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Schulze, Commentaires sur la vie de Frédéric Hoffmann

3i Friderici Hoffmanni Opéra omnia in sex tomos distributa. GenèYe,niOi

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naturelles (sécrétions et excrétions); la troisième, des fonctions animales ou de celles qui ont pour instruments le cerveau, les sens et la puissance de l'âme sur le corps. Le livre deuxième comprend l'étude de la diète envisagée comme moyen propre à conserver la vie et la santé.

La pathologie générale est elle-même l'objet de trois divisions, à chacune desquelles correspond un chapitre spécial. Le premier se rapporte à la nature de la mort , des maladies et des mouvements morbides, ainsi qu'aux symptômes et aux causes; le second renferme les caractères et le mode d'action des venins et des poisons ; l'auteur range dans le troisième les affections qui empruntent leur origine à l'état de faiblesse du corps humain, à la mauvaise qualité des aliments, au défaut d'excrétions, à la trop grande abondance et à l'impureté du sang et des humeurs; vient encore prendre place dans cette troisième partie l'étude des moyens thérapeutiques propres à être fructueusement employés contre ces diverses altérations de l'organisme.

Abordant ensuite lapathologie spéciale, Hoffmann passe successivement en revue les divers genres de fièvres, les hémorrhagies et la douleur, les maladies spasmodiques et convulsives, celles qui sont provoquées par quelque lésion viscérale ou par l'atonie des parties solides de l'organisme , enfin les affections qui se localisent de préférence sur les parties externes.

Dans toute son œuvre, le professeur de Halle se montre franchement solidiste. Pour lui, « la circulation du sang est la cause de la vie. On dit que le corps est vivant, tant que le sang et les humeurs se meuvent ; si leur cours vient à s'interrompre, la mort survient. Le corps est sain, si la circulation est libre, modérée et réglée ; lorsqu'il y a maladie, au contraire, elle devient précipitée, inégale et embarrassée. Les causes morbifiques n'exercent leurs

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ravage qu'en troublant la régularité des mouvements vitaux et en pervertissant les sécrétions et les excrétions. Les maladies aiguës sont provoquées par la stase du sang ; les maladies chroniques, par la stagnation duliquide nourricier, ainsi que par l'obstruction des viscères et des organes émonctoriaux ».

Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre, le mouvement est tout aux yeux d'Hoffmann. C'est lui qui entretient la vie, c'est par lui aussi que le fluide nerveux circule dans l'organisme, et la maladie n'est qu'un vice du mouvement. Il la définit d'ailleurs lui-même « un trouble considérable dans la proportion et l'ordre des mouvements des solides et des liquides. Ces mouvements peuvent être accélérés ou retardés dans le corps entier ou dans une de ses parties. Leur désorganisation se joint parfois à une altération des excrétions et des autres fonctions... ».

Il existe des mouvements trop forts et des mouvements trop faibles : le mouvement trop fort produit le spasme ; le mouvement trop faible engendre l'atonie.

Toute la pathologie d'Hoffmann réside, au reste, dans cette distinction.

Le spasme peut être général ou partiel. Lorsqu'il se localise en une région riche en filets nerveux, il y provoque une douleur dont le nom varie suivant le siège (cardialgie, entéralgie, céphalalgie...). Parmi les spasmes généraux prennent place les inflammations , les fièvres, etc.. 11 existe enfin un spasme convulsif (vomissements, palpitations).

L'atonie est aussi générale ou partielle ; elle se révèle par la prostration des forces et l'absence de courage ; on la rencontre surtout dans les maladies chroniques et héréditaires.

L'indication thérapeutique se résume à administrer des remèdes convenables pour éloigner la cause morbifique et

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ses effets nuisibles, de manière à rétablir le libre cours du liquide nourricier.

Toujours et partout le médecin doit d'ailleurs imiter la nature.

L'eau simple est un des meilleurs remèdes ; elle relâche les spasmes, dérive les humeurs, excite la transpiration.

Les bains d'eau naturelle et les bains de vapeur sont appelés à rendre de grands services, mais il convient d'entourer leur usage de certaines précautions.

Les clystères eux-mêmes offrent de l'analogie avec les bains ; on peut les employer pour adoucir, évacuer, fortifier ou calmer.

