aient jamais l'Ié r-ci-iis sur l'Espagne. — Federico Urrecha Jh-spues ilel couihah' . José Navarrete, Ceferino Suârez Bravo, Juan Mûhoz y Pabon iii'i iti-iaiiMit aussi i)lus qu'une mention.

I.e bachelier Alouf^o San Martin, pscudunyine assez transparent de deux érudits, évoque les temps disparus dans son ingénieuse et classique Hosteria de Canlillana 1902), où, dans un décor du temps de Felipe IV', il met des passions 1res vivantes.

I<>. Parmi ceux qui ont accordé dans leurs récits une part prépi)ndérante à la descri[ition pittoresque et au paysage, il ne faut pas oublier, — après- Polo y Peirolôn, l'auteur déjà lointain de Las Coslumbres popitlarcs de la Sierra île Alharracin (1876) et de Los Mayos, novela de coslumbres arai/onesas (1879), — Ricardo Macîas Picavea, qui a, su rendie l'austère Iristessr' de la Ticrra de Campas [2 volumes, 1 898-1890), — ni Arturo Campidn, it Miguel de Unamuno, deux savants qui, entre d'autres tiavaux, se sont servis du roman pour pein'dre leurs petites patries respectives, — la Navarre et la Viscaye, — et pour populariser de généreuses idées, celui-ci dans l'az en la ijuerra (1897), celui-là dans Blancos y Xecjros il898i; — ni Eusebio Blasco, né vers 1844, avec ses amusants Contes aragonais, — ni les Andalous, qui sont légion. Qu'il nous suflise de citer Arturo Rayes, né en 1863, le luillant el populaire auteur di' El laipir de lu Vinuela, Cartucheiitu, et du lecueil de vers Desde cl surco; — .\I""= Elança de los Rîoi: de Lampérez, qui se repose de ses travaux critiques en écrivant Sandre cupafiola, La Rondcàa, El Salrador : — et surtout Salvador Rueda, né le .3 décembre 18')7, à Benaque ^Màlaga), qui est avant tout un poêle, mais qui possède, en même temps qu'une lyre très vibrante, une palette étincdante dont il prodigue les couleurs dans ses nouvelles. Leurs litres seuls sont une évocation de PAndalousie classique : El Patio andaluz, El Cielo alcf/re, Bajo la parra Sous la treille), (ira-

nada y SeviUa, rapides a(|uarelles et notes de couleui-, Et Giisano de luz{Le Ver luisant, 1889), La Rcja {Le Balcon, 1890), histoire d'un sacorio ou enlèvement légal, La GitanaHS92).

II. Mais le plus célèbre de nos jeunes roniancicis provinciaux est, sans contredit, le Valencien Vicente Blasco Ibâhez (né en 1867). Son renom a grandi depuis une dizaine d'années et a franchi les frontières. Il y a deux parts dans son œuvre ; d'al)ord les romans proprement valenciens, annoncés par un recueil de Cuentos Valencianos très typiques. Ces romans sont : Arroz y Tartana... {Riz et Tartane... ou la Poudre aur yeiix, 1894), notes précieuses pour l'histoire sociale et économique de Valence ; Flor de Mayo (1896 , si dramatique et si coloré; LaDarraca (1901, traduit en français sous le titre de Terres maudites), qui consacra définitivement la réputation de Rlasco Ibâùez et la répandit à l'étranger ; Sônnica la Cortesana (1901), reconstitution artistique, à la manière de Salammbô, de l'antique Sagonte; Entre naranjoa [Parmi les Oranrjers, 1900) ; Carias y Barro (Roseaux et Boue, 1902), drame puissant, le chef-d'œuvre peut-être de l'auteur; il a pour cadre la* lagune fiévreuse de l'Albufera. — La seconde série est formée des romans sociaux par lesquels le fougueux polémiste et député, républicain et libre penseur, propage ses théories ou soutient son idéal : La Catedral, 1903 (dont la scène est à Tolède'', El Intruso, 1904 (à Bilbao), La Bodega, 1903 (à Jérezl, La Horda, 1905 (à Madrid). —La Maja demuda, 1906, est une curieuse étude de psychologie d'artiste.

Vicente Blasco Ibâfiez, qui s'est peu à peu affranchi de limitation des maîtres réalistes français (de Zola surtout), trop sensible parfois dans ses premières œuvres, est le plus populaire des romanciers contemporains. Mais ces derniers sont nombreux. Plusieurs d'entre eux, par leurs recherches de formes et d'expressions nouvelles, par des tentatives artistiques intéressantes, montrent que la force d'invention n'est pas épuisée en Espagne. Des artistes consciencieux comme Pîo Baroja. qui a déjà à son actif

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