Barthez, loc. cit., page
2. On peut consulter à ce sujet la Thèse de Fichaux. Paris, 1858. iVï Fanimismi', ni l''o7-ganicisme, ni le vitalisme exclusifs ne sont la vérité,
3. Lordat appela le principe vital une âme de seconde majesté.
servit trop souvent qu'à voiler l'ignorance des causes '.
L'âme, la vie, l'organisation, voilà, suivant nous, les trois termes du problème à résoudre, les ressorts essentiels qui font mouvoir l'admirable machine humaine. A l'âme appartiennent les forces dites psychiques, à la vie les forces vitales ; l'organisation tient sous sa dépendance les phénomènes d'ordre physique. Et lorsqu'on a voulu dans un système faire prédominer l'un de ces éléments aux dépens des deux autres, le point de départ a été faux et la doctrine fatalement périssable !
Gardons-nous cependant d'entraver la tendance des esprits vers les études exactes, en faisant intervenir l'âme ou le principe vital pour expliquer chaque nouveau problème que soulève notre nature. Ce sont là des forces qu'il est bon de dénommer, pour la facilité du langag-e scientifique, et parce qu'elles servent à expliquer, dans l'état actuel de nos connaissances, certains phénomènes irréductibles aux lois delà physique g'énérale.» Sans l'hypothèse, a dit le professeur Ribes '^, il n'y a ni théorie, ni pratique. » Les hypothèses en effet sont utiles, nécessaires même au prog'rès,et les sciences naturelles ne nous offrent-elles pas un grand nombre de phénomènes principes, admis comme causes productrices, dans l'impuissance oii on s'est trouvé de remonter à des faits plus généraux ?
Mais avoir une doctrine médicale ne dispense en aucun cas d'observer; c'est par l'expérimentation rigoureuse,
1. Bouchut, qu'on ne saurait taxer d'exagération contre le vitalisme, s'exprime en ces termes : « Tant que les philosophes ne sortiront pas du vague et des généralités de la question, il sera impossible que la doctrine du principe vital puisse rallier à elle tous les médecins désireux de voir les principes généraux de la science s'accorder avec les exigences de l'observation...
« En effet, le principe vital compris à la façon de Barthez n'est qu'une occasion de vaines discussions métaphysiques sur l'unité ou la dualité du principe de la vie. »
2. Fondements de la doctrine médicale de la vie universelle. Paris, 1835.
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c'est par rexpérimentation seule que nous pouvons espérer surprendre les secrets de la nature et déterminer les conditions qui les produisent ^.
En pathologie, on ne saurait attribuer d'autre valeur au principe vital que celle qui se rattache à une supposition propre à aider l'intelligence des faits. Considéré de la sorte, il nous donne la clef de ces troubles que n'explique aucune lésion connue. Le cadre de ces affections se rétrécit, il est vrai, de jour en jour, à mesure que les sciences se perfectionnent. Mais ce que l'organicisme restera éternellement impuissant à analyser, ce sont ces actes morbides, dont l'appareil phénoménal peut varier sans doute^ mais qui ne sont en définitive que des manifestations d'une cause unique, à la fois générale et latente, d'une lésion vitale 2 !
1. « L'expérimentation seule dans notre science peut conduire à des « résultats sérieux ; il n'y a donc pas à choisir. Si nous ne l'avons vue inter- « venir que tardivement en physiologie, c'est qu'elle avait besoin du secoure « incessant de sciences qui, comme la physique et la chimie, n'étaient pas « dans un état assez avancé pour lui fournir les instruments, les moyens « de mesure ou d'appréciation qui lui sont indispensables. Les conquêtes « nombreuses et variées de la physiologie moderne montrent suffisamment « aujourd'hui que les entraves tenant à l'insuffisance des moyens d'observa- « tion vont en diminuant de plus en plus : nous avons maintenant de a meilleurs instruments ; il ne faut plus que savoir s'en servir. » (Claude Bernard, Leçons sur laphys. du si/st. nerveux.)
Voir Hérard, De V expérimentation en médecine. Thèse de 1857.
2. « Si l'organicisme méconnaît l'unité véritable qui fait le fond de la « maladie, il est, d'un autre côté, incapable de distinguer des manifestations « diverses qu'il est dangereux de confondre. Si la lésion fait la maladie, ff l'adénite sera une maladie. Or, Messieurs, ne voyez-vous pas tout de suite « l'immense danger clinique qu'il y a à confondre une adénite syphilitique, « une adénite scrofuleuse ou une adénite qui a succédé à une simple écor- « chure ? Vous ne pouvez cependant distinguer ces choses si disparates et à <.( indications si différentes qu'en dépassant le symptôme et la lésion, pour « atteindre la cause profonde et intime de ces manifestations.
