ENRIOUE IV ET LES ROIS (.ATIIOLIOUES. — POÉSIE
Mena et de Gômez Manrique, mit les Psaumes en vers, lima un Discurso de los doce estados del mundo, des poésies amoureuses et satiriques et composa le premier dictionnaire de rimes castillan [La Gaya de Segovia).
17. Le connétable Don Pedro de Portugal était fils de cet infant don Pedro « el quai anduiu lascuatro (et plus tard las siete) partidas del miuido », et dont les récits de voyages sont restés populaires. Choisi pour roi par les Catalans, en 14G3,il mouruten 146G. Il a laissé, avec quelques poésies lyriques, une composition à la fois moi'ale et philosophique, en prose mêlée de vers, intitulée Sàtyra de f'elicc é infelicc vida, oii il chante ses malheurs amoureux, des Copias del rontempto de) mundo, et la Tragedia (poème) de la Heina Doua Isabel de Portugal '.
18. Juan Alvarez Gato, d'une bonne faniilh' de Madrid (1433-96). Le recueil de ses poésies, qui sont au nombre de 97, a été conservé-. Les unes sont « de amores », les auti-es « espirituales et contemplativas », et ainsi, nous dit Tauteur, tout le livre est fait « d'or et de boue ». Parmi les premières, il y en a de charmantes, pleines d'une aisance élégante et d'une simplicité qui suffiraient à le placer en bon rang.
19. Mais le premier rany est dû sans conteste à Jorge Manrique i 1440-1478), comendador de .Montizi'm, neveu de (lomez Manrique et fils de Rodrigo Manrique, comte de Paredes. Il ne se distinguerait guère, il est vrai, des autres versificateurs de l'époque si, dans une heure d'inspiration, et sous l'empire dun sentiment profond, il n'avait traduit, avec plus de bonheur que tant d'autres, la mélancolique tristesse qu'il r»îssentit, après la mort de son père, à la pensée de l'instabilité des choses humaines. Ses stances
I. Piililié pur M"" Mifhac'lis de Vasconeciios. \^^9 [llomena'je Menéndez Pelayo, t. I, 637).
'2. Cane, de A. G., p. E. Cotarelo, Madrid, 1901.
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fameuses ' ont fait oui)lier tout le reste : elles di^meurent comme l'un des monuments achevés de la langue. Elles ont été imitées par Camoens, commentées par Montemayor et Gregorio Silveslre, glosées par Francisco de Guzmân, Rodrigo de Valdepenas, Luis Pérez, Alonso de Cervantes, traduites dans toutes les langues (par Longfellow, en anglais) et même mises en musicjue. Rien chez elles n'a vieilli, parce que les sentiments qu'elles expriment sont de toutes les époques, et parce que la simplicité de l'expression n'avait point à craindre les injures du temps. Rien de plus simple en effet, ou, si l'on veut, de plus Itanal, que les idées qu'elles contiennent : fragilité des choses humaines, toute-[»uissance de la mort, qui ne respecte ni la grandeur, ni le mérite, ni les richesses; seule, la vertu peut défier le destin; le temps ne peut rien contre elle : son souvenir subsiste éternellement dans la mémoire des hommes. Ces lieux communs, cent fois répétés avant Manrique dans toutes les littératures, sacrées et profanes, souvent exprimées, même par les contemporains et par le propre père de l'auteur, reprises à l'envi par le chœur universel des poètes, n'ont jamais trouvé une forme plus parfaite, un accent plus pénétrant, une application plus directe aux personnages et aux faits de cette époque, si fertile en révolutions, en désastres, en exemples illustres de l'instabilité de la fortune. Les fréquentes allusions aux faits contemporains, sans obscurcir la pensée généi'ale, lui donnent plus île vie et plus d'accent. Le mètre lui-même []n strophe octosyllabique de 12 vers avec ses quatre quebratlos de 4 syllabes (ABc ABc DEf DEf], que le classique Quintana trouvait « fatigante, peu harmonieuse, très propre à donner naissance au concepto et à l'épigramme », s'harmonise bien avec la pensée. M. Menéndez Pelayo la juge au contraire « admirablement adaptée au sentiment », et, à notre avis, il a raison. Elle produit des effets inattendus; le qucbrado semble une sorte de refrain funèbre,
\. Rééditées par M. Foulohé-Delbosc, Rili/. Ilispanicd. t. XI.