Enfin les médicaments proprement dits sont rangés par Hoffmann en quatre grandes classes, auxquelles il convient d'ajouter celle des prétendus spécifiques :

Absorbants Tempérants Atténuants Calmants

Emétiques

Laxatifs

Purgatifs

Sudorifiques

Diaphoré tiques

Diurétiques

Emménagogues

Expectorants

Stemutatoires

Apophlegmatiques

Sialagogues.

Analeptiques Balsamiques Stomachiques m Viscéraux ;?;

Astringents et g Corrosifs 1;^

Antispasmodiques

Anodins

Narcotiques

L'histoire abrégée que nous venons de faire des doctrines d'Hoffmann donne une idée suffisante des efforts tentés par ce médecin, dans le but de ramener sous une loi unique les diverses branches médicales ; mais la précision rigoureuse n'est malheureusement pas de mise dans les sciences naturelles, et c'est là l'écueil où vint sombrer le système du célèbre novateur.

Nous ne saurions nous défendre toutefois d'un grand étonnement en envisageant de près la doctrine iatro-mécanique et les noms illustres qui la représentèrent. Gomment

tant d'esprits distingués ont-ils pu, de sang-froid, réduire l'homme à une simple machine , et demander aux sciences exactes la solution de problèmes qu'elles seront éternellement impuissantes à leur fournir? Il existe assurément des phénomènes d'ordre physique, mais ce qui a trop souvent échappé aux médecins philosophes, c'est la distinction des phénomènes physiques et des phénomènes vitaux ; à notre point de vue, un abîme les sépare.

Le solidisme a encore revêtu de nouvelles formes qu'il n'est pas permis d'ignorer. On a considéré jusqu'ici la matière comme dominée par la force ; nous allons voir quelques physiologistes envisager la force comme inhérente à la matière. Une première tentative dans cette voie avait déjà été faite par Glisson * ; Albert de Haller essaya de remplir le programme de son illustre prédécesseur et fut regardé à bon droit comme l'inaugurateur du solidisme moderne.

Savant accompli, expérimentateur consommé, travailleur intelligent, Haller (1708-1777) posséda cette somme de qualités qui constituent l'homme remarquable. A tous les dons de l'esprit il joignit d'ailleurs une impartialité dans la critique et une noblesse de caractère qui lui attirèrent sans cesse l'estime des contemporains et réduisirent bien des envieux au silence ; car si nous rappelons ici qu'il eut des adversaires, c'est pour proclamer bien haut qu'il sut les terrasser 2.

1. L'anatomiste hollandais Jean de Gorter (1689-1762'! avait remis en lumière les idées de Glisson ; il entreprit de nouvelles études sur Tirritabilité, sans cependant en déterminer les lois, et le mérite de cette détermination revient à Haller.

2. Lorsque parurent les Commentaires sur l'ouvrage de Boerhaave, Nortwick et Hamberger surgirent pour les attaquer ; Haller les combattit par des expériences décisives. Plus tard, de nourelles discussions eurent lieu à

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Parmi toutes les gloires de ce physiologiste aussi éclairé que modeste, la principale est sans doute celle qui nous le fait encore honorer aujourd'hui comme le fidèle commen tateur de Boerhaave *, de même aussi que le plus beau titre de Boerhaave lui-même consiste, à nos yeux, à avoir suscité Haller.

Durant longues années , le disciple respectueux se servit pour ses leçons des ouvrages du maître, lorsqu'en 1747 parut la première ébauche de physiologie 2^ où Haller exposait ses vues célèbres et ses découvertes sur une force à peu près inconnue jusqu'à lui , que recèle l'organisme animal.

U irritabilité Hallérienne est un moteur d'une nouvelle espèce ; c'est une propriété inséparable de la fibre ellemême, et cette propriété semble être l'apanage exclusif des organes musculaires ^. Comme preuve convaincante de sa théorie, Haller invoque à son appui la persistance des battements du cœur séparé de l'animal *.

