‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 97 sur 263 · R.A. !•:.. f. X.WII ri I. WXV · texte numérisé non relu

R.A. !•:.. f. X.WII ri I. WXV

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8. Poésie didactique. — La poésie didactique n'a produit, à cette époque que des œuvres insigiiifiautes, telles que les Cuatrocicntas respueslaft de Luis de Escobar (7 1552?), léponses à autant de demandes que lui adressa l'Alrairante de Castille, D. Fadrique Enriquez (imprimées en lî)i5-15^2) ; les Ti'cscicntas cncstiones naturelles con sus rcspueslas, du médecin Alfonso Lopez de Corelas (1546). Il n'y a rien non plus à signaler d'important dans la poésie épique proprement dite.

9. Le Romancero. — Le moment est venu de parler de compositions poétiques, très particulières à la liltératuri' espagnole, dont l'ensemble constitue, non seulement, — selon l'expression de Victor Hugo, — la véritable Iliade de l'Espagne, mais le monument le plus varié et le plus durable et la manifestation littéraire la plus curieuse de sa vie publique et privée. Nous voulons parler des Romances et du Romancero.

On sait qu'un Romance est une courte poésie, de caractère soit narratif, soit lyrique, assujettie à une forme invariable qui est la suivante : vers de huit syllabes, dont les impairs sont libres, les pairs assonants, avec un seul accent obligatoire sur la septième syllabe. On a pu dire que le vers de romance était le vers national par excellence, ce qui, absolument, est inexact, car il n'est pas le plus ancien, mais ce qui relativement est vrai, en ce sens que depuis des siècles ce vers est le plus usuel, et qu'il est resté le plus populaire. On s'accorde généralement aujourd'hui à voir dans le vers de romance comme la dislocation ou la dissolution des deux hémistiches de l'ancien vers épique de seize syllabes, et cette théorie explique bien le système de lassonance entre eux des vers pairs (correspondant aux seconds hémistiches du vers des cantares). De

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même, la persistance de l'assonance dans tout le romance correspond à l'unité de rime de la laisse épique. Le changement d'assonance, qui se remarque dans certains romances anciens, semble indiquer une contamination de deux laisses à rimes différentes.

Il ne faudrait pas croire cependant que les romances, même les plus anciens, presque exclusivement historiques, proviennent toujours directement des cantarcs. S'il est possible de prouver que quelques-uns remontent cfTectivement à quelque édition ou remaniement tardif de certains cantares, du moins la grande majorité même des viejos a été formée artificiellement et de propos délibéré, à partir du xv« siècle, soit sur ces cantares eux-mêmes, soit, le plus souvent, surles prosifications de ces cantares fondus dans les primitives chroniques, dont ils paraissent parfois n'être que des fragments détachés. Plus tard, et à l'imitation de ceux-là, d'autres furent composés de toutes pièces sur des faits ou des incidents ayant frappé l'imagination jiopulaire, mais ils appartiennent encore à l'âge anonyme. Enfin les plus récents, parmi ceux de la période classique, furent écrits par des auteurs dont les noms sont connus. Le romance est resté jusqu'à nos jours la forme préférée de la poésie populaire, grâce à sa facilité et parce que son mètre s'adapte aisément à l'étendue moyenne soit de la pensée populaire, soit de la phrase musicale. Il n'a point cessé de vivre et d'être cultivé, car il est, avec les refranes, l'un des produits les plus persistants et les plus rustiques du sol. >'on seulement l'on continue à en composer, mais l'on en recueille encore d'anciens çà et là, qui ont survécu, inconnus des savants, au fond des campagnes castillanes aussi bien que sur les rives méditerranéennes, à Salonique, à Beyrouth, à Oran, à Tanger, où les Juifs exilés les avaient apportés et semés, ou enfin dans les colonies américaines, où ils s'étaient acclimatés avec les premiers conquérants.

