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CHAPITRE VIII

Le xvi" siècle avait été glorieux pour la chirurgie, et A. Parérimmortalisaà tout jamais. De son vivant même, en 1577, les chirurgiens de Saint-Côme reprirent leur antique lutte contre la Faculté de médecine et contre les barbiers.

Plus tard, en 1655, jaloux des prérogatives de ces derniers, pour qui le bistouri et le rasoir établissaient une double source de revenus, le collège en corps implora la faveur d'être confondu avec eux. Quelques hommes surgirent cependant pour maintenir l'honneur de la chirurgie française : Mauriceau, Dionis et plusieurs autres se séparèrent fièrement de leurs collègues. Le xvii" siècle fut d'ailleurs peu fécond en illustrations chirurgicales : Marc- Aurèle Séverin (1580-1656) * et Pierre de Marchetti (mort en 1673) sont à peu près les seuls noms dignes d'être mentionnés en Italie.

Nous rencontrons en France :

Pierre Dionis (1718), auteur d'un cours d'opérations qui, fort réputé jusqu'au commencement du siècle actuel, n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique ;

Saviard (1656-1702) ;

Belloste (1654-1730), chirurgien d'armées ;

Et Mareschal (1658-1736), que nous verrons coopérer avec La Peyronie à la fondation de la célèbre Académie de chirurgie.

1, On a reproché à Séverin d'avoir abusé du fer et du feu*

Dans les contrées du Nord, les observations chirurgicales se montrent plus nombreuses. L'Allemagne possède quelques chirurgiens de haut renom; tels sont :

Piermann et Scultet (1593-1645), connu par son Armamentarium chirurgicum^ qui renferme la description de tous les instruments ou appareils usités jusqu'à lui.

En Angleterre parurent King, à qui l'on doit le premier essai fructueux de transfusion du sang chez l'homme, et Richard Wiseman (1676), chirurgien de Jacques II, et dont l'influence sur la chirurgie anglaise fut assez analogue à celle de Paré sur la chirurgie de notre propre pays.

Le grand événement du siècle qui suivit fut la fondation de l'Académie royale de chirurgie *. Mareschal et La Peyronie % médecins tous deux de Louis XV, obtinrent ainsi pour leur art la faveur la plus insigne et la plus exceptionnelle. Le 12 décembre 1731, le roi reconnut la nouvelle société, qui tint sa première séance le 18 du même mois. Dans cette magnifique création, une part égale revient à la munificence du monarque et aux deniers privés de La Peyronie, qui supporta presque par moitié les frais de l'établissement '. Durant soixante années consécutives, l'Académie de chirurgie maintint à la France une supériorité incontestable sur tous les autres Etats, et l'illustre compagnie aurait même fini par éclipser la Faculté

1. La Faculté de médecine eut recours, pour soutenir ses droits, à une série de démarches que Quesnoy nous a retracées d'une façon plaisante. Les docteurs en robe assiégèrent l'amphithéâtre anatomique de Saint-Côrae et ne se retirèrent que sous les huées de là multitude.

2. « La Peyronie, dit Bouisson, fut un grand cœur, un caractère généreux , et son passage fut signalé par des actes où le génie de la vertu ne brille pas moins que celui de la science. »

3. n créa à Montpellier une école de chirurgie sur le m^odèle de celle de Paris.

de médecine, si un même souffle de mort ne les eût frappées Tune et l'autre.

Jean-Louis Petit (1674-1760) fut le plus grand chirurgien de l'époque. Aussi habile opérateur que pathologiste éminent, il ne posa jamais de principe que l'expérience ne lui eût permis de sanctionner. Ses travaux si remarquables sur les plaies de tête et de poitrine nous font regretter qu'il ait négligé de publier ses observations sur les plaies des autres régions du corps. Les tumeurs, les hernies, les maladies des os attirèrent encore l'attention de l'illustre chirurgien ; mais c'est surtout aux amputations qu'il rattacha son nom avec éclat.

Desault (1744-1795) , poursuivant le même but que J.-L. Petit, continua la solution des mêmes problèmes chirurgicaux ^ Il inaugura en France l'enseignement clinique et créa également l'anatomie chirurgicale. Après sa mort, un marbre funéraire fut placé à l'Hôtel-Dieu pour perpétuer sa mémoire. « Je donnerais trente ans de ma vie, s'écria Bichat, pour ressembler à ce grand homme ^. »

Desault étudia avec soin les fractures et les luxations. Reconnaissant l'impuissance des bandages employés jusqu'à lui pour maintenir réduites les solutions de continuité de l'os claviculaire, il appliqua en 1768 pour la première fois le sien propre à la Salpêtrière. Nous lui devons une connaissance plus approfondie des fractures del'olécrâne et l'introduction dans leur traitement d'un appareil en 8 de chiffre ^modifié et approprié à ces sortes de lésions.

1. (S. Lisant peu, livré corps et âme à son art, Desault méditait sans cesse; sa passion était la chirurgie ; il s'en occupait sans eflEort et sans travail le jour et la nuit ; il devinait par instinct les solutions aux difficultés ; il créait des moyens nouveaux, se riant de la routine et profondément pénétré des nécessités de l'art ; les moyens qu'il imaginait pour suppléer à l'insuffisance de la science étaient toujours couronnés de succès. 7> [Desault. Notice sw la vie et V école de Desault. Thèse de Paris, 1849.)

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