En dehors même de cette irritabihté qu^il distingue avec soin de l'élasticité, et rend synonyme de contractilité, le savant de Berne reconnaît l'existence d'une autre propriété immanente aux tissus vivants qui se rattache directement au système nerveux, et à laquelle participent les nerfs euxmêmes , c'est la semibililé : c( J'appelle fibre sensible dans

propos de physiologie avec Whytt, Lamure, Lorry, Lecat ; mais le succès final resta toujours du côté du savant de Berne,

1. Hermanui Boerhaave, Prœlectiones acadeinieeê in proprias institutiones rei medicœ ; edidit et notas addidit.

2. 'B.a.\\GT,Pri'niœlinecB physiologlœin usvm lircBlectionum academicarum. Gottingue, 1747.

3. « J'appelle partie irritable du corps humain, dit Haller, celle qui devient plus courte quand quelque corps étranger la touche un peu fortement... »

4. Cette explication ne serait plus acceptable aujourd'hui, puisqu'on rapporte avec juste raison la persistance des battements aux ganglions intrinsèques du cœur.

l'homme, dit-il, celle qui, étant touchée, transmet à l'âme l'impression de ce contact »,

Irritabilité musculaire, sensibilité nerveuse^ tels sont en résumé les deux termes qui doivent servir d'échafaudage à tout le système physiologique d'Haller *.

La doctrine de Guillaume 'Cullen (1742-1790) ^ procède à la fois de l'irritabilité Hallérienne et du nervosisme d'Hoffmann; elle relie, pour ainsi dire, l'un à l'autre les deux systèmes. Dans cette théorie, l'irritation est un fait primitif, incontestable, dont il faut se garder de rechercher l'origine ; mais, peu conséquent avec lui-même, Cullen ne tarde pas à se demander si on ne pourrait légitimement rattacher ce phénomène à une action spéciale du fluide nerveux, et finit par convenir du peu d'intérêt qu'offre le point de départ des diverses fonctions vitales, puisque la vie elle-même se présente à nous sous la forme d'un cercle continu.

C'est en modifiant d'une façon variable le système nerveux qu'agissent à ses yeux les différentes impressions ressenties par l'organisme ; poussée à l'excès, l'irritabilité engendre le spasme, de même que son défaut produit l'atonie.

1, f Haller est moins mécanicien que ceux qui ne voient dans les nerfs que des cordes vibrantes, et que Hoffmann lui-même, qui n'admet dans les tissus que des propriétés Ae chair morte; mais quoique l'irritabilité soit un progrès très important, elle dicho<-omise la physiologie qui oscille entre l'irritation et l'abïrritatiojj, comme dit plus tard Broussais ; entre la contraction et le relâchement, laissant dans l'oubli la plupart des autres actes vitaux. Tout inspiré de la philosophie de son temps, il a revendiqué au nom de la méthode expérimentale les droits légitimes des tissus à la vie, localisée presque exclusivement dans les nerfs sous le nom d'esprits animaux, mais l'expérimentation l'a réduit à de nombreuses et inévitables erreurs. . .î>(J'.- B. Van Helmont ; sa hiographie ; histoire CJ'itique de ses Œuvres tt %njl\ience de ses doctrines médicales sur la science et la fraVKiue de la médecine jusqu'à nos jours, par le D" Mandon).

2, Pour les détails biographiques sur CuUen, voir : J. Thomson, An acc ountofthe lÂ/e, Lectures and WritingsofW. Cullen. 2yol. in-8 (1832-1869).

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« Le spasme de Cullen est issu de l'irritation de Haller. « Il appartient à la fibre et au vaisseau, comme l'attraction « à la pierre. 11 procède de l'impression et non de la dila- « tation, et cette impression n'a rien de physique ; c'est un « acte de la sensibilité qui répond à l'action des corps a extérieurs en vertu d'une spontanéité aussi essentielle « aux tissus vivants que la chaleur aux corps en ignition. « Les agents physiques excitent, mettent en jeu, détermicc nent d'une certaine manière cette propriété ; mais ils ne « la communiquent pas comme ils communiquent leur « mouvement, leur chaleur, leur lumière, leur électricité, « aux corps ambiants de même nature qu'eux. Il y a plus, « l'irritabilité reçoit ses déterminations véritables et fonc- « tionnelles non de l'extérieur, mais d'une matière vi- « vante, la matière nerveuse, douée essentiellement de la « sensibilité, comme la fibre musculaire l'est de l'irrita- (( bilité ou faculté motrice. L'intervention de ces deux « éléments fait des œuvres de Cullen quelque chose de « tout nouveau et d'inouï jusque-là. On se sent tout à « coup transporté à une distance infinie de l'antiquité, « qu'on touche pourtant encore ^ »

Cullen conçut l'audacieuse prétention de fonder un système nosologique, et à l'exemple de ces nombreux inventeurs qui ne possèdent pas de notions suffisantes pour étayer leurs théories d'une façon inébranlable, on le vit faire appel aux ressources de sa brillante imagination pour suppléer de la sorte aux connaissances solides.

