CHAPITRE I
GÉNÉRALITÉS SUR LE XVIl" ET LE XYIII* SIÈCLES.
L'étude de l'histoire nous offre à chaque page une œuvre de bouleversement ou une œuvre de reconstitution. « Les individus, a dit Bossuet, vivent assujettis au changement, et c'est là la loi qui les régit. » Ce que l'éloquent évêque de Meaux disait des individus, nous pouvons l'appliquer équitablement à la vie sociale et politique des peuples. Le xvii'' siècle inaugure à ce point de vue une ère nouvelle, et nous devons le considérer à bon droit comme le nœud de la médecine. Par lui, en effet, les temps modernes sont reliés à la période ancienne, par lui aussi se trouve sanctionné l'oubli du passé ; avec lui enfin prend naissance la méthode expérimentale, dont le principal honneur revient au grand philosophe, François Bacon.
Descartes introduit, de son côté, dans la philosophie de
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l'époque une véritable révolution, en substituant une bonne méthode logique aux subtiles raisonnements que la scolastique du moyen âge avait mis en vigueur i,
Mais le génie pour induire a besoin d'observer ; aussi est-ce à une induction basée sur une observation rigoureuse que les xvn*^ et xvni'^ siècles ont dû leur supériorité incontestable sur les âges qui les avaient précédés.
Si l'on a pu dire avec quelque raison que^ sous le rapport littéraire, le dix-septième siècle est « la recherche et Texpression du vrai », cette parole me parait aussi légitime au point de vue scientifique. La vérité opiniâtrement recherchée, assez souvent reconnue, constitue le caractère fondamental de cette période, durant laquelle ont apparu des hommes qui se sont, pour ainsi dire, distribué le domaine delà vérité universelle.
En médecine, notamment, la voie se trouvait parsemée d'épaisses broussailles , de nombreux systèmes avaient surgi, de violentes attaques s'étaient déchaînées contre eux. La marche de la science fut donc momentanément entravée ; mais une ample moisson de découvertes, parmi lesquelles la circulation du sang- doit occuper la première place, ne tarda pas à venir dédommager les infatigables travailleurs de leurs courageux efforts.
Malgré tout ce qu'a pu prétendre l'essaim trop nombreux des détracteurs de ce grand homme, c'est bien réellement à Guillaume Harvey que nous devons rapporter la gloire d'avoir immortalisé son nom par la plus grande conquête physiologique des temps modernes. Avant lui, en effet, ni Fabrice d'Aquapendente, qui avait pourtant vu les valvules des veines, ni Michel Servet, ni André Césalpin, auxquels
1. La méthode de Descartes, suivant un philosophe allemand, a fait naître parmi nous plus de vérités en deux siècles, que n'en a possédé le genre humain durant les quarante siècles qu'embrasse l'Histoù'e de la philosophici
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la petite circulation était partiellement connue, aucun d'eux, disons-nous, n avait eu la notion de la grande. Aussi vit-on s'élever aussitôt une nouvelle aurore sur la médecine; des préjugés nombreux allaient être déracinés.
En physiologie aussi bien qu'en anatomie, les travaux se multiplient ; la pathologie et la clinique semblent résister davantage à l'impulsion reconstitutive : les folles idées des novateurs en ralentissent l'essor. Du côté de la chimie enfin, il existe encore un torrent d'hypothèses que détruira victorieusement Lavoisier- au dix-huitième siècle, en leur substituant ses admirables découvertes.
Nous dirons en un mot avec Boyer « que le xvii® et le xvnie siècles vont accomplir une révolution radicale, ou du moins lui fournir ses principaux éléments ».