ARTICLE III
PECQUET DÉCOUVRE LE RÉSERVOIR QUI PORTE SON NOM ET LE CANAL THORAGIQUE.
Si l'Angleterre revendique pour elle l'honneur d'avoir donné le jour à Harvey, s'il est bien vrai que le nom d'Aselli appartienne aux Italiens, nous pouvons citer à notre tour avec un légitime orgueil celui de Jean Pecquet. C'est lui qui renversa définitivement l'organe hépatique de son
1. L'ouvrage dans lequel se trouve consignée son immortelle découverte a pour titre : Di lactïbus sive lacteis tenis quarto vasorum mesai-aïcorum génère novo invento Gaspavis Aselii, Cremonensis anatomici Ticinensis, Bis- S3rtatio, qua sententiœ anatomicœ multœ vel perperam rcceptœ convelluntiir, vel jtartim perccpie illustrantur, ad amplissUnum et excellentissimvni reginm senatum medicoj'iim, 1G27.
2. Aselli eut aussi ses contradicteurs, et il est assez curieux de voir Harvey occuper un des premiers rangs parmi eux.
piédestal séculaire, où l'avaient pompeusement élevé les Galénistes, en atte?idant que Th. Bartholin entonne son solennel De p}'ofîmdis \
Vers 1647, en effet, notre jeune compatriote Pecquet, alors étudiant à Montpellier^ découvrit le réservoir qui porte son nom et constitue l'origine du canal thoracique 2. Dans ce réservoir arrivent les lymphatiques du membre inférieur et des viscères abdominaux, et c'est à tort qu'Asellileur assignait le foie pour aboutissant.
Comme celle d'Harvey, la découverte de Pecquet rencontra d'ailleurs des opposants. Parmi eux, Jean Riolan ' se fit remarquer par son ardeur à lutter contre la nouvelle doctrine, et Pecquet transforma par anagramme son nom en celui àeJoannes ore insanus.
Le triomphe resta, comme toujours, du côté de la vérité, et en 1666 Pecquet entrait à l'Académie des sciences. Il conserva, sa vie durant, d'excellentes relations avec le sur-
1. Thomas Bartholin alla même jusqu'à faire une épitaphe au pauvre foie. Voir : Defensio lacteornm et lymjjJiaticorvtn, et dnhiorum anatomicoruin contra Riolaniim, 1655.
2. Le titre de l'ouvrage de Pecquet est le suivant : Expérimenta nova anatomica quibua incognituni haetemis chyli receptaculiun, et ab eo, per thoracem in ravios itsqtie subclavios vasa lactea deteguntur. Ejnsdem dissertatio anatomica de circulatione sanguinis et cliyll motu. Paris, 1651.
.S. « Riolan était loin d'être un homme ordinaire : nul n'a jamais eu plus que lui et n'a gardé plus constamment le feu sacré de la science ; et je ne parle pas seulement de l'érudition (quoique la sienne fût immense), mais de cet amour passionné de la vérité, qui cherche à se satisfaire, moins dans les livres, que dans l'étude attentive et continuelle de la nature. Anatomiste habile et profond, fort élevé au-dessus des préjugés de son temps, qui interdisaient au savant l'usage du scalpel et les manipulations du laboratoire, il ne cessa de prêcher d'exemple, conviant la jeunesse aux travaux sérieux et pratiques, à l'observation des faits, et animé lui-même d'une véritable passion pour l'anatomie qu'il a enrichie de plusieurs découvertes importantes. Il joignait à ces qualités une merveilleuse aptitude pour l'enseignement, une diction élégante, parfois une véritable éloquence, et, ce qui ne gâte rien, des connaissances littéraires fort étendues, servies par la mémoire la plus heureuse. » (Raynaud, Les Médecins au temps de Molière,)
intendant Fouquet, et la faveur dont il jouit auprès de Madame de Sévigné • aurait seule suffi à l'immortaliser, s'il n'avait possédé d'autre titre à la reconnaissance de la postérité.
Pecquet succomba à l'âge de 52 ans, victime de l'abus des liqueurs fortes.
Joignons à ces trois découvertes concernant les voies circulatoires celle d'Olaus Rudbeck (1630-1702), qui vit le premier les lymphatiques du corps, et auquel Thomas Bartholin s'efforça vainement de ravir sa gloire.