Sa classification, fort arbitraire d'ailleurs, ne tient aucun compte du siège et de la vraie nature de la maladie ; elle repose sur quelques analogies vulgaires. Les espèces mor-

1. Introduction au Traité de thérapeutique et de matière viédicale, par Trousseau et Pidoux ; 9« édition, revue et augmentée avec la collaboratiou de Constantia Paul. Page XIV.

bides y sont ramenées à trois grandes catégories les pyrexies, les névroses, les cachexies l.

Mais s'il fut en principe un peu fantaisiste, les lumières cliniques ne lui firent jamais défaut , et le théoricien s'effaça souvent devant le praticien ; un exemple suffira, croyons-nous, pour confirmer ce que nous avançons. La fièvre résulte pour lui d'une faiblesse générale dans l'exercice des diverses fonctions, faiblesse qui se traduit au contraire par une sorte de stimulation du côté du système sanguin ; or en pratique Cullen néglige le phénomène initial de langueur pour ne s'occuper que de la réaction consécutive, et préconise chaleureusement la médication antiphlogistique. Que de fois d'ailleurs ne le vit- on pas aussi, malgré sa prétendue répugnance pour les spécifiques *, tenter l'action de médicaments qui ont toujours été envisagés comme tels !

Ses théories exercèrent en résumé une assez heureuse influence sur la marche de la thérapeutique, elles inspirèrent au médecin expérimentateur un plus grand respect pour des tissus, dont la sensibihté et l'irritabilité se trouvaient mises désormais hors de doute :

« Les effets particuliers des substances en général, disaitil, ou de celles spécialement qui portent le nom de médicaments^ dépendent de la manière dont elles agissent sur les parties sentantes et irritables du corps humain, lorsqu'elles y sont appliquées, d

Haller, l'illustre créateur de la physiologie expérimentale, avait exposé ses vues admirables avec tout l'éclat que

1. Une quatrième catégorie est réservée aux maladies locales. La classification de Cullen comprend 19 ordres, 230 genres et moins de 600 espèces.

2. Il proscrit l'emploi des spécifiques dans ses Institutions of médecine , physiology, for the use ofthe studenta in the university of Edinburgh,

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comporte une grande découverte, et Guillaume Cullen venait d'introduire dans le domaine de la patholog-ie le phénomène mécanique de l'irritabilité ' ; nous voici à l'heure actuelle en présence d'un esprit plus absolu encore et plus systématique peut-être que ceux qui l'ont précédé. S'il affirme avec une présomptueuse autorité, la contradiction le blesse, et son exclusivisme n'a d'égal que la rigueur de son principe. La doctrine de John Brown (173S-1788) brille en effet pnr deux qualités inappréciables: elle est simple *, et elle est claire; aussi se montre-t-elle merveilleusement séduisante. L'inflexible Ecossais veut saper du même coup l'irritabiHté de la fibre motrice, et la sensibilité du système nerveux ; il fait table rase des organes, et la maladie n'est plus à ses yeux qu'une abstraction absolue '. Mais on ne détruit généralement qu'à la condition de réédifier, et la faculté nouvelle issue du système de Brown prend le nom dilincitabilité . C'est une force de nature indéterminée, et de cause inconnue qui se confond, pour ainsi dire, avec la vie elle-même *. La santé résulte du rapport de cette force avec les stimulants, et la maladie se déclare lorsque cette corrélation vient à se rompre. Mais entre l'état hygide et l'état morbide, il existe toujours (au moins pour les maladies générales) une situation intermédiaire à' opportunité . Les maladies locales paraissent peu préoccuper l'élève de Cullen ^, et toute son attention se concentre du côté des

1. L'irritabilité engendra en pathologie la doctrine du spasme et de l'atonie.

2. Brown supprime en physiologie tout détail anatomique, en pathologie toute séméiotique et toute nosologie, en matière médicale toute idée de spécialité.

