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ENRIOLE IV ET LES ROIS CATHOLIOUES. — PROSE

dernière eût encore produit. La Comedia de Calisto // Melibea, bientôt connue sous le nom de la Celestina, fut imprimée dans les dernières années du w" siècle : la plus ancienne édition signalée est celle de 1499'. Les seize actes qu'elle contenait primitivement furent portés à vingt et un, en 1502, puis à vingt-deux en 1326, par l'introduction dactes nouveaux entre les actes 14*et 15^. Mais rauthenticité de cesadditions a été contestée, sans motifs bien sérieux, nous semble-t-il, du moins pour les actes intercalés en 1502 actes 15-19 i. L'auteur anonyme déclare, dans le prologue, qu'il n'a fait que continuer le 1*='' acte, qui aurait été l'œuvre de Rodrigo de Cota ou de Juan de Mena. Une poésie acrostiche, jointe par l'éditeur Proaza à l'édition de 1501, révèle le nom de l'auteur dt-s actes 2-10 : le bachelier Fernando de Rojas, né à la Puehia de Montalvân (El bachUler de Rojas acabo la comedia de Calysto y Melyhea y fue nascido en la puebla de Montalvân).

Ces faits ont donné lieu à de longues polémiques. Les uns, admettant la déclaration du prologue, pensent qu'en effet le premier acte n'est point de la même main que les suivants. Ils regardent comme auteur probable, Rodrigo Cota El viejo (ou de Maguaque), ou Juan de Mena, indiqués l'un et l'autre par l'édition de 1501, ou même Juan de! Encina; mais chacune de ces hypothèses se heurte à des objections très fortes. Les autres, ne trouvant aucune difl'érence essentielle de fond ni de forme entre le premier acte et les suivants, n'admettent qu'un seul auteur, et cet auteur serait Fernando de Rojas, né à la Puebla de Montalvân (v. 1475 7 après 1530;, juif converti et, plus tard, alcalde mayor inti'rimaire de Salamanque. Celte dernière conclusion semble solidement appuyée par la découverte récente d'une déjiosition, faite en 1525-26, dans un procès

1. Comedia de Calisto >/ Melibea. Hélmpriniée par R. Foulché- Delbosc dans la Bibliot. Hisjianicu, ii" 1 ^texte de 1501) et n" XII (texte (le Uit'ij. — La CelesUna. Ir.iffjconiedia de Calisto y Melibea. Conforme ;i la edicii>n de Valeii<ia de 1514. reproducciûn de la de Saiamanca de ISDO. Vifjo. Krapl. 1809-1900.

LA CELESTINA lil

d'inquisilioii, pat' un certain juif, Alvaro de Montalvân, beau-père, y est-il dit, du « bachiiler Uojas que compuso Mc- Utea'K Ledit bachelier Rojas avait, dans celte même aOaire, déposé lui-même quelques années auparavant. — Reste la déclaration formelle de Rojas relative à l'auteur du l«'" acte. Les raisons alléguées pour expliquer ses scrupules à s'en déclarer personnellement l'auteur ne sont point bien convaincantes, et il faut peut-être s'en tenir provisoirement à l'hypothèse conciliante de Los Rios : Rojas a continué ce qu'un autre (Cola?) avait commencé, mais en lemaniant ce début, de telle façon que l'unité de style s'explique aisément.

Quant à l'attribution des actes 15-19 à un auteur différent, ellese fonde exclusivement sur des appréciations littéraires, au sujet desquelles il est assez difficile de se mettre d'accord. Au contraire, l'apparition tardive deruuto d*' Tiaso, ajouté en 1526 entre le 18'^ et le t'J'" actes, etdes raisons intrinsèques concourent à faire absolument rejeter l'authenticité de cette addition. I! est attribué à un certain Sanabria.

Quelles que soient les conclusions définitives des érudits, elles ne diminueront point le mérite de l'œuvre. Ce mérite est moins dans l'invention de la fable que dans celle des caractères, dans la profondeur psychologique des sentiments, dans le caractère vraiment humain des passions et enfin dans la supériorité de la forme.

Malgré les titres de Comédie et de Tragi-comédie, malgré l'emploi de la forme dialoguée, la Célestine n'est point un drame i-eprésentable, mais une suite de scènes, où, sous prétexte de mettre les jeunes gens en garde contre les entraînements de l'amour coupable et les mauvaises fréquentations, on nous raconte les amours naissantes de deux Jeunes gens, Calixte et Mêlibée probablement de Salaaianque, peut-être de Tolède), les diverses péripéties de cette passion contrariée par les parents, favorisée par des serviteurs intéressés, la mort de Calixte poursuivi par des assassins, enfin le suicide de Mélibée, qui se précipite du hautd'une tour, lorsqu'elle apprend que son ami n'est plus. Autour d'eux s'agitent divers personnages, i-n premier lieu

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la vieille Celestina, entremetteuse, imis des valets vicieux, des brelandiers, des matamores, des servantes sans pudeur, des bourgeois, toute une foule de figures tour à tour tomiques et tragiques, charmantes ou horribles.

Parmi ces personnages très vivants et très pittoresques, le plus étonnant, par son réalisme et par son relief, c'est celui de Celestina, qui est devenu un type détinitifet universel. A côté de lui, tous les autres pâlissent: mais, par leurréunion. ils peignent admirablement les bas-fonds et les vices de cette même société dontVAmadis nous a montré les nobles aspirations et l'idéal chevaleresque. La crudité de cette peinture, évidemment tracée d'après le modèle vivant, en plein air et non dans le jour atténué des Académies, fait de la Célestine le premier en date des romans picaresques.

L'auteur na point assurément une conception optimiste de la nature humaine : ce sont au contraire ses faiblesses, ses laideurs qui l'attirent surtout. Mais nul, jusque-là, n'a mieux compris les entraînements et la poésie de la passion ; nul n'a marqué, avec plus de force, cette fatalité qui pousse les choses et les êtres les plus beaux vers la ruine et la mort. Et c'est à cause de l'universalité et de l'exactitude de cette psychologie que la Célcstinc est restée bien plus vivante que l'Amadif:, dont tout le côté chevaleresque a été tué par le ridicule.

C'est cette philosophie de la passion, ainsi que les qualités de forme, qui appartiennent en propre à l'auteur de la Célcfitine. Pour l'intrigue, pour les caractères, il a puisé de toutes parts. Il doit à l'archiprètre de Hita (particulièrement le type de Celestina. qui parait une réplique de la Trota Conventos), à l'archiprètre de Talavera, au Pamphilus, à Ovide, à bien d'autres encore, dont il ne tait point les noms. Mais, en dépit de tous ses emprunts dont la liste détaillée serait longue), il reste oiiginal. Sa langue, son style égalent les plus beaux de la littérature tout entière, et nous n'en exclurions pas le style de Cervantes lui-même, si la Cclestuie avait la mesure, le goîit, l'élégaiicr vraiment classique

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