Ils forment une masse énorme, où toutes les variétés se lencontrent. Pour ne point compliquer inutilement, on peut les classer chronologiquement en cinq catégories :

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1" Romances priiuilifs populaires, traditionnels, historiques, anonymes, antr-rieurs au xv siècle ou formés à cette époque);

2° Romances des Jongleurs jiujlarescos., du xv<= siècle et du début du xvi% plus développés et déjà plus personnels, mais s'appuyant sur la tradition qu'ils suivent;

3° Romances énulits, faits à Timilation des anciens;

4° Romances artistiques, très personnels, lyriques plus qu'épiques, de sujets très variés, de forme plus savante, de métrique plus régulière, dans lesquels l'imagination et la fantaisie d'auteurs déterminés se sont donné carrière (fin du xvi" et xvir' siècle);

ti" Romances vulgaires, faits spécialement pour le peuple depuis la tin du xvn'= siècle jusqu'à nos jours. Ils restent en dehors du Romancero classique.

Cette classification est, à peu près, celle de F. Wolf {Romancero Espaùol, 1846), de Wolf et Hofmann [Primavera y ftor de romances, 18o6), et d'Agusti'n Durân [Romancero, 1849- 1851 I. Elle correspond, en dernière analyse et si on laisse de côté les romances vulgaires, à trois époques : traditionnelle, l'Tudite, artistique.

Le Romancero est donc le recueil de tous les romances qui ont été conservés jusque vers la tin du xvii'' siècle. Comment ce vaste recueil s'est-il formé?

1" Dans la période antérieure à l'imprimerie, aucun recueil spécial (analogue à ceux des Cancioneros) n'est connu. Lés romances se transmettaient et se conservaient presque exclusivement par la tradition orale. Quelques-uns se trouvent mêlés aux Cancioneros, ou parfois aux œuvres de poètes de l'époque;

2» La fin du xw" et la première moitié du xvi" siècle virent s'imprimer beaucoup de romances en feuilles volantes ou pliegos sueltos;

3" Vient ensuite, vers le milieu du xvr' siècle, l'époque des premiers recueils gt'uéraux, d'abord anonymes. Les romances, en tant que genre à part, entrent alors pour la première fois, officiellement en quelque sorte, dans les

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classifications lilléiaires. I,e soin que Ton met à les recueillir prouve leur [lopularité, et c'est celte double raison qui nous a décidé à en placer l'étude à cette date. Voici les principaux recueils formés à cette époque :

a) Cancioiirro de romances, d'Anvers (Martin Xucio), dit Caneioncru yiii ano 'vers l'Jili-oO?:.

li; Cancionern de l'iSO (2"= édit. du précédeni .

c) Cancioncro de I.Tô"), même recueil « corrigé et augmenté ».

d; Primera Porte de la Silra de rarios romances i publiée à Zaragoza, par Esteb;in de Nâjera, IdoO .

6; Sei/unda Parte du précédent (iiJSOj.

4° Aux recueils anonymes succédèrent, presque immédiatement, ceux de collecteurs connus, par exemple dAlonso (le Fuentes Sc'ville, l.'KiOj; — de Sepi'ilveda (l^'ôl , dont une nouvelle édition, de l.-loô, contient les romances composés par lin poeta Cesàreo, c'est-à-dire de la cour dv IKmpereur Pedro Mejia?); — de Timoneda iHosa de liomances, i:j72-nJ73 ; — de Pedro de Padilla Madrid, io83i. Nous arrivons ainsi aux recueils complets, ou prétendus tels, vers les débuts du xv!!"* siècle :

Romancero tjeneral en que se contienen tados los romances iinpresoH. Madrid, 1600 ineuf parties '. — 2'' édition. 1002; :!'' édition, lOOi .

Segunda parte de! Romancero (jeneral, par Miguel de Madrigal, Valladolid. IfiOo.

Primavcra // /lor de los mejores Romances..., par Pedro Arias Pérez, Madrid, 1621.

V,° On commence, vers cette date, cà tormrr des romanceros spéciaux, sur des sujets ou sur des personnages particuliers, par exemple, le Romancero de los docc Pares de Francia, par l.i'ipez de Tortajada ;1608); — Romancero de Germania (cesl-à-dire de la Bohême, de la Pègre), par Hidalgo : 1609j; — Romancero del Cid, par Escobar ;1612; ; — Romancero de los Infantes de Lara, par .Melge, 1626;

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