Edit. Llaguno y Amirola (1779;. — B. A. E., t. LXVI
84 DALFO.NSO X A JLAN IT. POESIE
l'essive sévérité pour Don Pedro. Mais ses sympathies et ses antipathies, dont il faut certainement tenir compte, ne vont jamais jusqu'à lui faire déguiser sciemment la vérité.
Avec ce contemporain du Français Froissard et de ritalien Villani, l'histoire perd le caractère d'impersonnalité qu'elle avait eu le plus souvent jusque-là : l'auteur, l'homme se montre enfin, et communique au récit un accent particulier. Avala en fait aussi — ou du moins il s'efforce d'en faire — une œuvre artistique, selon des modèles antiques qu'il avait pratiqués et qu'il tâche parfois de reproduire, en particulier Tite-Live. On sent déjà chez lui comme un premier souflle de la Kenaissance : Tite-Live et Boccace lui servent d'étude et de modèle, de même qu'il cherche chez les moralistes, comme saint Gré'goire, Boèce ou saint Isidore, une consolation dans ses tribulations. Pour ces raisons diverses, ses Chroniques marquent une évolution fm])ortante et un progrès certain dans l'historioijraphie espagnole.
Mais le principal titre d'Ayala est dans le poème, où il résuma sa riche expérience, et qu'il intitula El liimado de Palacio ou Libvo de los fecho-s de l'ahicio, liitiiox de hu maneras de Palacio [Poème de la vie de Cour) '. 11 le composa dans la dernière partie de sa vie : l'une des poésies. If Deylado sobre el Cisma de Occidente (en octaves dodécasyllabiques), fut écrite entre 1398 et 1404; la partie lyrique, qui interrompt la monotonie de la vuaderna via, date dr son emprisonnement en Portugal i385i. Tout ce qui précède doit être antérieur à 1380, à en juger par les allusions qui s'y trouvent. L'ouvrage, qui a, par le fond et par le plan (ou, si l'on veut, par l'absence de plan , bien des points de ressemblance avec le Libro de biteu Amor, est à la fois une autobiographie, un ouvrage de. philosophie morale, un n'sumé de la (loclrine chrétienne' {les Dix commandements, les Sept pèches mortels, les Sept œuvres de miséricorde, les Cinq sens, les Sept £ucrcs sp iri-
\. Deux manui-c. du liin ado : de lEscorial et de .Madrid. — lùlit. Janer, B. A. E., t. LVll (1864).
LÔPEZ DE AVAI.A S.")
luelles), une longue lamenUition sur les misèros et les vices (lu temps. C'est évidemment cette dernière partie, toute morale et satirique, qui reste la plus vivante et la plus touchante. On y sent, à chaque page, l'accent d'un honnête homme, d'un homme d'État que scandalise et qu'inquiète le spectacle des maux alTreux de l'époque. Il n'y a nulle part, même chez Juan Huiz, de déposition plus st'vère, plus précise contre la corruption, la simonie, la luxure, l'ignorance, l'avidité des laïques et des ecclésiastiques :
Quales menisiros ticne el qxw por nos innrio,
Vernuenm es dczirlo
Si estos .son menistros, sonio de Satnnay^.
Rois, [)rinces, prélats, ministres, Juifs, gens de lois, soldats, marchands, tout ce qui vil du malheureux peuple, tous les parasites qui en sucent la sève et en boivent le sang jusqu'à la dernière goutte (para bccer la sangie de los pobres cuytados^, sont tour à tour passés en l'evue et cloués au pilori, lit toujours, toujoui's il en sera ainsi :
Asji pasa ; mal pccadol paso c pasara.
Cette éternelle lamentation, ce triste ;mal pecado! revient à chaque instant comme une sorte de refrain désolé. Le spectacle qu'il a sous les yeux arrache au vieux chancelier de beaux cris d'humanité qui lui font d'autant plus d'honneur qu'ils sont rares à cette dure époque :
De un padre, de una madrc con ctlos desccndcmos ; Vna }iaturaleza elles e nos avemos; De vivir e niorir una Icy tenemos...
ft de touchants appels à la Justice et à la pilii- de Dieu :
Aijamos por il oimienda, seyant nos promeliste !
86 d'aLKONSO X A JUAN II. — POÉSIE
L"ouvrage se termine par une suite de coiisejos où se trahit l'expérience du vieil homme dÉlat et par les Canticas à la Vierge, que rimait le prisonnier,
Encerrado en una casa escura,
Trabado de una cadena aaaz grande e dura,
ou quil composait de (jrueso estilo au milieu des montagnes où il se retira. Ces chansons d'inspiration poétique médiocre, de mètres très variés, doivent, à côté de celles de Juau Rufz, occuper une place importante dans la poésie lyrique castillane de cette époque.
4. Sem Tob. — Si le xiv<= siècle laissa beaucoup à désirer sous le rapport de la moralité, ce ne fut point, on le voit, faute de conseillers ni de prédicateurs. Il est vrai que les conseils de l'archiprêtre Juan Ruiz sont suspects, mais ceux du rabbin Sem Tob sont irréprochables, à part certain fatalisme oriental, qui émousserait aisément la vigueur de la volonté liumaine. Ce Sem Tob (D. Santo, D. Santob, dans les manuscrits '), était un rabbin de Carriôn de los Coudes, qui, déjà d'un âge avancé (voy. le prologue), adressait au roi Don Pedro I^"" ses Proverbios morales, composés en majeure partie sous Alfonso XI, dont ils contiennent l'éloge enthousiaste. L'ouvrage comprend (dans le manuscrit de l'Escorialy dSô copias ou redondiUas heptasyllabiques [abab), soit 2.744 vers, il renferme une suite d'apophtegmes et de conseils moraux, d'enxemjjlos buenos, dont la valeur pédagogique, soulignée par la brièveté sentencieuse, est évidente. Le livre n'était point sans précédent en Espagne, où la littérature parémiologiquf a été particulièrement
1. Ms. Escorial. — Ms. Bihl. nac, Madrid. — Kiiit. Ticknor, llis/. de la LUI. Ksd., Trad. franc, t. I, Append. E, 1864. — B. A. E., t. LVII.