ENHIÛL'E IV KT LES ROIS CATHULIOLES. PROSE
(l'Agravain). Il mêlait au texte quelques vers, par exemple la chanson de Leonorcta sin roseta, qui figure sous son nom dans le Caucionero Colocci-Brancuti. L'origine et la langue du texte primitif nous échappent; nous ne savons s'il était en portugais ou en espagnol. Ce qui paraît certain, c'est que — s'il ne fut pas traduit d'un original français inconnu jusqu'ici — il doit beaucoup aux romans du cycle breton. Les noms, les épisodes empruntés au Tristan^, à Lancelot du Lac, à Maugis,k Renaud, à Girart de Viane, l'inspiration, les sentiments, le type de civilisation qu'il rellète, tout le prouve.
Quoiqu'il en soit de ces questions non encore définitivement tranchées, ÏAmadis ne devint véritablement populaire en Espagne qu'après être passé par la plume de Montalvo. Il dut cette popularité extraordinaire à plusieurs causes.
En premier lieu, l'histoire des amours d'Amadis et d'Oriane, traversées de tant d'aventures et menées à bien malgré tous les enchanteurs, géants, nains et endriagues, grâce à l'incomparable valeur du Z>o/ice/(/e?/m«ret à l'inébranlable fidélité de la belle Oriane, convenait admirablement à la société rafllnée et chevaleresque du w'^ et du xvi' siècle. Dans Amadis, de même que la géographie et la chronologie restent confuses et imprécises, il n'y a point de caractères, de personnalités, de figures individuelles, mais plutôt des types représentatifs des vertus et des vices incarnés dans des corps humains. L'ensemble reproduit exactement non la réalité historique, mais l'idéal de cette époque, qui est résumée en quelques traits essentiels, plutôt qu'étudiée dans le détail multiple des passions et des caractères.
Le premier de ces traits, souligné surtout dans le personnage d'Amadis, c'est une valeur surhumaine, attribut fondamental du (' Chevalier ». Cette valeur est mise à l'épreuve dans une foule de rencontres où l'imagination du romancier s'est donné carrière. La portée sociale et <iidactique de
L Voyez un fragment d'un Trbitan espagnol, du xiv" siècle, dans les Annales de lu LU. esp. de M. Bonilla, 1904, p. 25.
l'amadis l.'ÎT
VAinadix, considéré comme le; manuel du chevalier accompli et comme le doctrinal de principes y senores, est sensiLde surtout dans les derniers livres du roman.
En second lieu, l'amour, suprême inspiration et unique mobile de tous les actes d'Amadis. Mais cet amour revèl presque partout un caractère relatif de pureté, de fidélité, de grâce décente et poétique. C'est un reflet de la pureté immaculée de Perceval et de Galaad, ou tout au moins de l'amour des Lancelot,des Vvain, des Tristan et autres chevaliers de la Table Hondc. I.a i)assion d'Amadis touche parfois à lafolie, comme dans lépisode de la Peiia pobre ou du Beau Ténébreux : elle annonce les excentricités de Don Quichotte dans la Sierra Morena. D'ailleurs, les scènes les plus charmantes du roman procèdent d.e cette pure source chevaleresque : par exemple, le coup de foudre, lorsque Amadis aperçoit O-riane pour la première fois; l'aubade, si espagnole, ou entrevue d'Amadis et d'Oriane à la fenêtre du palais, tableau qui fait songer, à la fois, à la scène immortelle «ntre Roméo et Juliette et aux entrevues héroïques de Rodrigue et de Chimène; la scène damour dans la /loresta, etc. C'est là quAmadis est véritablement humain; c'est par là (et par là seulement, je le crains bien), qu'il peut encore nous toucher.
Une troisième qualité caractéristique d'Amadis — et celle-là très espagnole encore — c'est son loyalisme, sa fidélité à son seigneur naturel, le roi Lisuarte. Après sa belle, c'est pour lui qu'il brise tant de lances et qu'il triomphe de tant de géants. Ce parfait amant, ce chevalier sans peur et sans reproche, est aussi un vassal modèle.
A côté de lui, et pour varier quelque peu ce type, forcément monotone dans sa [lerfection surhumaine, d'autres chevaliers apparaissent, par exemple tialaor, plus aventureux dans sa bravoure, moins chaste dans sa passion, moins insensible aux œillades des langoureuses donzelles qui errent si librement à travers ces bosquets : on dirait un premier croquis du D. .luan espagnol. Puis Agrajes, Florestan, Candalin, écuyer d'Amadis, (iuilan el Cuidador,