‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 84 sur 263 · ENRIQLE IV ET LES ROIS CATHOLIQUES. PROSE · texte numérisé non relu

ENRIQLE IV ET LES ROIS CATHOLIQUES. PROSE

devenu en France « Guillot le Songeur », le modèle de ces amanls transis ou t'»i6e6ectV/os que nous retrouverons jusqu'au xvii'^ siècle. Età côtcde l'exquiseOiiane, Rriolaniaetrinfante Elisena, vers laquelle, aux rayons complaisants di' la lune, la suivante Dariolette, qui a l'air échappée de la Célestinc, conduit le roi Périon.

On a prétendu qu'il n'y avait rien d'espagnol dans Amadis, dont la patrie est ailleurs, et que la géographie, les noms, les Iradilions, le merveilleux, les paysages, toutentin fait songer à une civilisation différente. Et certes Ton a raison, si l'on ne sattache qu'au décor, à ce qu'il y a d'extérieur dans la fable. Mais au fond, remarque justement M. Brunetière, (i il n'y a jamais eu de roman ni plus romanesque, ni plus chevaleresque, ni par conséquent plus espagnol ». En réalité, aucun livre d'imagination ne répondait mieux aux aspirations, à l'idéal chevaleresque, sentimental et raoï'al de cette époque, et, s'il n'en eût pas été ainsi, son succès serait inexplicable. x\ucun non plus ne satisfaisait mieux cette soif d'aventures, ce besoin de spectacles nouveaux, de choses étranges, cette curiosité qui poussait alors le> navigateurs vers l'inconnu, vers les régions mystérieuseset fabuleuses, et que surexcitaient en ce moment, plus encore qu'elles ne la satisfaisaient, les merveilleuses découvertes de Colomb et de ses compagnons. Archalai'is l'Enchanteur et la fée l'rganda, la Desconocida, les conduisaient dans le royaume du rêve. Cette fenêtre ouverte sur le merveilleux, au fond duquel on voyait briller la i)assion mystique et ardente, plaisait non seulement à l'Espagne, mais à toutes les imaginations de ce xvi" siècle commençant. Au fond de sa prison de Madrid, c'est r.4»mr//s que lisaitle roi-chevalier; c'estluiquelironl encore sainte Thérèse et Ignacede Loyola.

11 ne faut pas oublier le mérite du style, qui est réel. Montalvo n'est pas un grand écrivain, sans doute; il n'a pas grande originalité, mais son style est facile, coloré au besoin, délicat quand il le faut, un peu diffus et redondant dans la description de scènes toujours les mêmes, nuiis qui ne lassaient point les lecteurs d'autrefois.

TIIÎANT LO BLANCH. — I.A CELESTINA 13!>

C'est pourquoi la postérité a confirmé en dernier appel le jugement du curé et du barbiei- de D. Quichotte {« el mejor de todos los lihros de este ij&neru »), jugement que Ou Bellay formulait déjà à sa façon :

Tant que le monde demoiirra, Le los dWmadis ne mourra.

Montalvo exploita pour son propre compte le ricfie filon (|u'il venait de découvrir. Il publia, en lijiO, la suite de VAmadiH, sous le titre prétentieux de Las Sergas (epya, exploits! de Esplandiiin, fils d'Amadis, long roman, très lu aussi en son temps, mais qui [laraîtra bien monotone et fatigant aux lecteurs de VAmadis.

Remarquons, à propos de ces "premiers romans de chevalerie, qu'ils avaient été précédés de peu, en Catalogne et à Valence, par quelques œuvres analogues, telles que Curial !l Quel fa, si m [île histoire d'amour, dont la langue et les héros sont catalans, mais dont les modèles sont certainement italiens et français'; et surtout, Tirant lo Blanch, de .loan Martorell (Valencia, 1490)''', traduit en castillan, en 15H. Il semble qu'il y ait déjà, dans cette œuvre curieuse que Cervantes connaissait et qu'il proclamait un « tesoro de contenta y mina de pasa tiempos », comme une première parodie de la chevalerie. La lutte de Tirant et du chien, son duel avec le Français Villermes (où tous les deux sont en chemise), les aventures, plutôt grivoises, de la jeune Placer-de-mi-vida et de la vieille Heposada, l'apparition de I). Quirieleison de Monlalbân, donnent, en tout cas, un caractère bien particulier à cet original roman.

<». La Celestina. — i/liisldin' i\<: la prose au xv siècle se termine par If plus incontestable chef-d'œuvre que cetti-

i. Édit. itubiô y Llucli, Barcelone. lOiJl.

2. Édit. M. .\<iiiilô. liiljl. Calai. Ijarcelone; 4 vol. — Reprod. en fac-similé par .Archer M. Uunlington, \ew-York.

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