Voir Caizergues, Discovrs snr les systèmes en médecine
2. Une doctrine vraie doit, pour s'imposer, faire entrer en égale ligne de compte les divers éléments constitutifs de l'homme.
Un homme surgit alors, doué d'un génie incomparable, qui interposa son double dynamisme aux querelles des mécaniciens et des animistes, A côté de l'agrégat matériel confondu avec l'organisation même de l'homme, Barthez (1734-1806) ' admit l'existence de deux éléments spéciaux concourant l'un et l'autre au grand acte de la vie : l'âme pensante et le principe vital.
L'être vivant ofTre aux regards scrutateurs du physiologiste un certain nombre de phénomènes élémentaires qu^on doit naturellement rapporter à des forces distinctes; or les forces physiques se montrent manifestement impuissantes à nous donner la clef de quelques-uns d'entre eux, et il faut de toute nécessité recourir à une force psychique et à une force vitale pour les voir expliqués d'une façon satisfaisante.
De nos jours, je le sais, les progrès de la science moderne ont péremptoirement démontré la transformation réciproque des divers agents physiques ^. La chaleur, par
1 . Paul-Joseph Barthez naquit à Montpellier le 11 décembre 1731. Il fit ses premières études à Narbonne et revint à l'âge de 16 ans dans sa ville natale, pour y commencer la médecine : avant vingt ans on lui décernait le bonnet doctoral. Barthez se dirigea ensuite vers Paris, entra en relation avec la plupart des grands hommes de l'époque, et collabora au Journal des Savants ainsi qu'à l'Encyclopédie. En 1700, une chaire devint vacante à Montpellier; il se présenta et sortit victorieux d'un brillant concours qui lui permit de prendre place parmi les professeurs de cette école, où il devait faire resplendir plus tard le prestige de son génie. (Voir Lordat, Urj)ositio7l de la doctrine de Barthez et mémoires sur la vie de ce médecin, 1818.)
2. « La notion de l'équivalence des forces naturelles est toute moderne ; « la trace n'en a pas pénétré dans les langues, encore sous l'empire des « théories anciennes qui considéraient la chaleur et la lumière comme des (t substances. Il n'y a pas longtemps quejdes expériences directes ont donné « une base solide aux nouvelles doctrines. Un physicien anglais, M. Joule, « recommença les expériences de Rumford sur le frottement, en les variant « de diverses manières : il obtint de la chaleur en faisant tourner une petite « roue à palettes dans l'eau et dans du mercure. Il fit aussi frotter un a anneau de fer sur un disque de même métal. M. Favre fit frotter de « l'acier sur de l'acier. Dans toutes ces expériences, le travail mécanique,
ANIMISME^ VITAUSME. 283
exemple, se métamorphose en lumière, et le rapport entre ces forces reste toujours constant. Mais de l'équivalence des forces physiques peut-on légitimement conclure à l'unité des forces physiques et des forces vitales, des forces physiques et des forces intellectuelles ? — J'ai de la peine à l'admettre, et la déduction des matérialistes paraît tout au moins bien anticipée, sinon complètement hasardée, dans l'état actuel de la science.
Poursuivons notre étude, et demandons-nous ce qu'entendit Barthezpar principe vital :
« Je donne le nom de principes, dit-il ', aux causes expérimentales des phénomènes du mouvement et de la vie.
« Ainsi, j'appelle principe vital de l'homme, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. Le nom de cette cause est assez indifférent, et peut être pris à volonté. Si je préfère celui de principe vital , c'est qu^il présente une idée moins limitée que les noms à'impetum faciens , de sensibilité, d'irritabilité ou autres, par lesquels on- a désigné la cause des fonctions de la vie. »
Passant ensuite en revue les divers principes du mouvement, on le voit s'élever graduellement des plus simples jusqu'à ceux qui engendrent et conservent les corps organisés des végétaux et des animaux, pour aboutirfinalement à l'homme lui-même^.
« l'efEort'du frottement est transformé directement en chaleur. Le rapport a d'équivalence a été trouvé égal, tantôt à 424, tantôt à 425, tantôt à 413 ; « mais ces faibles difEérences ne tiennent évidemment qu'à des erreurs, iné- « vitables dans un tel genre d'observations. » {Les Problèmes, par Augi;ste Laugel. Paris, 1873.)
1. Nouveaux éléments de la science de Vhomme, par Barthez, 1778. Tome I, page 1.
2. « L'homme, dit Barthez, s'élève au-dessus de tous les animaux par la perfection de ses organes et la perfectibilité de son intelligence. »
c( Le principe vital de l'homme, ajoute-t-il alors ', est sans doute uni intimement à son intelligence et à ses organes. Mais, pour mieux connaître les forces de ce principe, il faut les considérer séparément des affections de l'âme pensante et de celles du corps simplement organisé; car, dans l'étude des sujets fort compliqués, la faiblesse de l'esprithumainlui rend de semblables abstractions absolument nécessaires. »
Peu ifnporte le nom, peu importe aussi la nature du principe de la vie, pourvu qu'il existe. Est-il inhérent à la matière, ou est-ce un être distinct? — Barthez se soucie peu encore de résoudre un pareil problème, mais fait néanmoins reposer son hypothèse sur l'existence des forces motrices et des forces sensitives, de la chaleur vitale et des sympathies organiques.
« Il faut distinguer dans le principe vital les forces sensitives d'avec les forces motrices, parce que ces deux sortes de forces produisent des effets entièrement dissemblables. C'est ainsi que, dans Tâme qui est une, les métaphysiciens distinguent Tentendement et la volonté, parce que les opérations de ces facultés sont évidemment diverses. »
S'agit-il de la chaleur animale ? — Sans tenir aucun compte des phénomènes physiologiques qui concourent à sa production, le médecin de MontpelHer attribue de même les lois qui la régissent aux dispositions primordiales du principe vital.
« Ainsi, il parait qu'il faut rapporter la conservation permanente du même degré de chaleur naturelle, dans l'homme qui peut être longtemps exposé à des degrés extrêmement divers de chaleur de l'atmosphère, à la faculté que le principe vital a d'augmenter ou de diminuer le mouvement de chaleur dans les solides et les fluides du corps vivant, et par conséquent d'accroître ou d'affaiblir la