‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 102 sur 179 · M. de Vaudeville était gouverneur de Gravelines · texte numérisé non relu

M. de Vaudeville était gouverneur de Gravelines

vironnaient. Chirurg-ien du roi de France, il était en même temps l'honneur de la chirurgie militaire ; l'Allemagne et l'Italie, remplies d'admiration pour sa personne,, ne pouvaient lui susciter aucun rival. Aussi le collège de Saint-Côme avait-il tout intérêt à s'attirer un homme dont la réputation grandissait chaque jour, et auprès du roi et auprès du peuple. On transgressa donc tous les règlements pour son admission. Il ne savait pas le latin, et les statuts exigeaient des candidats une connaissance approfondie de cette langue, mais on passa outre,, et de plus, chose peutêtre inouïe, sa réception fut entièrement gratuite. Nommé bachelier le 23 août 15S4, et licencié le 8 octobre, il reçut le bonnet de maître le 18 décembre de la même année.

C'était en effet une excellente acquisition pour le collège ; l'estime qu'avait pour lui Henri II fit de son nom une digue infranchissable aux audacieuses prétentions de la Faculté envers Saint-Côme. A l'abri de cette glorieuse personnalité, les chirurgiens purent désormais disséquer en paix, et Rostaing de Binosque fut (;hargé parmi eux des leçons d'anatomie.

Mais, sur ces entrefaites, Henri II succombait. Deux mois après. Paré demanda et obtint l'autorisation d'écrire tout ce qu'il lui plairait tant en anatomie qu'en chirurgie, et son Traité des plaies de tête, auquel la maladie du roi imprimait une triste actualité, fut le premier à voir le jour; il parut le 28 février 1561.

Vers cette époque aussi, le grand Yésale faisait éditer son bel ouvrage en langue française. A. Paré lui emprunta de nombreux détails , fit copier plusieurs planches et publia lui-même, le 15 a,vril !l561, sa propre Anatomie, qui devait pendaut li)ngues années servir de manuel aux chirurgiens. Rivaux de gloire et de génie, ces deux hommes ne se jalousèrent jamais l'un l'autre. « Paré luimême, dit Malgaigne, a hautement reconnu ce qu'il devait

LES RIÊFORMATEURS DU XV° ET bU XVIe SIÈCLES. 195

à Vésale ; chacun d'eux, roi dans son domaine, n'a fait que d'assez malheureuses excursions sur le terrain de l'autre. »

Un nouveau fleuron vient encore s'ajouter au glorieux diadème qui ceint la tête du noble émule de Vésale, et en récompense de ses services au siège de Rouen, il est nommé premier chirurgien du roi *. Ce titre lui est accordé par Charles IX et confirmé dans la suite par Henri III.

Cependant, malgré les exigences de sa pratique civile, malgré les voyages et les expéditions auxquelles on le vit prendre part, il sut trouver des heures pour l'étude. C'est ainsi qu'en 1564 paraissait son livre des chaudes pisses, des pierres et des rétentions d urine ; en 1568, son Traité delapeste^de lapetite vérole etrougeole, avec une description de la lèpre ;Qn J572, ses Cinq livres de chirurgie, oii il traitait entre autres choses des tumeurs en jjarticulier et en général, des plaies et des luxations ; en 1573, ses Deux livres de chirurgie, de la génération et des monstres. Enfin les Œuvres complètes furent pour la première fois éditées en 1575. Ce magnifique et important /ouvrage rencontra dès son apparition plusieurs obstacles. La Faculté reprochait à son auteur d'avoir abordé des questions purement médicales, et les chirurgiens se plaignaient à leur tour de ce qu'il eût divulgué les arcanes de leur art. Paré soutint victorieusement la lutte; son livre fut commenté et traduit en plusieurs langues, et depuis Guy de Chauliac^ aucun monument aussi vaste n'avait été élevé à la chirurg-ie française. Si l'érudition et la méthode caractérisent l'œuvre du chirurgien de Montpellier, à Ambroise Paré on ne saurait refuser la grandeur et la profondeur des vues ; il a été en chirurgie le colosse de la Renaissance -.

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