Dezeimeris, Diet. hist
2. Bordeu fut, aux yeux de Richerand, l'homme qui devait jeter les premiers fondements de l'organicisme.
3. L'un de ses ennemis les plus acharnés fut sans contredit le fameux BouTart, ce médecin tout défiguré par une cicatrice, qu'il avait dû se faire, disait Diderot, en maniant maladroitement la faux de la mort. Quoi qu'il en soit, Bouvart ne craignit pas de se faire l'écho des infâmes calomnies qui
par de mordantes et satiriques allusions. L'intérêt qui se rattache à la lecture de ses œuvres est d'autant plus incontesté que les personnes les moins versées en médecine sont susceptibles de les comprendre :
a Le style de l'Hippocrate du xviii*= siècle est clair et « pétillant comme du Champagne, de bonne compagnie « quoique de bonne humeur, on ne peut plus français et « de son temps. Cet écrivain préfère, on le voit tout de « suite, le raisonnement, le trait fin, l'allusion souriante « et la saine philosophie, à l'empirisme doctoral; il se « montre, en l'art de bien dire^, si facilement expert qu'on « lui pardonnerait au besoin de n'avoir pas fait faire plus « de pas à la science que la plupart des autres disciples « d'Esculape en réputation. 11 s'est tellement distingué de « ceux qui n'arrivent que par la routine, il a tant conLri- « bué aux progrès réalisés en médecine par son siècle et « par le nôtre, qu'il a encore mieux mérité de son pays que « de son époque ' ».
Dans son Traité des glandes, Bordeu posa les principes fondamentaux de la physiologie pathologique. Se refusant à accepter les explications mécaniques pour rendre compte de la sécrétion des humeurs glandulaires, il invoqua un état particulier de la glande elle-même *.
Ses recherches sur le tissu muqueux (1767) et sur les maladies chroniques (1775) sont de magnifiques ébauches d'anatomie et de pathologie générales : « C'est en lui, dit
circulaient contre son confrère, l'accusa de vol et le fit rayer du tableau de la Faculté. Il ne fallut pas moins de deux arrêts du Parlement pour réintégrer Bordeu dans ses fonctious.
■ 1. Notice de M. Lefeuve siir Bordeu.
2. « L'excitation des glandes ne se fait pas, dit-il, par la compression du corps glanduleux, mais par l'action propre de l'organe ; action que certaines circonstances augmentent, comme les irritations, les secousses et les dispositions des vaisseaux du même organe. »
292 DU xvn« au'xix® siècle.
la Biogr. niéd. de Panckoucke, que Bichat puisa toutes les grandes vues physiologiques qui ont fait la fortune de ses productions autant que ses propres travaux ».
Enfin ses études sur les crises (1753), le pouls (1756), le traitement de la colique métallique (1762) ', Y Histoire de La médecine (1764) *, révèlent à la fois l'historien érudit et le praticien consommé.
Le naturisme n'eut d'ailleurs jamais de partisan plus autorisé et plus convaincu, et « on peut dire que Bordeu renoua la grande tradition hippocratique, un instant interrompue par les médecins qui avaient adopté les théories iatro-mécaniciennes '^ ».
Les compatriotes du célèbre Bichat (1771-1802), dont Théophile de Bordeu avait été le précurseur, inaugurèrent, le 24 août 1843, une statue à l'homme éminent qu'une mort impitoyable avait, quarante ans auparavant, prématurément enlevé à cette science médicale dont jeune encore il aimait à mesurer, avec son regard d'aigle, toute laprofondeur, et l'illustre secrétaire de l'Académie Royale de Médecine^ M. Pariset, qui a si bien su s'élever lui-même en consacrant sa vie à la célébration de toutes les gloires, s'exprimait alors en ces termes :
« Ne croyez pas, disait-il *, que Bichat s'endorme dans
1. Bordeu a colligé de précieux documents sur la façon dont on traitait à l'hôpital de la Charité la colique du Poitou. Les religieux italiens qui eurent longtemps ledit hospice en leur possession passaient pour avoir un remède infaillible et accablaient de saignées les malheureux patients.
"2. Dans V Histoire de la Médecine, Bordeu allie une piquante originalité à une profondeur de vues parfois surptenante,
3. Covp d'oeil sur Vhistoire de la Faculté de Médecine de Montpellier, par A. Castan, 1875.
4. Histoire des memhres de V Académie Royalede Médecine, ou Recueildeg éloges lus dans les séances publiques, par E. Pariset. Paris, 1850. Tome second.
le sentiment de sa propre force. Il est comme l'architecte athénien : ce que d'autres ont dit, je le ferai. Bientôt il déploie ses ailes de feu, il prend son vol, il s'élance jusqu'aux régions les plus éthérées de la science de l'homme. Il expérimente, il découvre, il décrit, il parle, il enseigne ; et les traits qui s'échappent de ses mains, de sa plume, de sa houche, sont autant d'éclairs qui dissipent les ténèbres et font pénétrer dans les âmes Tévidence, la foi, l'admiration, le ravissement, l'enthousiasme le plus passionné.... »
Quel plus magnifique portrait plus éloquemment tracé ? — C'est qu'en effet le savant auquel la France entière rendit de si unanimes hommag-es poursuivit avec une merveilleuse sagacité ses'études créatrices, et telle fut l'originalité de son talent, qu'il rencontra partout desadmirateurs, et que son nom lui survécut, affranchi de la fatalité des temps et de l'oubli de la renommée.
Les Becherches physioloyigues sur la vie et la mort ' et \Anatomie générale * , tels furent les chefs-d'œuvre de Xavier Bichat !
« La vie, écrit-il, est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.» Il la divise en animale et org-anique, et examine les différences générales de ces deux vies par rapport aux formes extérieures et au mode d'action de leurs organes respectifs, par rapport aussi à la durée de leur action, à l'habitude, au moral, et enfin par rapport aux forces vitales.
On le voit s'attacher spécialement à faire ressortir la différence qui existe entre ces dernières et les forces physiques ' ; puis il résume dans le tableau suivant les pro-
1. Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 1800, in-8.
2. Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine. Paris, 1801, in-8.
3. « En considérant sous ce rapport les lois vitales, dit Bichat, le premier
priétés du corps vivant, et s'efforce d'établir une ligne de démarcation entre les deux vies, en étudiant le mode et l'époque de leur origine respective ».
PEOPRIÉTÉS
Ire
Vitales.