€ Rappelez-vous toujours ce principe au lit du malade : quand vous aurez « soigneusement analysé tous les symptômes présentés par un malade, quand « vous aurez employé tous les moyens d'exploration physique connus, et que « vous aurez ainsi déterminé la lésion, votre diagnostic ne sera pas encore
Quiconque ne voit que le symptôme et la lésion ne tient aucun compte de la nature du mal, et un semblable procédé engendre infailliblement le découragement thérapeutique. Aussi est-ce surtout dans l'art de traiter les maladies que le vitalisme triomphe ; c'est là le vrai critérium de la doctrine. L'organisme vivant explique à lui tout seul le mode d'action des substances ingérées, car les médicaments agissent en impressionnant la vie et peuvent ainsi la solliciter dans une direction salutaire.
Barthez consacra par son puissant génie la distinction si remarquable des forces en radicales et agissantes (vires in posse, vires i?i actu)^ disiinciion que l'Ecole de Montpellier envisage encore aujourd'hui comme un de ses dogmes les plus précieux, et nous lui devons en outre une théorie des éléments morbides, ainsi qu'une classification des méthodes thérapeutiqnes i.
Notre peu de compétence en matière philosophique
« complet ; il faut de plus chercher la maladie qui tient cela sous sa dépen- « dance. Vous ne pourrez poser vos indications qu'après ce dernier temps « de votre étude diagnostique.
« Je ne saurais trop vous le répéter : la maladie n'est ni le symptôme, ni « la lésion. Pour comprendre la maladie, comme pour comprendre la vie, il « faut admettre que les phénomènes vitaux diffèrent des phénomènes physi- « ques, qu'il y a dans l'organisme vivant une force spéciale, une force indice viduelle, et que l'essence même de la maladie est dans l'altération de cette « force vitale. » (D^ J. Grasset, Maladies du système nerveuw. Première leçon.) ,
1. Barthez distingue les méthodes thérapeutiques en trois catégories : la méthode naturelle, la méthode analytique et la méthode empirique. La méthode naturelle a pour objet de favoriser, d'accélérer la tendance heureuse de la maladie ; elle est surtout applicable aux affections aiguës, où les tendances conservatrices sont très marquées. Dans la méthode analytique, on combat directement et successivement les divers éléments qui composent la maladie, suivant leur importance. Enfin la méthode empirique trouve son application lorsqu'on a lieu de craindre que le mouvement spontané de la nature ne soit pas assez énergique pour provoquer la guérison, ou bien encore quand la maladie ne peut se décomposer en éléments distincts. Il existe trois sortes de méthodes empiriques, et elles sont désignées sous les noms d'imitatrice, perturbatrice et spécifique.
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nous empêchera de le suivre sur ce terrain, et nous nous garderions d'ailleurs d'invoquer en médecine des arguments d'ordre métaphysique.
Chancelier de l'Université de Montpellier,, membre de l'Académie des sciences, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, du conseil d'Etat^ médecin consultant du roi, etc., aucune distinction ne fit défaut à Barthèz, et il se vit glorifié de son vivant comme peu de savants l'ont jamais été.
« Ses travaux auraient dû exercer sur le monde médical une influence qui ne s'est guère étendue hors de l'Ecole où il enseigna. Ailleurs on s'est borné le plus souvent à les condamner, et quelquefois sans les connaître ^. »
Ce fut un éclectique d'une trempe spéciale que Théophile de Bordeu (1722-1776) ; voulant concilier dans son système l'animo-vitalisme et le dynamisme organique, il fit refleurir cette doctrine de la vie multiple qui devait trouver plus tard dans l'organicisme un appui salutaire ^. « C'est une république fédérative, ditDaremberg, où règne assez souvent Tanarchie. » Aussi vit-on diverses Ecoles le réclamer pour chef, bien que leurs principes semblassent en contradiction formelle avec ses théories. « Nous avons essayé d'imiter l'abeille, écrivait-il, qui compose son miel des sucs combinés de difl"érentes fleurs. »
Spirituel et original, plein de verve, mais raiUeur, il connut admirablement l'art de narguer ses adversaires