Cet ouvrage eut en moins de trente ans 21 éditions
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livres de ce genre, aussi bien que la brillante réputation de l'auteur, contribuèrent pour leur large part à sa propagation. Jean de Yigo joignit d'ailleurs à un génie d'observation remarquable une érudition des plus vastes. Excellent quant au fonds, la forme seule laissa parfois chez lui quelque chose àdésirer, et on pourrait peut-être à bon droitlui reprocher son défaut de méthode. Un desplus intéressants chapitres de son Traité se rapporte à la gangrène, et cet habile chirurgien reconnaît plusieurs causes à la mortification des tissus ; il a même observé des cas de gangrène sénile et prétend également avoir guéri le cardinal Cornario d'une fistule anale, au moyen de l'oxyde rouge de mercure. Les plaies par armes à feu attirèrent aussi son attention ; enfin, dans la rétention d'urine, une ulcération existe suivant lui au col de la vessie : la preuve en est, dit-ilj dansl'écartement des parties perçu en cet endroit par la sonde et l'émission de sang consécutive. Le savant Italien cite encore l'observation d'un fœtus mort dans la matrice et préconise un nouveau traitement contre le mal français.
Jean de Vigo a été un opérateur réservé : il n'usa du fer et du feu que dans des cas exceptionnels et leur préféra toujours les topiques anodins. Sa répulsion pour le trépan lui valut de sarcastiques ricaneries de la part de Béranger de Carpi, son contemporain.
Mais bien que les Ecoles italiennes vissent luire pour elles quelques jours glorieux avec les Jean de Vigo, les Béranger de Carpi, pendant que les Ecoles d'Allemagne, ayant celle de Strasbourg à leur tète *, rappellent avec honneur les noms de Jérôme de Brunswich *, de Jean
1. L'école de Strasbourg fut la première à donner l'exemple des publications écrites en langue vulgaire.
2. L'ouvrage de Brunswich, écrit en 1497, est intitulé : Buch der Cirur-
Gersdorf * etc., et que Pierre Franco dévoile à la Suisse la haute puissance de l'esprit d'observation *, la plus noble part dans le mouvement chirurgical de l'époque appartient à la France, et Ambroise Paré communique à son art la plus énergique et la plus brillante impulsion.
Paré reçut le jour à Laval (Mayenne) au commencement du xvf siècle et mérita par ses remarquables travaux la flatteuse qualification de Père de la Chirurgie moderne. L'époque précise de sa naissance lui resta toujours inconnue et il en rapporta successivement lui-même la date aux années 1310, 1514, 1S16, 1S18 ^. Ses parents étaient, diton, huguenots ^, et son père exerçait la profession de coffretier.
Il entra d'abord en qualité d'apprenti chez uji barbier de province et, arrivé à Paris en 1532 ou 1533, il eut encore pour maître un chirurgien barbier. Mais l'éducation que donnait le docteur régent ne tarda pas à lui paraître insuffisante ^, et on le vit bientôt abandonner la boutique pour entrer en qualité d'interne àl'Hôtel-DieU. Que de fois, dans la suite, n'évoque-t-il pas avec bonheur le souvenir de son séjour à l'hôpital ! C'est pour lui un vrai titre de gloire, et puisqu'il le dut vraisemblablement à son seul mérite, il a raison de s'en montrer fier. Pas plus alors
gia,, die Hantwirhung der Wundarzney ; c'est une compilation des auteurs arabes.
1. Malgré les emprunts faits par Gersdorf aux Arabistes, son œuvre offre cependant un certain cachet d'originalité.
2. On doit à Franco de remarquables recherches sur les hernies et les calculs vé sic aux.
3. M. E. Bégin désigne l'année 1517 comme date de sa naissance.
4. Malgaigne, dans son Introduction aux Œuvres d' Ambroise Paré, s'inscrit en faux conti'e cette opinion .
.5. L'état des jeunes apprentis barbiers était tellement assujettissant, que le docteur régent se voyait contraint de leur donner des leçons de chirurgie dès quatre heures du matin. [Le Chirurgien médecin. Paris, 1726.)
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qu'aujourd'hui, l'internat n'était un droit commun^ une faveur ordinaire ^
C'est en 1536 qu'il quitta FHôtel-Dieu, dans le but de se faire recevoir maître barbier chirurgien, et partit peu de temps après, avec le maréchal de Monte-Jan, pour commencer avec lui cette première campagne qui devait lui procurer son premier triomphe.
