CHAPITRE YÏI
ÉTUDES CLINIQUES ET NOSOGRAPHIQUES DURANT LE XVII® ET LE XVIII® SIÈCLES.
Les systématiques n'absorbèrent heureusement pas , avec leur feu sacré de réforme, toute l'activité des esprits de l'époque. A côté d'eux, on vit des observateurs attentifs et prudents qui tinrent à honneur d'arborer bien haut l'étendard du naturisme.
Thomas Sydenham, surnommé XHippocrate anglais.^ occupa parmi ces derniers un rang- aussi légitime qu'il fut honorable ^
Rejetant dans sa méthode les données d'une philosophie purement spéculative et le terrain trop mouvant des hypothèses, il aima à proclamer surtout les bienfaits de l'observation et fit reposer tout son système sur les constitutions médicales.
Nous avons déjà vu Raillou créer le dogme des constitutions saisonnières; quant aux constitutions stationnaires, c'est bien au médecin anglais que revient l'honneur d'avoir attiré sur elles l'attention des praticiens.
« Il y a, dit-il, diverses constitutions d'années qui ne viennent ni du chaud, ni du froid, ni du sec, ni de l'humide, mais plutôt d'une altération secrète et inexplicable qui s'est faite dans les entrailles de la terre. Alors l'air se trouve infecté de pernicieuses exhalaisons, qui causent
1. Sydenham naquit à Winford-Eagle (Dorsetshire) en 1624. Il fit ses premières études à l'Université d'Oxford et, après avoir reçu le bonnet de docteur à Cambridge (1676), vint s'établir à Londres, où lui étaient réservés de brillants succès pratiques. Il mourut le 29 décembre 1689.
telle OU tellemaladie,tant quela même constitution domine. Enfin, au bout de quelques années, cette constitution cesse et fait place à une autre. Chaque constitution générale produit une fièvre qui lui est propre et qui, hors de là, ne paraît jamais. C'est pourquoi j'appelle ces sortes de fièvres stalionnaires ou fixes ^ »
La plupart des faits révélés dans ce passage ont reçu de l'expérience leur sanction définitive -, mais il existe encore beaucoup de vague dans la description de Sydenham,et il faut arriver à Lepecq de la Clôture '^ pour voir les constitutions médicales parfaitement étudiées.
Les Observationes medicœ offrent plusieurs traits d'analogie avec les épidémies d'Hippocrate et sont, d'après Alibert, le meilleur commentaire qu'on ait pu donner des dogmes sacrés de cet homme presque divin ; néanmoins, a^ns) que l'observe Daremberg, « les rapports qu'on peut signaler entre Sydenham et le vieillard de Cos ne semblent pas résulter d'une érudition bien digérée de la part du premier, qui ne cite pas une seule fois le père de la médecine et ne fait aucune allusion à ses œuvres ».
La constitution de 1661-1664 fut féconde en fièvres intermittentes et fièvres continues malignes.
« Le mouvement déréglé du sang, qui est la cause de la fièvre continue, ou qui l'accompagne, est excité par la nature, soit pour séparer une matière hétérogène et nuisible qu'il renferme, soit pour donner au sang quelque nouvelle disposition »
Dans le cas oià les malades affaiblis ne reprennent ensuite leurs forces qu'avec lenteur, « j'ai essayé, ajoute Sydenham, de ranimer la chaleur en faisant coucher des jeunes gens auprès d'eux, ce qui m'a très bien réussi ; on com-