‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 224 sur 263 · ÉPOQUE CONTEMPORAINE. — ÉRUDITS · texte numérisé non relu

ÉPOQUE CONTEMPORAINE. — ÉRUDITS

6. Le maître incontesté Je la rriiiijiif> r[ d»' l'histoire littéraire est actuellement M. Marcelino Menéndezy Pelayo, né, en 185C, à Santander, professeur à ILniversité centrale et directeur de la Bililiothèque nationale. Il n'est, pour ainsi dire, aucune partie de Tliistoire des lettres ou de la civilisation de son pays qu'il n'ait éclairée d'une critique aussi intelligente que bien informée. Il débuta, encore bien jeune, par un ouvrage encyclopédique, la Ciencia Espanola, destiné à combattre le reproche d'obscurantisme trop souvent adressé à l'Espagne. Cette œuvre de jeunesse (1878), il la perfectionnera et la mettra au point dans sa maturité. \.' Horacio en Espana (1877, puis, en deux volumes, en 1883) n'est qu'une monographie d'apparence modeste, mais qui, chose fi^équente chez notre auteur, donne beaucoup plus qu'elle ne promet. Il en est de même de VHi^itoria (le los Hetcrodo.TOs espa fioles (trois volumes, 1880-1881), de Calderonysu teatro([SS[), où les limites forcées de la conférence donnent plus de concision à la forme toujours abondante; de VHistoria de las ideas estéticas en Espaiia (neuf volumes, 1883-1891 s œuvre capitale, mais dont l'auteur a tellement élargi le plan et étendu les limites (d'ailleui's peu précises), qu'elle reste inachevée, etquedesvolumesentiersdemeurent en dehors du sujet annoncé. — Les Estudios de critica Hteraria (1884), les admirables prologues des douze volumes actuellement publiés de la Antologia de poêlas liricos castellanos (1890-1906), prologues dont un seul (celui des Romances Viejos) comprend deux tomes, ceux des treize volumes d'' l'édition inonumentiile de Lope de Vega, de l'Académie espagnole, également en cours de publication, les Or iijenes de bt yoi-ela, dans la ^ueca B. A. E (1903 , sans parler d'une multitude d'articles et de préfaces, généreusement semés de toutes |)arts, ne peuvent donner encore qu'une idée incomplète de cette féconde et inlassable activité. Mais c'est moins le nombre de ces travaux que leur valeur intrinsèque qu'il

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faudrait louei\ La critique de M. Menéndez Pelayo, pour minutieuse et bien informée qu'elle soit, n'est pas une critique morte; elle vit, et elle fait revivre tout ce qu'elle touche. La sympathie pour les œuvres explique ces miracles, que l'érudition, à elle seule, ne saurait opérer. Il ne faut pas oublier que le critique (comme Sainte-Beuve '■t tant d'autres) avait commencé par être poète, ce qui est une garantie précieuse de compétence et d'intelligence des œuvres JJdas, cpislolas y trar/edias). Sans doute, il a, en matière religieuse, philosophique et politique, des idées nettement arrêtées; tous ses lecteurs ne le suivront pas dans toutes ses conclusions doctrinales; quelques-uns seront choqués peut-être par des affirmations qui leur paraîtront inacceptables. Mais il est évident (|ue l'intransigeance batailleuse des premières œuvres a fait place peu à peu à une conception plus large et plus tolérante, sans cesser d'èti'e aussi ferme et aussi pénétrante. L'ensemble de l'œuvre forme inconlestablement la plus riche et la plus suggestive exposition du di'veloppement des Lettres en Espagne, et, soit dans la Péninsule, soit à l'étranger, tous ceux qui s'occupent de ces dernières lui sont redevables à quelque titre. 11 serait à souhaiter que toutes ces études fragmentaires fussent réunies en un seul corps et reliées les unes aux autres. Elles formeraient ainsi cette histoire littéraire qu'Amador de los Ri'os entreprit un peu prématurément, qu'il laissa inachevée, et que personne encore n'a osé reprendie, ou n'a pu mener à terme.

7. A côté de M. Menéndez Pelayo, le représentant le jilus autorisé de la philologie espagnole est un Colombien, M. José Rufino Cuervo, né en 1844. Ses Apuntaciones sobre cl lenguaje Bogolano (1867, 5'' édit. 1907), et surtout son admirable Diccionario de constnicciôn // régimen de lalençjua castellinta (1886), malheureusement interrompu après la lettre D, sont devenus des ouvrages classiques. — On peut dire que c'est à la suite de ces deux maîtres et bien souvent grâce à la collaboration et à l'impulsion de

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M. Menéndez Pelayo qu'une phalange d'amis ou de disciples commence à renouvelerles études de critique en Espagne. — Au premier rang, M. Ramon Menéndez Pidal spst signalé dtbonne heure par des travaux qui si- <nnt imposés, hors d'Espagne, à l'attention et à l'admiration des spécialistes [La leijenda de los Infantes de Lara, 1896 ; Le Poemadel Cid, 1898 ; Crônicas générales de Espana, 1898 ; Maniial de Gramàtica histôrica espanola, 1905 (2* édition); Primera Crônica fjeneral de Espana, tomo 1, 1906 . L'histoire littéraire médiévale, en particulier, a été entièrement renouvelée, sur plusieurs points (épopée, romancero, historiographie, dialectologie), par les travaux originaux de M. Menéndez Pidal, maître incontesté de la jeune école érudite; — A. Paz y Melia, laborieux et habile archiviste, a édité avec mélliode et illustré avec précision une foule de textes et de documents. — Emilio Cotarelo a donné, sur YUlnmediana, 1886, sur Tirao de Molina, 1893, sur Marte, 1897, sur Ramon de la Cruz, 1899, sur Montoro et son Cancionero, 1900, sur l'histoire du théâtre au win*^ siècle, des ouvrages bien informés et agréables. — Francisco Rodrîgnez Marin a réuni les Cantos populares espanoles en une excellente collection, qui peut servir de pendant à celle de J. M. Sbarbf (El refranero espafwl, 1874-1878, 10 vol. I. Il a enrichi en outre l'histoire littéraire de monographies définitives 'El Loaysa de « El celoso Extremeno >•, 1901 ; Barahona de Soto, 1903 ; Rinconete t/ Cortadillo, 190ij, modèle de ces éditions critiques, si rares en Espagne; Pedro Espinosa, 1907 ; — Joaquîn Hazanas y la Rua, autre Sévillan, a, comme le précédent, éclairé hien des points obscurs {Academias literarian de Sevilla, 1888; R. Fernàadez de Ribera, 1889; La imprenta en Sevilla, 1892; Mateo Alemàn, 1892; Ohras de Gutierre de Cetina, deux V(dumes, 189;!; Los Rufianes de Cervantes, 1906, etc.); — Cristôbal Ferez Pastor a fouillé avec bonheur archives et protocoles de notaires : il en a rapporté maints détails nouveaux sur Cervantes [Documentos Cervantinos, 1897, deux volumes), sur I.ope de Vega [Proceso de L. d. V., 1901, en collaboration avec .\. Toniillo,, sur la Biographie de Calderôu

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