3. La doctrine de Brown est consignée dans ses Eleiuenta medicince. Edimbourg, 1780.

4. L'incitabilité réside dans la moelle nerveuse et le tissu musculaire.

5. Brown fut disciple de Cullen, et ce dernier le prit comme précepteur de ses fileii

affections diathësiques. Ces dernières sont sthéniques ou asthéniques, suivant que l'excitation se montre trop énerg-ique ou insuffisante, et la plupart des cas observés peuvent être légitimement rapportés à la seconde de ces catégories, puisque les maladies par asthénie sont à peine aux maladies par sthénie comme 97 est à 3 ^ Au premier de ces états on devra naturellement opposer les excitants, au second les débilitants.

D'ardents prosélytes du Brownisme essaieront plus tard de pousser à leurs dernières conséquences les principes du maître, et on pourra, à l'aide de la fameuse table imaginée par Lynch, établir le diagnostic et le traitement d'une maladie quelconque avec autant de facilité qu'on fait une multiplication avec la table de Pythagore.

Mais tout excès doctrinal implique nécessairement une réaction contraire. Giovanni Rasori (1766-1837) prit le contrepied du Brownisme, et son système fut, comme on l'a dit, celui de Brown renversé. Pour l'un et l'autre en effet, la vie est entretenue par les stimulants et, contrairement à l'opinion du pathologiste écossais, c'est l'excès de stimulus qui, aux yeux de Rasori, provoque l'invasion de la maladie ; les affections par sthénie sont à celles par asthénie comme 97 est à 3 ; le rapport numérique établi par Brown se trouve ainsi retourné. Stimulants, controstimulants, tels sont les deux grands ordres de remèdes préconisés par le médecin d'Italie ; le second d'entre eux joue le principal rôle, puisque Tasthénie prédomine à un si haut degré. Quel que soit le jugement que l'on porte sur sa doctrine. Fauteur a manifestement bien mérité de

1. La goutte a été le point de départ du système pathologique de Brown ; elle provient dn l'asthénie ; donc toutes les maladies doivent reconnaître la même cause.

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la science, en reconnaissant à certaines substances, telles que le tartre stibié administré à hautes doses, la remarquable propriété d'atténuer les phénomènes inflammatoires ^

Avec Broussais (1772-1838), l'école physiologique va faire son apparition dans le monde médical. La trempe d'esprit orig-inale et vigoureuse à la fois de l'éminent professeur, sa pénétration profonde, son zèle infatigable le désignaient à tous comme le porte-drapeau d'un nouveau système, et, par suite de l'énergique activité qu'il déploya dans sa réforme, son nom devint à tout jamais synonyme de combat sans trêve ni merci, de lutte et de lutte à outrance ^.

« Broussais était admirablement doué de toutes les quart lités nécessaires à un réformateur : la force et les hait bitudes du corps secondaient puissamment l'énergie de « ses convictions et l'impétuosité de son génie. D'une taille « au-dessus de la moyenne, il portait une tête énorme sur « un cou et des épaules de formidables dimensions; sa « figure, où les os proéminaient sous un système muscu- « laire moins prononcé, s'animait d'une manière étrange « à la plus légère émotion, et ses yeux d'un gris -fauve « dardaient alors des regards qui leur étaient particuliers. c< Sa voix vibrante et sonore, soutenue par une mimique « impétueuse, était infatigable et toujours au service de sa « fougueuse imagination. Celle-ci était inépuisable et ap- « pelait à son aide tour à tour ou en même temps la railce lerie et l'enthousiasme, la science et la passion, la raison

1 . La doctrine de Rasori est généralement connue sous le nom de Masorisnie ou Contro- Stimulisme.

2. Voy. pour la biographie de Broussais : Etude sur Broussais et sur son dhivre, par Paul Reis. Paris, 1869. — Notice historique sur la vie, les travaux, les opinions médicales et philosophiques de Broussais, par H. de Montègre. Paris, 1839 — Galerie médicale, n° X. (Extr. de la Gaz, méd. de Paris.)

