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CHAPITRE Y

HUMORISME.

On rencontre des traces de ce système dès les temps les plus reculés ; Galien en coUigea plus tard les principes et consacra l'alliance des éléments avec les quatre humeurs dites cardinales. Puis, quand au xvi® siècle parut l'iatrochimie, on vit le réformateur de Bâle susciter, en inaugurant cette forme nouvelle, une véritable révolution dans les sciences médicales.

Bien que l'Ecole vitaliste revendique Van-Helmont* (1577-1644), sa théorie des ferments lui a assigné une place définitive parmi les coryphées des doctrines humorales, et nous devons à ce titre le comparer à Paracelse. Mystiques et prétentieux l'un et l'autre, ils se rapprochent en effet par leur âpreté dans la polémique aussi bien que par la haine implacable qu'ils vouèrent tous deux à l'antiquité. Van Helmont fut néanmoins plus érudit et moins violent

1. Lordat l'a rangé parmi les vitalistes superstitieux. (Lordat, Deux leçonsde physiologie...) Né à Bruxelles en 1577, Van Helmont succomba, âgé de soixantesept ans, aux atteintes d'une pleurésie. Guy Patin prétend qu'il serait mort dans un état de phrénésie, pour n'avoir pas voulu se laisser saigner. Son fils, Francisque Mercure, fut chargé de réunir les fragments épars de son œuvre. L'édition qu'il publia à Lyon en 1667 est intitulée : « Ortus medicinœ,id est initia physicce inaudita, progressais medicinœ novus, in morborum ultionein ad vitam lofigam, authore J. B. Van Helmont ».

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que Paracelse ; il repoussa les théories astrolog-iques et la fantastique pyrotechnie de son prédécesseur, mais se laissa séduire par le rôle chimique des agents fermentescibles, auxquels il attribuait l'importante fonction d'opérer les métamorphoses organiques. Il tint haut le drapeau de la philosophie médicale, mais sut cependant s'incliner devant Dieu et consacra sa vie à l'étude et à la prière.

La vivacité de son imagination, qui le plongeait sans cesse au sein même de la divinité, lui attira de véritables extases scientifiques, et l'activité de son esprit le poursuivit jusque dans les rêves *. Quelques médecins ont voulu voir dans Yan Helmont un aliéné; quoi d'étonnant, et la psychologie ne va-t-elle pas jusqu'à envisager le génie comme une dépendance de la folie ' ?

Adversaire décidé du Galénisme ", on ne peut lui refuser le mérite d'avoir largement contribué à l'expulser des

1. Le fait paraîtra peut-être paradoxal, mais Van Helmont travaillait endormi et interprétait à sou réveil, suivant les principes de la raison et du bon sens, ses apparitions nocturnes.

2. c( Kh quoi ! s'écrie Moreau (de Tours), le génie, c'est-à-dire la plus haute expression, le7iec j^lits nlt?'à de l'activité intelleiîtuelle, n'être qu'une névrose ? Pourquoi non ? . ...

a A une foule d'égards, tracer l'histoire physiologique des idiots serait tracer celle de la plupart des hommes de génie, et vice rersâ.

« Les dispositions d'esprit qui font qu'un homme se distingue des autres hommes par l'originalité de ses pensées et de ses conceptions, par son excentricité ou l'énergie de ses facultés aflEectives, par la transcendance de ses facultés intellectuelles, prennent leur sour(;e dans les mêmes conditions organiques que les divers troubles moraux dont la folie et l'idiotie sont l'expression la plus complète.

a L'assimilation de la folie et des plus sublimes qualités de l'intelligence, au point de vue de leur origine et de leur substratum physiologique, est parfaitement légitime, plus que légitime, nécessaire... » {La psychologie morbide dans ses rajtports avec la 2jhilosoj}7ne de VMstoire,ou de Vinflnence des névropatJdes sur le dijnamisme intellectuel, par le D"" Moreau, de Tours.)

3. Les Galénistes dénoncèrent Van Helmont à l'Inquisition, et la persécution exercée contre lui fut telle, qu'il ne lui fut même pas permis de soigner ses enfants à leur lit de mort.

266 DU XVIIc AU XIX® SIÈCLE.

Ecoles, tout en mettant aussi une égale ardeurà combattre, dans l'étude des sciences, la méthode syllogistique ou aristotélique \

Sans pari ag-er en définitive l'enthousiasme quelque peu outrépeut-êtredeMM.]VIandon*,Rommelaere ^ et Tallois * au sujet du médecin de Wilvorde, nous ne saurions méconnaître sa supériorité sur Paracelse et les réels services qu'il procura, en rendant plus intime l'alliance de la chimie avec la médecine ° ; son amour pour la science n'eut d'égal que son dévouement aux malades.

« Cet homme, dit Bordeu ^, moins éloigné de nous et moins incompréhensible que Paracelse, n'en fut pas pour cela moins extraordinaire. Il vécut, je dirai presque, il régna dans le xvi" siècle.

« Emporté parson enthousiasme, piquédeslenteurs etdes vaines promesses de la médecine galénique, dont il éprouva l'impuissance sur lui-même, aiguillonné parle sentiment de supériorité que son génie lui donnait sur tous les autres médecins, il jurala perte du Galénisme, et il acheva de

1. Bacon ne dévoila pas mieux que lui la stérilité du syllogisme.

2. « Van Helmont est la plus grande figure médicale des temps modernes. « Il rappelle à la fois Hippocrate et Aristote. La médecine n'eut jamais « d'observateur plus pénétrant et un aussi profond penseur. Son système de « dynamique, aussi peu connu que mal jugé, est une conception sans rivale. « Il a balayé de ses mains, pour emprunter son langage, le Galénisme et le « Péripatétisme des Ecoles ; et la science actuelle tient de lui une grande « part de ses progrès. Médecin, philosophe, réformateur et novateur, tel lise « présente, tout inspiré de l'esprit de son siècle. » (Mandon, Mémoire avqvel l'Académie royale de Médecine de Belgique a décerné ii/ne médaille d'or au concours <?e 1865-66.)

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