Maurice Raynaud, Les Médecins au temps de Molière
donner le précis de son système. » C'est en effet un incohérent assemblage d'idées disparates ; les éléments en sont empruntés àralchimie,à l'astrologie, au vitalisme, à l'animisme.
« Le but de la médecine, s'écrie-t-il au début de son Paramirum^ est de trouver des remèdes aux maladies. »
Cinq influences sont susceptibles d'engendrer ces dernières :
1° h'E?is astrale (l'influence des astres). Les astres n'ont aucune action sur la nature et la semence de l'homme ; ils sont à notre semence ce que le soleil est au germe. Tant que dure l'influence des astres, la maladie ne cesse pas.
2° h'E7is veneïii (les venins). Chacun de nos aliments renferme un venin. Or Dieu a placé dans notre estomac un alchimiste, à qui incombe la difficile mission de séparer le bon principe d'avec la matière nuisible. S'il manque à son devoir, la maladie ne tarde pas à paraître, soit dans l'organe où le poison s'est localisé, soit dans une de ses voies d'élimination.
3° h'Ens naturale (les vices de nature). Par une loi de similitude générale, le macrocosme a son analogue dans le microcosme. De tout le mécanisme qui régit le corps humain résulte la liqueur de vie [liquor vitse). Cette liqueur qui, dans le macrocosme, engendre, suivant qu'elle est bonne ou mauvaise, les métaux nobles ou les métaux vils, est de même source de santé ou de maladie dans le microcosme.
4° h'Ens spiritiiale (les esprits, les maléfices) est assez bien représenté de nos jours par le magnétisme animal ou Mesmérisme*. C'est une substance invisible, inhérente au corps de chacun de nous, ayant un mode d'action spécial ,
1. « De ce que les planètes agissent les imes sur les autres, de ce que le Soleil et la Lune agissent sur notre atmosphère et sur nos mers, Mesmer
et en vertu de laquelle on conçoit la sympathie ou l'antipa-
[ thie, l'amour ou la haine. La puissance de l'esprit est si
grande qu'il peut par sa volonté seule jeter sur nous des
ij
maladies.
5" h'E?is De/ (l'intervention divine). Malgré son orthodoxie plus que douteuse, Paracelse atteste l'intervention directe de la divinité. Dieu envoie la maladie (JlageUum) aux mortels: elle est pour eux un purgatoire anticipé et persiste jusqu'au moment oii l'expiation est jugée suffisante.
Mais ce n'est pas tout, et l'homme n'est guère à ses yeux qu'un appareil chimique. Ses divers organes jouent le rôle de cornues ou de fourneaux, et on ne sera par suite point étonné de voir dépendre la maladie de l'état des principes constitutifs de l'économie.
f Notre corps n'est composé que de soufre, de mercure et de sel. Ses maladies proviennent de ce que le mercure est en nous précipité, distillé ou sublimé, de ce que le soufre est coagulé, congelé ou dissous, et de ce que le sel est calciné, réverbéré ou alcalisé^. »
La thérapeutique est la suite naturelle de sa pathogénie : il se préoccupe surtout de trouver des remèdes secrets, des sortilèges, des talismans pour combattre avec efficacité le vice chimiquement engendré dans l'intérieur de l'organisme. C'est, d'après lui, au moyen des quintessences que l'on peut avantageusement remédier aux ma-
concluait que ces grands corps agissent aussi sur les corps animés, particulièrement sur le système nerveux, moyennant un fluide très subtil qui pénètre tout. Et de même que, sous cette influence, il s'opère dans la mer un flux et un reflux, ainsi, dans les corps animés, il y a une tension et une rémission, des sortes de marées. Ce fluide subtil, l'agent général de tous ces changements, ressemble beaucoup par ses propriétés à l'aimant. En conséquence, il s'appellera Magnétisme animal. » {Mesmer, le 3Iagnétism,e animal, les tables tournant/ s et les esprits, par Ernest Bersot. Paris, 1879.) 1. Bourdet, L'évolution de la Médecine. Thèse de Paris, 1875,
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ladies spéciales, elles préparations dont il fit usage doivent être ramenées à quatre grandes classes : l°De mineralibus indigestis. 2" De gemmis. 3" De salibus. 4° De metallis.
