Eloge de BieJiat par le prof. Larrey
Il serait trop long d'énumérer même succinctement les divers perfectionnements qu'apporta Desault à la chirurgie française. Réparons seulement une injustice : c'est bien à lui qu'appartient la méthode de la ligature audessus de la tumeur anévrysmale, et il la pratiqua en juin 1783, tandis que John Hunter , auquel on l'attribue trop souvent par erreur, ne l'employa qu'en décembre suivant.
Aux noms de Jean Louis Petit et de Desault ajoutons encore ceux de Louis (I723-1792), si longtemps secrétaire de l'Académie de chirurgie ; de Bordenave (1728-1782) ; de Goulard, qui a donné son nom à la solution d'acétate de plomb ; de Tenon (1724-1816) ; de Lecat (1700-1768) ; de Pouteau (1725-1775).
L'Angleterre suscite à la France des rivaux glorieux : Cheselden (1688-1752) i, les deux Douglas, Monro (1697- 1767) \ Gooch ( — 1780), Percival Pott (1713-1788), que son génie rapproche de Jean-Louis Petit, le célèbre John Hunter (1728-1793) et Benjamin Bell (1749 1806).
Percival Pott et John Hunter se complétèrent l'un l'autre, et si ce dernier se dévoila surtout comme un brillant théoricien, Percival Pott ne négligea, de son côté, aucun des minutieux détails que nécessite une intelligente pratique, dirigée par l'immortel axiome : « Citôjutà et jucundè ». Les œuvres de ce chirurgien éminent comprennent une série de monographies distinctes; elles se rapportent aux plaies de tète, à la fistule lacrymale, aux polypes nasaux, à la cataracte, aux affections du testicule, à la fistule anale, aux fractures et aux luxations,
1. Cheselden inventa l'opération de la pupille artificielle et perfectionna la taille latérale.
2. Monro introduisit les injections de vin chaud dans le traitement de l'hydrocèlei
à la carie vertébrale, vulg-airement appelée mal de Pott *, John Hiinter fut un des plus célèbres chirurgiens qu'ait eus au dernier siècle notre voisine d'outre-Manche. Doué de cet esprit généralisateur qui met à profit les découvertes des devanciers et des contemporains eux-mêmes, pour les vivifier par des déductions inattendues,, il prit l'anatomie humaine et Tanatomie comparée comme point de départ de ses recherches, et s'appliqua à transporter dans le domaine médico-chirurgical les données fournies par ces deux sciences. C'est ainsi qu'il imprima à la chirurgie anglaise une direction nouvelle, en faisant entrevoir des lois générales, des applications heureuses qui découlent de faits universellement admis et scrupuleusement étudiés. En un mot, si nous nous proposions d'établir un parallèle entre Desault et Hunter , il nous serait facile de mettre ici en évidence la tendance presque exclusivement pratique donnée à notre art par Desault et les théories lumineuses, les grandes vues anthropologiques qui caractérisent si bien le génie original du chirurgien anglais. « La chirurgie de Hunter, a-t-on dit, est plus physiologique, plus théorique ; celle de Desault, plus anatomique, plus pratique. » Que dire maintenant de son œuvre si étendue et des voies fécondes qu'il ouvrit aux savants ? Avons-nous besoin de rappeler ses importantes études sur les inflammations et les plaies, qui forment encore la base de nos opinions actuelles; sa distinction des phlogoses franches et spéciales ou spécifiques, et sa division devenue classique des inflammations en adhésives, suppuratives et ulcératives ? Les travaux modernes ont sanctionné la plupart de ces vues théoriques et les ont converties en
1. La carie vertébrale est appelée mal de Pott, parce que c'est ce chirurgien anglais qui l'a le mieux décrite, en la désignant par un de ses symptômes : la paralysie des extrémités inférieures.
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dog-mes fondamentaux de pathologie générale. Ses expériences sur la greffe animale sont devenues l'ingénieux prélude des opérations autoplastiques, et le traitement des anévrysmes par la ligature est aussi redevable à John Hunter d'une mention spéciale, sinon des honneurs d'une véritable découverte.
En Italie, nous voyons briller les noms de Bertrandi (1723-1765), Nannoni (1715-1790), Fontana (1730-1805), etc.. Et l'Allemagne revendique pour elle Heister (1683- 1758), Platner (1694-1747), de Siebold (1736-1807) et Richter (1742-1812).
Ce dernier a été une des gloires de l'Université de Gœttingue et le coryphée de la chirurgie allemande. Son grand Traité occupe un rang fort honorable parmi les ouvrages de ce genre publiés au dernier siècle, et son mémoire sur les hernies a conservé de la valeur jusqu'à nos jours.
