Boerhaave, A^h
SOLIDISME. 245
avec ses principes, et on le vit souvent concéder une large part aux idées humorales.
« Il est des gloires, a-t-on dit, qui, nées dans le tumulte, ont besoin du tumulte pour se soutenir » ; plus éloquent que profond, moins instructif qu'agréable, Boerhaave dut en effet à la lucidité et à l'éclat de son enseignement la supériorité dont il jouit sur ses rivaux de gloire*.
Le temps a sourdement miné son œuvre ; si l'ordre et la méthode lui communiquèrent des dehors irréprochables, elle n'en resta pas moins, pour quiconque voulut y regarder de près, un chaos assez informe, et n'est guère aujourd'hui qu'un froid monument d'érudition, n'offrant plus qu'un fort médiocre intérêt.
Qu'a-t-il donc fait pour notre science, et quel héritage nous a-t-il légué ?
« L'anatomie nous enseigne, dit-il, que le corps humain se compose de liquides et de solides*.
« Les solides sont ou des vaisseaux renfermant des humeurs ou des appareils fabriqués, organisés et reliés entre eux, de manière à pouvoir être mis en mouvement, d'après leur mécanisme particulier, s'il survient une cause mouvante. On trouve dans le corps des appuis,, des colonnes, des poutres, des bastions, des téguments, des coins, des leviers, des ailes de levier, des poulies, des cordes, des pressoirs, des soufflets, des cribles, des filtres, des canaux, des auges, des réservoirs '. »
Cette longue énumération d'organes assimilés à des machines décèle évidemment les principes de l'Ecole iatromécanicienne.
Dans l'acte de la digestion, les phénomènes d'ordre mé-
1. Hoffmann et Stahl formèrent avec Boerljaave une sorte de triumvirat.