c( Paracelse Ihérapeutisté ne le cède en rien au médecin : la quintessence aujourd'hui règne en maîtresse, tous les principes actifs sont dégagés de leur gangue ; les arcanes de la science moderne, ce sont : les alcaloïdes de l'opium, le sulfate de quinine^ la vératrine, l'atropine, précieuses substances alors ignorées et devinées par le maître \ »
Personne n'ignore l'importance qu'accordait le réformateur au métal isolé pour la première fois par Basile Valentin. La Faculté s'opposa, paraît-il, obstinément à son usage, et obtint en 1566 un arrêt solennel du Parlement de Paris contre l'antimoine - ; mais un nouvel arrêt du même Parlement le réhabilitait un siècle plus tard (1666).
On doit encore h Paracelse un remède fait d'opium et de mercure, qui jouit, dit-on, d'une immense \ogue contre la syphilis,, et contribua puissamment à faire de sou auteur le plus célèbre des alchimistes.
C'est surtout dans ce qu'il a écrit des plaies qu'il se dévoile, au dire de Malgaigne, comme un habile chirurgien. En parlant en effet d'un suc nourricier et réparateur qui opère leur cicatrisation, il semble entrevoir le germe d'une importante vérité que développera dans la suite John Hunter :
« Ce qu'il importe avant tout de connaître, c'est la manière dont guérissent les plaies ; et ce qui les guérit, c'est
1. Clément Jobert, Essai stir Paracelse et sa réforme médicale au XV h siècle. Thèse de Paris, 1866.
2. La légende nous enseigne que Basile Valentin, après avoir obtenu d'excellents résultats de l'emploi de ce métal sur les porcs, voulut en faire prendre aux moines de son couvent, qui en furent tous incoramcdés, d'où le nom d'aiitiinoiîie.
LES RÉFORMATEURS DU XV*' ET DU XVl" SIÈCLES. 20S
la mumie, c'est-à-dire cette liqueur répandue par tout le corps, diverse toutefois pour chaque organe et pour chaque partie, qui les conserve dans leur intégrité, les répare quand elles sont lésées ; en sorte que les plaies de la chair guérissent par le suc ou la mumie propre à la chair^ les plaies des ligaments par le suc propre aux lig-aments, etc.. Ce suc est plus puissant chez les jeunes gens, comme la sève pour les jeunes arbres; chez les vieillards , il est rare et comme desséché, d'oii vient que les plaies des vieillards exigent plus de temps et plus de soins pour guérir que celles des jeunes. »
Paracelse rejette toutes les sutures dans le traitement des plaies, mais fait néanmoins une exception pour les intestins, dont il réunit les solutions de continuité avec des canules d'argent, et n'admet enfin, dans les cas de fractures, ni les coussinets ni les attelles ordinaires : il se sert uniquement, pour maintenir le contact des fragments, de cercles de fer attachés à des vis.
Ce fut, en résumé, un véritable novateur. Pour entrer plus hardiment dans la voie des réformes, il fit appel à toutes les sciences et se distingua surtout par sa rupture éclatante avec les traditions de l'antiquité *. Personne n'osera lui contester la vive impulsion qu'il imprima aux recherches personnelles. « Paracelse, dit Bouchut, a inauguré le règne de l'analyse. »
Il laissa en Allemagne un assez grand nombre d'adeptes» la plupart furent des fanatiques ou des illuminés. L'histoire nous a légué les noms d'Answald, de Thurneysser, de Siloranus, etc.
1. '^'^oy. Toxitis, Onomastimim.incdieum et expUcatio verhornm ParaceUi' Argent., 1574. — Couring, De hermeticâ m.edicinâ.'ilehasia.di.t, 1669.
Loos, Schilderung des Théoph. Paracelsus (^Zeitsch.von Creuzer und Daub, Frankfurt, 1806.)