‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 35 sur 263 · Résumé historique et artistique · texte numérisé non relu

Résumé historique et artistique

Rois de Castille et de Léon de la Maison de Bourgoqne : Alfonso X El Sabio (1252-84). — Sancho lY El Bravo (1284-95). — Fernando IV El Emplazado (1295-1312). — Alf.mso XI El del Salado (1312-50). — Pedro 1" El Crueloa El Justiciero (13 0-H9). — Maison de Trastamara : Enrique II El de las Mercedes (1369-79). — Juan I" (1379-90). — Enrique lll El Doliente (1390-1406).

Durant cette période, la Castille (unie à Léon), la Navarre, TAragon (uni à la Catalogne) gardent encore leurs dynasties distinctes. Dans l'Espagne chrétienne, l'histoire de ces deux siècles est caractérisée par des événements analogues : d'une part, la lutte de la royauté contre la noblesse turbulente et ambitieuse, et de l'autre, le développement des classes bourgeoises et populaires, qui profitent des dissensions entre la royauté et la noblesse pour conquérir et [lour s'assurer une liberté relative et faire consacrer leurs droits.

Par suite, sauf de bien rares intervalles, l'histoire de ces règnes est une succession monotone de rébellions, d'usurpations, de guerres civiles qu'interrompent seulement les cruelles répressions de souverains ou de ministres énergiques, tels que Sancho IV et Bravo, sa femme Marîa de Molina, régente pendant la minorité de Fernando IV et pendant celle de son petit-fils Alfonso XI, et surtout Don, Pedro le Cruel ou Don Àlvaro de Luna, sous Juan II. Grâce à ces discordes

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perpétuelles, les Musulmans menacés purent se maintenir dans le royaume de Grenade. L'invasion des Benimerines faillit même, en 1340, être funeste à l'Espagne, qui ne fut sauvée que par la victoire d'Alfonso XI au Rio Salado. L'Aragou et la Catalogne, sans inquiétude désormais du côté des Arabes, tournèrent leur activité vers les conquêtes dans la Méditerranée, et, grâce aux talents de Roger de Lauria, de Ramôn Marquet et d'autres chefs habiles, s'emparèrent de la Sicile, de la Corse, de la Sardaigne. Les A lino,g avares de Roger de Flor conquirent même un moment TEmpire de Constantinople et répandirent la terreur des Barres aragonaises dans tout l'Orient.

La situation intérieure des royaumes espagnols, particulièrement de la Castille, offre, au milieu de ces luttes perpétuelles, un tableau peu consolant. Les efforts des classes moyennes vers un état régulier qui, sous la garantie des Fueros, leur assurât une indépendance relative, font l'intérêt réel de cette période. Les anciens serfs 'juniores de hereditate en Castille, vaf^allos de parada, homes de paratje, payeses de remensa, dans la confédération aragonaise-catalane, foreuses à Majorque), achèvent d'obtenir en droit, sinon toujours de fait, une amélioration à leur sort, reconnue par les Cortès, consacrée par les Fueros. Les institutions municipales s'organisent et dans les concejos des communes, la classe moyenne prend conscience de sa force; c'est d'elle que sortent les juristes ou. letrados, alliés naturels de l'autorité royale. Ces municipes deviennent, surtout dans les provinces orientales, à Barcelone et à Valence, le berceau des libertés futures. (En Castille, Cortès de Valladolid 1296, 1307, 1325, 1351, de Burgos 1311, de Madrid 1329, d'Alcalâ 1348; en Catalogne, Constitution de Barcelone de 1284.) L' Aragon a un magistrat particulier, le Justicia, intermédiaire entre les nobles et le roi, et qui, en certaines circonstances postérieures, se trouva personnifier les fueros du pays contre l'omnipotence royale. Dans ce pays toutefois, le sort des serfs et des vilains resta longtemps beaucoup plus dur qu'ailleurs. Le Privilégia gênerai

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(1283) et celui de la Union (1287) ne firent que fortifier l'aristocratie contre la royauté.