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« et le cœur; ne dédaignant aucune arme, il visait autant à « frapper fort qu'à frapper juste. Avec une organisation d plus calme, Broussais eût rencontré des approbateurs, « mais sa doctrine n'aurait jamais eu de prosélytes et « même de martyrs. >.

« Semblable à Minerve^ dit Pariset ^, qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter, on voit sortir tout à coup du sien une médecine toute nouvelle. » Elle a son point de départ dans les idées de Haller, et malgré de grandes analogies avec le Brownisme . peut-être confme-t-elle davantage encore aux vues de Rasori, puisque, comme ce dernier, Broussais admet d'une façon indiscutable la prédominance certaine de l'élément stimulateur '.

L'irritabilité est encore le pivot autour duquel gravite tout le système *, et la maladie consiste dans l'exagération ou l'affaiblissement de cette propriété vitale; le mot d'zVritatio7i sert à désigner le premier de ces états ^, celui d'«6irritatioîi est appliqué au secoud. Mais comme les modificateurs organiques agissent le plus souvent en surexcitant l'économie vivante, les maladies irritatives l'emportent naturellement de beaucoup sur leurs antagonistes. Irrita-

1 . Félix Roubaud, Hist. de la médecine en France pendant la première moitié dii xix« siècU^ — Voir a-uisiV Eloge de Brovssais, par M. Mignet.

2. f&Tiset, Discours prononcé , lors de Vinaugnration de la statue de Bro^issais à Vhôpital du Val-de- Grâce, le 21 août 1841, au nom de l'Acad. de Médecine.

3 . La réforme opérée par Broussais commence avec l'apparition de son Histoire des phlegmasies, publiée en 1808.

4. « L'irritabilité, disait Bégin, est l'aptitude qu'ont certains corps à recevoir l'impression des corps qui leur sont étrangers et à se mouToir à l'occasion de cette impression. »

5. L'irritation est, aux yeux de Broussais, a un accroissement de la con tractilité des tissus, dont les contractions augmentées attirent une plus grande quantité de fluides j>.

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tion inflammatoire, irritation hémorrhagique, subinflammation, névrose^ telles sont les divisions auxquelles on essaye de ramener les diff'érentes formes pathologiques. La maladie n'est plus dans cette hypothèse qu'un simple accident, d'où on veut bannir toute idée de spécificité, et les fièvres dites essentielles se trouvent rayées du cadre nosologique.

Non content de ses premiers exploits, l'ardent réformateur se montre plus radical encore ; il ne voit bientôt plus qu'un seul organe atteint et rapporte à des lésions du tube digestif la plupart des états pathologiques de l'économie ; tout n'est plus, à ses yeux, que gastrite ou gastroentérite.

La thérapeutique de Broussais est d'ailleurs aussi simple que sa pathologie, et la polypharmacie reçut duphysiologisme * un contre-coup nécessaire, quoique trop intense. Plus désormais, dans l'arsenal médicamenteux, de ces préparations aussi informes que monstrueuses qui l'encombrent de toute part ! Mais en niant toute spécialité, l'Ecole du Val-de-Grâce a eu le tort d'effacer du même coup les propriétés réelles des médicaments. Pour combattre l'irritation, on fit des antiphlogistiques et des évacuations sanguines en particulier un abus souvent déplorable; aujourd'hui une réaction s'est manifestée, peut-être a-t-elle été même trop éclatante.

Comme théoricien, la gloire de Broussais fut brillante, mais passagère ^ ; la façon au contraire dont il étudia les lésions organiques, les lumières dont il environna le diag-

1. Le professeur du Val-de-Grâce nomma sa doctrine physiologique } nous l'appelons aujourd'hui pZ/^/sioZo^ts^we, pour montrer qu'elle représente plutôt l'abus que l'usage de la physiologie.

2, Les Lettres de Miquel à un Médecin de Province portèrent un terrible coup au Broussaisisme, qu'attaquèrent d'ailleurs plusieurs journaux, en tête desquels il convient de citer la Gazette médicale de Paris,

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nostic local, portent encore leurs fruits ; l'exploration des organes, l'interprétation des symptômes, voilà les titres assurés du célèbre professeur à la reconnaissance des générations futures !

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