PREMIÈRE PARTIE : LA POÉSIE
I. Poètes des Cancioneros. — \ai poésie, sous les règnes de ces princes, n'est que la continuation de celle de l'époque précédente et elle a les mêmes caractères. Dans ]es cancioneros se mêlent les noms aristocratiques et ceux de poètes qui sortaient des plus basses classes de la société. Mais tous, littérairement parlant, appartiennent au même cercle: ils usent des mêmes procédés; ils développent également les thèmes ordinaires de la poésie courtoise, ce qui n'empêche point de découvrir parfois, sous ce vernis trompeur, bien de la grossièreté et du cynisme. Aucune nouveauté non plus dans la forme ni dans la versification, toujours aussi riche en variétés métriques Quelques nobles inspirations s'élèvent, de temps à autre, au-dessus du niveau médiocre qui- ne dépassent point la plupart de ces versificateurs.
L'énumération suivante (chronologique autant que possible) des principaux d'entre eux continue celle de leurs prédécesseurs', {{appelons que plusieuis ajipartiennenf à la fois aux deux époques.
14. Anton de Montoro (1404-80 , juif converti, était tailleur,! (^ordom; El Hopero de Cnrdobn . I.e recueil de ses poésies- montre un esprit fertile, audacieux, souvent cy-
\. Voyez les poètes antérieurs, p. dlO et suivantes. 2. Cane, de A. de M., p. E. Cotarelo. Madrid. 1900.
POKTHS DES GANCION'EROP 1^3
nique, féroce pour ses ennemis ou pour ses rivaux auprès des grands, dont ils se dispuLaientles faveurs : Juan de Valladolid, Juvera, Diego le Chanteur {cl Tanedor), frère de Martin, !e héraut Toledo, etc. 11 est bien possible qu'il ait collaboré, comme on l'en accuse, au scandaleux Cancionero de Obras de hurlas, mais, malgré tout, sa muse populacière et picaresque sut trouver de courageux accents pour flétrir les pillages, les meurtres dont furent victimes les juifs de Carmona, de Jaén et de toute l'Andalousie, en 1474.
15. Gômez Manrique, seigneur de Villazopeque et Belliimbre i I4I2-14U0), forme un contraste iiarfaitavec le précédent, (jrand seigneur, il jouera un rôle politique et militaire important sous Juan 11 et Enrique IV. Ses poésies', au nombi'e de 108, contiennent sans doute une foule de pièces selon le goût du jour, mais d'autres témoignent d'une inspiration plus élevée, par exemple celle en l'honneur de Santillana, son oncle {Planta de las virtiidcs c pocsia], allégorie dans le genre de la Coronaciôn de Mosni Jordi, de Santillana lui-même ; ou les nobles leçons morales que l'on trouve dans les Consejos ou Copias para cl contador Dici/o Arias de Avila, qui prêchent la modération, dans la E.vrlamarinti // querella de la golicrnacinn, et dans le Hegimiento de Principes. Les compositions dramatiques de Gômez Manrique (une liepresentaciôn pour la fête de iNotd, des Lamentations dialoguées pour la Semaine Sainte, et deux petites pièces de circonstance, mimosj, méritent une mention à part. Ce fut certainement l'un dos meilleurs poètes de son temps.
16. Pedro Guillén de Segovia (I4i:{7après 1474), ou plus exactement de Sevilla, protégé d'.Vlvaro de Luna, et de ["archevêque Carrillo, émule et imitateur de Santillana, de
1. Cane, de G. M., édit. Paz v Melia, 2 vol., Madrid. 1886 (Escrit. Cast. vol. XXXVI et XXXIX).