Résumé historique et artistique
Daies pui.ncipales. — Monarchie aslurienne, 718-914. — Monarchie léonaise, 914-1035. — La Castille, comté indépendant en 930, est réunie au royaume de Léon, en 1037 ; elle en est séparée de nouveau de 1157 à 1230. — Fondation des royaumes (le Navarre, en 926, et d'Aragon en 1035 (réunis de 1076 à 1134). — Réunion de IWragon et du comté de Barcelone en 1137. — Fondation du royaume de Portugal (1139).
liais de CasIiUe et de Léon. — Fernando I (1037-1065). — Sancho II (1065-1072;. — Alfonso VI ^1073-1109). - Doua Urraca 11109-1126) Alfonso VII (1126-1137). — Rois de Castille. — Sancho m (1157-1158). — Alfonso VllI (1558-1214). - Enrique I (1214-1217. — Fernando III (1217-1230\ — Rois de Castille et de Léon. — Fernando III (1230-1252). — Alfonso X (12.52-1284).
Lorsque ("invasion arabe vint bouleverser l'Espagne, la société s'organisait sous les rois Visigotbs. Les codes dits d'Alaric, d'Euric, de Chindasvinte, et le Fuero Jiizgo correspondent à un état social conforme au type barbare (noblesse, hommes libres, vassaux, colons, esclaves), plus ou moins modifié par les lois romaines. Les Visigotbs, primitivement Ariens, se convertirent au catholicisme avec le roi Récarède (589). Dès lors le clergé prit une iniluence considérable, qui s'exerça dans les conciles, sortes d'États généraux, de Corées, où s'élaboraient les lois. Il se met résolument à la tète de cette société sur laquelle
1 't DES DÉBUTS DE l..\ LITTÉHATLRE A ALFO.NSO X
il conservera toujours sa prépondérance. C'était d'ailleurs la seule classe où persistaient des traces de iiulture litti'-raire et scieiitifique, héritée des Romains, mais influencée plus tard par la tradition byzantLn.e (très sensible dans le domaine artistique), et orientale (par rinlermédiLiire des Juifs surtout;. Du v" au xiii" siècle, d'Orose et dlsidore de Séville jusqu'à Rodrigo de Tolède et Lucas de Tuy, toute la littérature appartient au latin. Elle n'est point certes sans influence sur les idées et la civilisation, bien loin de là; mais elle reste en dehors de notre sujet propre. Jusqu'aux approches de la Renaissance, le rôle du clergé, fidèle au latin, ne correspond pas, dans la littérature vulgaire, à son importance sociale.
La conquête musulmane fut l'un des facteurs essentiels de l'Espagne médiévale. En dépit de profondes différences de race, de religion, de mœurs, la brillante civilisation des Ommiades (756-1081), celle des Almoravides (10S6-M48), puis des Almohades (H48-I2S0) et enfin des Alhamares de Grenade (I "-'38-1492) ne pouvaient point ne pas rayonner autour d'elles. En fait, leur influence s'exerça par l'intermédiaire des Mozarabes (ou chrétiens volontairement soumis au pouvoir des Arabes), des Juifs, en rapports d'affaires avec les vainqueurs et les vaincus, des mulaclies ou chrétiens renégats, et enfin des mudëjares ou musulmans restés dans les provinces reconquises par les princes chrétiens. I>'habituelle tolérance des Arabes, les alliances politiques et militaires, les enrôlements de soldats musulmans et chrétiens sous les mêmes bannières, les mariages même contribuèrent à mélanger des éléments primitivement si opposés. Les Espagnols conquis apprirent la langue des vainqueurs, ou, de même que les miidéjnres, ils introduisirent dans le romance vulgaire {nlromia, allathina, aijamia) beaucou|i de mots arabes. Les mudéj.ires se servirent même des caractères arabes pour écrire l'espagnol Utcratiira aljamiada). Les uns et les autres s'instruisirent dans les florissantes écoles de Cordoue ou de Tolède, i|ui attirait-nt des s.ivants de tous les pays et où l'on enseignait, à
PREMIKHE KPOOLK. HÉSLMÉ HISTORIQUE lo
