HUM0RI8ME
Tel est le rôle qu'attribue Willis aux divers éléments constitutifs de l'organisme ; sa pathologie est toute en rapport avec cette physiologie chimique, et la fermentation suffit à expliquer tous les phénomènes morbides. C'est un mouvement intestin des particules ou des principes d'un corps quelconque, avec tendance au perfectionnement de ce corps ou à sa transformation en un autre \
La fièvre n'est plus, dans cette théorie, qu'une effervescence du sang provoquée par une véritable fermentation *.
Les convulsions et les spasmes sont dus à une explosion du sel et du soufre avec les esprits animaux ^.
« Les ferments, dit encore Willis, recèlent les germes de toutes la maladies », et l'office du médecin offre à ses yeux de grands traits d'analogie avec celui du sommelier ; l'un doit surveiller la fermentation du sang et des humeurs, comme le second est chargé de surveiller celle du vin *.
L'iatro-chimie fut unesorte de transitionentre la période alchimique et la naissance de la chimie véritable. Cette dernière tendit néanmoins de jour en jour à devenir une science indépendante, et des travaux nombreux furent effectués dans ce but, tant en France qu'à l'étranger.
Yers le milieu du xvii® siècle, un Anglais du nom de Robert Boyle (1626-1691) conçut la première idée des
1 . « Fermentatio est motus intestinus particularum, seu principiorum cujusvis corporis, cum tendentiâ ad perfectionem ejusdemcorporis, vel propter mutationem in aliud. » (^De ferment. Cap. III.)
2. c( Videtur enim quod febris sit tantum fermentatio, seu efiervescentia immodica sanguinis, et humoribus inducta. » {De fehribns. Cap. primum.)
3. Pathologiœ cerehrl et nervosi generis speeimeii, in quo agitur de morbis convulsivis et de scorbuto. (Cap. primum.)
4. « Etenim pro tuendâ aut recuperandâ hominis sanitate, Medici fere idem est ac Œnopolte officium ; sanguis et humores, seque ac vina, in lequabili temperie, et fermentationis motu conservari debeat. » {De ferment. Cap. V.)
BOUILLBT. 18
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réactions chimiques \ et distingua nettement le mélange de la combinaison :
« Dans un mélange, dit-il, les corps qui y entrent conservent chacun leurs propriétés caractéristiques et sont faciles à séparer les uns des autres ; dans une combinaison, lesparties constituantes perdent leurs propriétés primitives et sont difficiles à séparer. »
Joachim Bêcher (1635-1682) imagina un peu plus tard sa fameuse hypothèse du phlogistique, qu'un de ses élèves, Ernest Stahl, devait formuler ultérieurement d'une manière plus précise. Cette théorie suscita dès son apparition l'enthousiasme des chimistes et des philosophes euxmêmes, mais n'eut d'autre résultat que d'entretenir une émulation salutaire à l'évolution scientifique ^.
En 1774, Priestley (1733-1804) en Angleterre et Scheele en Suède ' découvrirent en même temps, quoiqu'à l'insu l'un de l'autre, ce qu'ils appelèrent l'air déphlogistiqué ou le gaz pyrogéné *, et l'éminent Lavoisier (1743-1794), Tun des hommes les plus prodigieux qui aient jamais paru et qu'auraient dû respecter nos discordes civiles, édifia sur des expériences indiscutables sa belle théorie de la combustion, dont il fit le fondement de tout un système. Ces trois savants ont fondé la chimie moderne: l'Angleterre, la Suède et la France peuvent revendiquer une part à peu près égale dans cette création.
La composition de l'air atmosphérique, la composition
1 . Boyle fut le premier à se servir du sirop de violettes pour reconnaître si une substance est acide ou alcaline.
2. La combustion, pour ces chimistes; n'est autre chose qu'une décomposition ; tous les corps susceptibles de brûler sont des corps composés et renfermant un principe commun (phlogistique).
