HIST. DE LA LIT. F,SPAG.\'0LE
13'( KMilOLL IV ET I.KS liOlS CATMOLIOUES. PHOSE
de San Pedro. L'auteur avait administré, pendant de longues années, au nom de D. Pedro Gii'i'm, la ville de Pefiafiel et quelques autres localités de Castille. Il avait publié, Tannée précédente 1 1491), le Tratado de amores de Arnalte ij Lucenda, • dédié aux Daraes de la reine Isabel, lesquelles y trouveront des lettres et réflexions amoureuses ». Nul doute que ces dernières, comme tous les contemporains, n'aient en effet trouvé plaisir, sinon prolit, dans cet agréable ouvrage, de même que dans le Sermon de amores, qui suivit. Mais elles en trouvèrent davantage encore dans la Prison d^Amour {Carcel de Amor). vaste composition romanesque, où, sous le couvert des amours de Leriano et de Laureola, l'auteur accumulait, sans grand souci du plan, des souvenirs et des confessions personnelles, des lettres d'amour, des aventures fabuleuses, un panégyrique des femmes, des allégories à la manière de Dante, et couronnait le tout par le suicide romantique de son héros. Ce livre célèbre eut, dans l'âge suivant, une trentaine d'éditions. Il inspira plusieurs imitations, dont une, tout au moins, est digne de rivaliser avec le modèle. Je veux parler de la Cuestiôn de Amor, roman en prose mêlée de vers, qui fut composé, entre l.j08 et J512, dans le royaume de Naples foù se passe l'action). La Cuestiun est un roman à clef, et M. B. Croce a donné les vrais noms des personnages. Seul celui de l'auleur, caché sous le pseudonyme de Vasquiràn, a résisté à tous les effoits faits pour le découvrir. Peut-être est-ce le Vàzquez, auteur d'un Declntdo de Amor (vers 15)0), qui rappelle beaucoup la CuestiOn. Quant à cette « question amoureuse », dont on cherche la solution, elle ressemble fort à celle que discutent les bergers Salicio et Nemoroso, dans la première églogue de Gar- A^ilaso. Pour en finir avec San Pedro, disons qu'il se repentit dans sa vieillesse, d'avoir donné- tant de leçons analogues à celles d'Ovide, et qu'il exprima ses repentirs en vers émus dans son Dc.iprecio de la Fortuna ' Caneionero General, n" 2()3).
5. L'Amadis. — Le plus célèlire, sinon le premier en date (les romans de chevalerie espagnols mous avons [larlédéjà, p. 74, du VabaUevo Cifar) fut VAmadis de Gaula, le père et le modèle de tous ceux de ce genre qui inondèrent l'Espagne pendant le xvi<' siècle jusqu'au D. Quichotte. Il est peutêtre encore plus important pai' l'influence qu'il exerça sur les imaginations et sur les mœurs que par son mérite littéraire. Il fut composé à peu près à l'époque de la prise de (irenade (1492 , et la première édition actuellement connue est de lîiOS '. L'auteur, corregidov de Médina del Campo, se nommait Garci Rodrîguez (corriité à tort dans les éditions subséquentes en Ordôhez; de Montalvo. A vrai dire, il se donne simplement comme le ;< correcteur des anciens originaux..., corrompus et composés en style antique ». « Il s'est borné, ajoute-il, à effacer les mots superflus et à les remplacer par d'autres dun style plus poli et plus élégant. » Mais ceci ne s'appliquerait tout au plus qu'aux trois premiers livres, car le quatrième est certainement un complément de son invention, et le cin- (juième forme, sous le titre de Las Sergas de Esplandiân. nn ouvrage distinct.
Qu'étaient ces antù/uos originales, dont parle l'auteur? La question a donné lieu à de longues discussions. 11 est certain que le roman (.VAmadis était counu en Espagne dès le milieu du xiV' siècle (il avait alors trois livres seulement), et que, dès le commencement de ce même siècle, il était célèbre en Portugal. Un auteur portugais, probablement Joao Pires Lobeira, contemporain du roi Dionis et confondu par la suite avec un autre Lobeira (Vasco), introduisait, sur la demande de l'Infant ,I291-132;J plus tard roi Alfonso IV, des modifications importantes dans l'épisode de Hriolanja (imité du roman français
\. Édit. B. A. Y... tome Xf,, 1837 ip.-u' (iayangos).