cùté du Corail, la philosophie, la médecine, les sciences, la grammaire, la poésie. Ce fut par les Arabes Averapace (7 en 1138), par Abubeker Ben Thofaïi (7 1190), Fauteur du Pliilosophus autodidactus iXiSit Averroës {7 1206j, l'illustre traducteur et commentateur d'Aristote; ce fut aussi par les Juifs, tels que Avicebron (Salomon Gabirol, 7 1070), qui écrivit la Source de la Vie et la Source de la Science, par Ben Ezra, par Maimûnides i Rabi Moises ben Maimon, ilSo- 1208 ,qui laissa le fameux Guide des égarés, qu'ils commencèrent à connaître les philosophes et quelques auteurs grecs et qu'ils purent faire leur profit du riche trésor des légendes de l'Orient et de sa littéi^ature didactico-romanesque. Des convertis comme Pedro Alfonso, des Juifs comme Juan de Séville (Aben Daud) et Juda Alharizi, des Espagnols comme Domingo Gonzalez, des étrangers comme Platon de Tibur et (iérard de Crémone, etc., multipliaient les traductions de toutes sortes d'œuvres orientales. Remarquons toutefois que, dans le domaine intellectuel, les Arabes inventèrent moins qu'ils ne transmirent. Ils furent, de même que les Juifs, des intermédiaires plutôt que des créateurs. Ni leurs chroniques, ni leurs poésies (quoique quelques-unes, comme celles de Jehuda Ha-Levi, auteur du Kuzari, et de Salomon Gabirol, La Couronne royale, vers le milieu du xi= .siècle, soient de premier ordre), ne paraissent avoir eu d'inlluence réelle sur leurs adversaires. Mais ces derniers apprirent beaucoui) ù leur école en matière de sciences, d'agriculture, d'industrie, et ils purent admirer le riche épanouissement de l'architecture et des arts somptuaires, qui (U'vaient laisser une trace profonde.
En face de celte civilisation, si brillante surtout sous les Ommiades, celle des petits royaumes chrétiens paraît, à l'origine, bien rudimentaire et barbare. La lutte pour l'existence, les rivalités dynastiques, puis le désir, l'obsession de la iîecongiu'/t' absorbaient toute leur activité. Cepen-
IC) 1)E> DKIÎLTS DE LA I.lTTÉlîATL RK A AI.FO.NSO X
dant la société future s'élaborait lentement et obscurément dans les divers Etats qui se formaient le long de la cliaîin' pyrénéenne et cantabrique. Les luttes entre ces États, tantôt unis, tantôt séparés, sont perpétuelles. L'organisation sociale, fondée sur la différence des classes, la constitution politique avec sa hiérarchie les rois ou les comtes ind('pendants, les grands vassaux si souvent en révolte, le haut clergé et les monastères avec leurs privilèges seigneuriaux, les plébéiens et les serfsi étaient, dans leurs grandes lignes et sous des noms différents, à peu près les mêmes partout. Mais chaque région cependant possédait certaines institutions locales qui lui assuraient une physionomie particulière. Sans entrer dans le détail, dirons que les vieilles traditions se maintinrent mieux dans les royaumes de Galice et de Léon, tandis que les États du nord-est. dont les communications s'établissaient bien plus aisément avec le midi de la France qu'avec les États du nord-ouesl de la Péninsule, se différenciaient de plus en plus de ces derniers. A parlir du x" siècle commence à apparaître une classe moyenne, une sorte de tiers état dont les privilèges et les droits allaient être consacrés dans les fueros et les cartas de poblaciôn. La réunion, sous le sceptre de Fernando I le Grand t037-100D,i, de la Castille, de Léon, des Asturies et de la Galice est, au point de vue politique, une date importante, quoique cette union ne dût être déliuitive que sous Fernando III le Saint (1230-1252).
Durant cette époque, l'Espagne clin'lienne subit, parallèlement à l'influence arabe, celle de la civilisation française plus avancée, qui agit d'une manière très énergi(iue non seulement sur son organisation sociale et politique, mais encore sur sa littérature naissante et sur ses arts, ainsi d'ailleurs que sur toutes les nations voisines. Toutes <( se sont éveillées pour ainsi dire à sa voix ••, selon