Le développement des institutions commerciales, fiduciaires et maritimes, encore imparfaitement étudiées, est, sans contredit, l'un des traits les plus importants de la civilisation de cette époque [Privilegio de mercaikre^ de 1281; Ordenamiento de menestrales, sous Don Pedro I"''; développement des Cofradias, Gremios, fondation des Consulados de Mar, des Lonjas ou bourses de commerce, institution des lettres de change, etc.). Mais il en est un autre, plus en rapport avec notre sujet, et que la littérature, à elle seule, permettrait de signaler : c'est l'abaissement de la moralité publique. Les bouleversements quasi perpétuels, les meurtres, les trahisons, les scandales de toutes sortes donnés par les rois, les princes et les prélats, l'anarchie dans le Gouvernement et dans l'Église, désolée par le grand schisme d'Occident (1378-1417), sans parler des lléaux publics, tels que la peste noire ou d'Algésiras (1348), font de ces deux siècles, et plus particulièrement du xiv®^ l'un des plus tristes de l'histoire d'Espagne.

Inûuences littéraires et artistiques. — Du moins la littérature, ainsi que nous le verrons, et les beaux-aits continuèrent à se développer. Les deux induences encore prépondérantes pendant la majeure partie de cette période sont la française, dans la littérature et l'art, et l'arabe, dans les sciences, la philosophie et les arts somptuaii'es. Ce n'est que vers la fin du xiv" siècle que celle de l'Italie se fait sentir. L'école d'érudits et de traducteurs ouverte à Tolède, où l'on apprenait même les sciences suspectes (/os diablos, la ciencia toledana), et les aljamas, ou écoles 7nudéjares, multiplient les sources du savoir. Les Universités s'organisent et se développent; quelques savants se distinguent même à l'étranger, à Paris, à Uome, à Bologne,

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OÙ, en 1364, le cardinal Gil de Albornoz fonde le collège espagnol de San Clémente.

C'est dans le courant du xni<= siècle, ainsi qu'il a été dit plu^ haut, que l'art oyival (d'ailleurs d'origine française) remplace définitivement le roman, avec lequel il se combine tout d'abord, comme à Santiago, à Tarragona, à Lérida, aux Huelgas cisterciennes de Burgos, et dans une foule d'autres édifices. De cette époque datent les admirables cathédrales de Léon (apparentée à celle de Chartres, de Tolède, de Burgos (plus semblables à celle de Bourges;, puis de Palencia, de Cuenca, d'Oviedo, de Barcelone, de Mallorca, etc., ainsi qu'une foule de chefs-d'œuvre, cloîtres, tombeaux, portails, tympans, statues, retables, etc. L'architecture du Midi de la France se retrouve à Manresa, à Gerona, à Tarragona et dans les abbayes cisterciennes (Sautas Creus, Poblet, etc.). Les nefs uniques avec chapelles dans les contreforts, comme aux Jacobins de Toulouse, apparaissent assez souvent. Les clochers octogones (3/(;y»f/t7 et porte de Serranos à Valence, tours de Lérida et de Barcelone) rappellent aussi les clochers toulousains ou provençaux. — L'imitation des monuments arabes produit un type plus national, l'art mudéjar qui a laissé tant de monuments caractéristiques, depuis l'Alcazar de Séville (1353-64) et les synagogues de Tolède (El Trânsilo, Santa Maria la Blanca), jusqu'à l'élégante Puerta del Sol, de la même ville, à la Torre IS'ueva, récemment démolie, de Saragosse, et aux nombreuses églises de la Vieille Castille, comme Santa Maria de la Mejorada. — N.-S. de la Lugareja(Arévalo) présente un type intéressant de roman-ogival en briques, de la première moitié du xiii^' siècle. — Les peintures murales de la Catedral Yieja et de San Pablo, à Salamanque, le Jugement final, à San Isidore de Léon, peuvent donner l'idée des vieilles fresques. Au xiv^ siècle commence à se montrer l'imitation des primitifs italiens, particulièrement de Giotto (1276-1336), imitation plus fréquente sur la côte levantine (voir le musée de Valence); puis, à partir du séjour de Van Eyck en Espagne (1428), celle des pamcncos ou