Un jour, durant cette expédition, l'eau bouillante dont on se sert pour cautériser les plaies par armes à feu fait défaut; l'anxiété du chirurgien est indescriptible, mais bientôt il se rassure et ne tarde pas à constater l'heureux résultat d'une circonstance qu'il a tout d'abord envisagée comme défavorable. Les plaies non cautérisées se cicatrisent plus rapidement que les autres, et tous les efforts de Paré tendent dès lors à combattre sur ce point la conduite de ses contemporains. Cest là un premier exploit; le hasard l'a sans doute favorisé, mais à son génie si puissamment inventif revient Tincontestable honneur d'avoir su tirer de cette expérience les déductions pratiques. « Epargner la douleur, a-t-on dit, c'est épargner la vie des « hommes. »
L'année suivante, la chirurgie militaire le réclame de nouveau, et il va rejoindre , en compagnie d'un autre maître, M. de Rohan ^, une armée campée à Perpignan. Ici
1. « Faut sçavoir, dit-il, que, par l'espace de trois ans, i'ay résidé en l'Hostel-Dieu de Paris, où i'ay eu le moyen de veoir et connoistre (eu esgard à la grande diuersité de malades y gisans ordinairement) tout ce qui peut estre d'altération et maladie au corps humain : et ensemble y apprendre sui une infinité de corps morts tout ce qui se peut dire et considérer sur l'anatomie, ainsi que souvent l'en ay fait preuve très-suffisante, et cela publiquement, à Paris ,aux escholes de médecine. »
En parlant ailleurs d'un médecin de Milan, émerveillé de son savoir, il ajoute : « Mais le bonhomme ne sçauait pas que i'auais demeuré trois ans à l'Hostel-Dieu de Paris pour y traiter les malades. »
2. C'est probablement à sea relations de famille qu'il fut redevable de c choix.
encore même sagacité, même courage, mêmes succès * ! A son retour, Sylvins l'appelle et lui prodigue de chaleureux encourag-ements, le suppliant avec instance de mettre au jour ses observations et sa doctrine sur les plaies d'arquebuses. Sensible à un témoig^nag-e aussi sympathique qu'honorable, notre habile chirurgien publie en 154.5 son fameux livre, intitulé : « La méthode de traicter les playes faictes par les arquehutes et aultres basions à feu, et de celles qui sont faictes par flèches, dardz et semblables ; aussi des combustions spécialement faictes par la pouldre à canon ^ ».
Le succès de cette publication dépassa toutes les espérances, et son auteur, favorisé par la fortune, se signalait la même année, au siège de Boulogne, par un nouvel exploit : c'est bien à lui que revient en effet la gloire d'avoir extrait le tronçon de lance qui frappa le duc de Guise ^ en pleine figure.
Paré consacra ensuite aux études analomiques les loisirs d'une trop courte paix, institua des expériences de physiologie sur les animaux *, et entreprit, avec l'aide de son ami Thierry de Héry, des dissections publiques aux écoles de la Faculté ^; enfin, en 15S0, parut sa Briefve collection de F administration anatomique , et tout ce qui est dit dans cet ouvrage a été contrôlé le scalpel à la main.
1. Il put, durant cette expédition, distinguer la balle qu'avait reçue le maréchal de Brissac à l'épaule droite^ en faisant mettre le blessé dans la position où il se trouvait au moment où le coup lui avait été porté.
2. Cet ouvrage parut chez Vivant Gaulterot, libraire juré en l'Université de Paris.
3. La cicatrice qu'il en conserva lai valut le surnom de Balafré.
4. 11 répéta, dit-on, les expériences de Galien sur les nerfs récurrents.
5. Il eut à cette époque l'occasion de disséquer une femme dont les pariétaux avaient en quelques points la minceur de l'ongle, et constata sur deux autres femmes mortes en couches Técartement de toutes les symphyses du bassin.
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La guerre se rallume en 1 551 et vient remettre en lumière son génie chirurgical. Après avoir épargné les atroces douleurs de la cautérisation au fer rouge aux blessés par armes à feu, c'est maintenant la ligature qu'il a la prétention de substituer chez les amputés à la cruelle application du feu. Le nouveau procédé est pour la première fois mis en usage chez un gentilhomme de M. de Rohan, dont le membre a été broyé d'un coup de couleuvrine. Un merveilleux succès couronne cette tentative, et dans un généreux élan de reconnaissance, le patient témoigne sa joie d'en avoir été quitte à si bon marché.
Un an après, saisi d'admiration au récit de ses innombrables cures, le roi lui-même fit inscrire Paré au nombre de ses" chirurgiens ordinaires, et le siège de Metz par Charles-Quint (1552) fournit bientôt à cet homme aussi actif que courageux une occasion favorable de justifier pleinement l'insigne faveur qu'il avait reçue de son souverain. Grâce à d'ingénieux artifices, il parvient à s'introduire parmi les assiégeants dont il reçoit le plus sympathique accueil. Avec lui la garnison se regarde comme invincible, il devient l'idole de Tarmée. Les chefs l'acclament et l'embrassent à l'envi, et de nombreuses guérisons ne tardent pas à légitimer la confiance qu'on lui manifeste de toute part \ Plus tard, après la reddition d'Hesdin, il est malheureusement fait prisonnier ; mais la fortune, qui avait toujours paru lui sourire, le tire encore de ce mauvais pas; il guérit M. de Vaudeville - d'un ulcère à la jambe, et obtient sa liberté en récompense.
Ambroise Paré avait alors 36 ans; toutes les gloires l'en-
1. Dès le premier jour, Paré raccoutre la jambe de M. de Ma2;nane, et décide le lendemain qu*on trépanera M. de Bugueno, frappé d'un éclat de pierre à la tête, et sans connaissance depuis quatorze jours. Tous deux furent guéris.