Par suite d'un préjugé regrettable qui fit longtemps, sous prétexte de malséance, exclure les hommes des accouchements, l'obstétrique resta fort en retard sur la chirurgie. Les sages-femmes ne possédaient d'autre instruction que celle que voulaient bien leur donner quelques voisines ou parentes, et n'entrèrent dans la confrérie de Saint-Côme que vers le miheu du xvi" siècle. En 1745, mécontentes sans doute du collège de chirurgie, elles s'adressèrent à la Faculté, qui institua des cours à leur usage. Sur la fin du siècle précédent avait pris fin d'ailleurs, au grand bénéfice de l'humanité, l'espèce de monopole exercé par elles pour les soins à donner aux femmes enceintes "" , et c'est de cette dernière époque que
1. Il est probable que l'introduction de Clément à la coiir|, pour accoucher Mlle de La Vallière, devint la source de cette heureuse modification dans les mœurs de notre pays.
date l'immixtion directe des chirurgiens dans l'art des accouchements.
Déjà, en 1608, Louise Bourgeois, dite Boursier, sagefemme de Marie de Médicis, publiait un Recueil d'observations diverses sur la stérilité^ joerte de fruit, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveau-nés, et soixante-cinq ans plus tard, François Mauriceau, prévôt du collège de chirurgie, offrait à son tour aux praticiens son fameux Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont nouvellement accouchées. Ce fut là un premier essor communiqué à l'obstétrique, et ce chirurgien eut de nombreux imitateurs.
Citons pour mémoire les noms de Paul Portai ( — 1703)', maître en chirurgie de Paris; de Deventer ' ; de Philippe Peu ( — 1707), qui fit à lui seul cinq mille accouchements ; de Pierre Amand ( — 1720), et de Guillaume Mauquest de Lamotte (1655-1737).
Les Chamberlen 3 imaginèrent le forceps, vers la moitié du xvii« siècle ; mais ils eurent le tort d'exploiter honteusement leur ingénieuse découverte, dont ils s'efforcèrent de ne divulguer le secret qu'à des fils ou à des neveux, disposés à en trafiquer eux-mêmes. L'invention des Chamberlen transpira néanmoins peu à peu au dehors; elle excita de bonne heure la curiosité des accoucheurs, qui s'occupèrent de modifier et de perfectionner le nouvel instrument : Levret (1703-1780) en France, et Smellie (1752) en
1. Portai prémunit les accoucheurs contre le prétendu danger de la présentation de la face, et fit voir que, dans la plupart des cas, on avait plus à attendre de l'abstention que d'une intervention intempestive.
2. Deventer se rendit célèbre en attirant l'attention de ses contemporains sur l'obliquité de l'utérus, comme cause fréquente des accouchements difficiles.
3. La famille des Chamberlen ormait en Angleterre ■ une lignée de médecins accoucheurs.
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Angleterre, agrandirent notablement son champ d'application,
André Levretfit subir une seconde courbure aux cuillers pour leur permettre de s'adapter à la forme des voies génitales*, et si l'accoucheur français s'est vu contester la priorité de son invention par quelques auteurs, désireux de l'attribuer à Smellie, il n^en est pas moins vrai que la découverte de notre illustre compatriote remonte au 2 janvier 1747, et que le chirurgien anglais n'eut que plus tard l'idée de cette modification*. Rendons cependant un légitime hommage à ce dernier, pour la façon ingénieuse dont il articula les deux branches de son instrument, et mentionnons encore comme grands accoucheurs Puzos (1686- 1753), l'inaugurateur des cours à l'usage des sagesfemmes dans les écoles de chirurgie ; Rœderer (1727- 1763) ; Solayrès (1737-1772), célèbre par sa classification et par les lumières dont il environna le mécanisme de l'accouchement naturel, et surtout Baudelocque (1743- 1810), l'immortel inventeur du pelvimètre, qui joignit à tant d'autres mérites celui d'une profonde gratitude envers le maître auquel il devait son instruction médicale.
1. La pince à faux germe de Levret est restée jusqu'à nos jours dans l'arsenal des chirurgiens.
2. Séance du 2 janvier 1747. « M. Levret a présenté à l'Académie un nou- « veau forceps courbe imaginé pour dégager la tête de l'enfant enclavée au « passage et arrêtée par les os pubis. Ce forceps est entaillé, de même que le « forceps droit ; à sa jonction, il aies dimensions toutes semblables, et il est « évidé dans toute l'étendue des ouvertures qui sont à chacune de ses bran- « ches. »