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Flamands, luépondtrante à l'époijue suivante. La peinluro sur verre (les verrières de Léon, du xiv^ siècle) ou sur parchemin minialures) doit plus à l'art français et parisien, quoique l'enluminure italienne mt-rile déjà l'allenlion. Comme types de manuscrits ornés, on cite ceux des Cantigas, du Lapidario, du Sabev de Aslronomia d'Alfonso \, les Bibles de Pedro de Pampelune, de Luis de Guzmàn, le Pontifical de Scville, etc. — Le plain-chnnt a atteint loul son développement au xiii<= siècle, avec les Clunisiens; le chant lyrique i)rofane emprunte ses mélodies etses instruments aux Piovençaux, aux Galiciens et aux Arabes.

Les littératures contemporaines. — Les juincipaux noms dr la littt'-ralure française durant cette époque sont ceux des chroniqueurs Joinville (1 224-13 fOj et Froissart (1300-1400), des poètes Guillaume de Lorris (f vers 1260) et Jean deMeung (7 vers 1318), des dramatiques et lyriques Adam de Le Halle (V 1286), Rutebœuf (contemporain de saint Louis et de Philippe le Hardi), Eustache Deschamps (f 1421). Le Miracle [de NotrerDame, de Théophile}, les Mystères, les Jeux de la Feuillée, de Robin et Marion, de Griselidis] continuent les traditions dramatiques.

De leur coté, les poètes procencaux ou limousins continuent le mouvement initié au siècle précédent, et contribuent à l'éclat des cours de Jaime 1 (1213-76), de Pedro II! d'Aragon (1266-85), et d'Alfonso X de Castille. — Rertran de Lamanon, Bonifacio Calvo, Aymeric de Belenoi, Giraud Riquier, Foulques de Lunel, Arnaud Plagues, Berlran Garbonel, >'"At de Mons, et bien d'autres, furent les protégés ou les correspondants de ce dernier*. Les règles de leur art compliqué sont données par Vidal de Besalu dans ses Razos de trobar (première moitié du xui^ sièclej, par Jaufré de Foxa (/{é'.7/t'.S' de trobar, vers 1290 1, et par G. Molinier,

t. Milâ y Fonlanals, De los Irovadores en Esparia, Barcelone, l!S89 (2-' édit.;. Voyez surtout le chap. Il : Trovadores provenzales en Espana. — P. Meyer, Enc>jclop. Brilann., xix, 8G7. — C. Michaclis de Vasconcellos, Cane, da Aynda, toine n, chap. vu.

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vers 13bO, dans ses Floi'S del gay saher ou Keya d'Amors. La liltérature italienne prend, précisément à ia fin du xni« et pendant le xiv** siècle, un développement magnifique. Cette brillante période commence par le NovelUno (fin dusHi*^), Dino C-ompagni (1282-1300 : Cronica délie cose correnti ne' tempi suai), le Tesorclto (remaniement du texte français) de Brunetto Latini (1220-95), ambassadeur de Florence auprès d'Alfonso X, les poésies de Guido Cavaicanti (vers 1259-1300), de Cino da Pistoia 1270-1337), de Ser Durante (Dante?). — Elle atteint sou ajiogée avec Dante (1 265-1321 : Vita Nuova, Divina Commedia, Convivio), avec Pétrarque 1304-74 : Rime, Trionfi, œuvres latines), et avec Boccace (1313-75 : Béfaméron, Filocolo, Filoslrato, La Fiammetta. Il Ninfale Fiesolano, Ameto, Vamorosa Visione). — Citons encore Francesco da Barberino il2fi4-1348: l dociimenti d^Ainore, Del reggimento e costiimi di donna), Saccbetti 1335- 1400;, Villani Thistorien (7 1348), sainte Catherine de Sienne (1347-80 : ses Lettres), enfin Salutati, qui annonce et commence, avec Pétrarque, l'ère des latinistes et des humanistes. Evidemment un tel rayonnement ne pourra manquer de s'étendre et d'agir sur les pays environnants, et particulièrement sur les provinces orienlales de l'Espagne.

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