3. Scheele découvrit aussi le chlore et lui donna le nom d'acide muriatique déphlogisUqtiê .
4. Priestley proposa d'employer Vair dê^ihlogistiqué (oxygène) dons le traitement de la phthisie pulmonaire.
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de l'eau, l'élude de la respiration préoccupërent Lavoisier, et la solution de ces divers problèmes ne se fit guère attendre,
Une sublime intuition, telle qu'en ont seules les intelligences d'élite, le conduisit à croire en 1770 que l'air n'est pas un corps simple, et il se livra dès lors aux expériences les plus variées, pour vérifier ce qui n'était encore chez lui qu'un simple soupçon. De nombreuses difficultés se présentèrent ; Lavoisier sut les vaincre noblement, et mit en évidence la portion salubre qu'il appela oxygène, et la portion insalubre à laquelle Guyton Morveau donna plus tard le nom à' azote *.
On avait toujours et partout envisagé l'eau comme un élément, et les premiers doutes sur la simplicité de ce liquide se firent jour vers 1776. Sept ans après, l'éminent chimiste lisait à l'Académie des sciences un mémoire destiné à prouver qu'elle se compose d'air inflammable et d'air vital.
Enfin la respiration apparaît encore aux yeux de Lavoisier comme un simple phénomène de combustion, combustion lente sans doute, mais qui n'en a pas moins pour effet de brûler une partie du carbone contenu dans le sang, et la chaleur animale est due elle-même au calorique qui se dégage, lors de la transformation de l'oxygène en acide carbonique.
Tels sont les principaux titres de l'illustre savant et du grand citoyen, dont la hache révolutionnaire devait impitoyablement trancher les jours. Il prêta en outre sa part active de collaboration et de recherches aux principes de la réforme et du perfectionnement de la nomenclature chimique ; elle devint l'œuvre collective de quatre savants.
1. Le nom à! oxygène signifie générateur d'acide ; celui à'azote, gaz irrespirable.
et Guy ton Morveau,Berthollet, Fourcroy s'associèrent dans une large mesure aux glorieux travaux de Lavoisier.
Guyton Morveau (1737-1816) était magistrat; il joignit à la connaissance des lois humaines une notion assez étendue des lois qui régissent la nature, et conçut le premier la nécessité d'une réforme dans le langage chimique. Le travail où il la proposa est intitulé : Mémoire sur les dénominations chimiques, la nécessité <ï en perfectionner le système, les règles pour y parvenir, suivi d'un tableau d'une nomenclature chimique. Dijon, 1782.
C'est aussi un honneur pour Berthollet (1748-1822) de figurer parmi les fondateurs de cette nomenclature, dont on a dit « que les idées étaient fausses, mais les signes fabriqués avec art ». Son œuvre, au point de vue chimique, fut d'ailleurs considérable. Il établit sur des données nouvelles la théorie des affinités dans la double décomposition des sels, préparant de la sorte la fam&use loi connue de nos jours sous le nom de loi de Berthollet, et reconnut en outre que l'ammoniaque, envisagée jusqu'à lui comme un corps simple, se compose d'hydrogène et d'azote, dans la proposition d'un quart d'hydrogène et de trois-quarts d'azote.
Fourcroy lui-même (1755-1809), « professeur d'un si 1 rare talent que la science prit dans ses leçons tout le charme et tout l'éclat d'un sujet littéraire », voulut associer son nom au triumvirat qui s'était donné pour mission de rédiger une charte de la chimie moderne. De toutes les recherches qui occupèrent cet esprit à la fois si actif et si ingénieux, celles qui nous intéressent plus spécialement se rapportent aux substances animales. La plupart des liquides organiques (sang, bile, lait, chyle, larmes, mucus nasal, sérosité des hydropiques) furent soumis par lui à une minutieuse analyse, et ses travaux sur le tartre des dents, la composition chimique des os, lescalculs urinaires.
etc., constituent un ensemble biologique dont les traces ne se sont pas encore effacées.