LIVRE SEPTIEME
L'époque actuelle est appelée à sanctionner le règne de l'expérimentation et de l'analyse . L'eirreur, en effet, sert parfois au triomphe de la vérité ; malgré leurs exagérations incontestables, les systèmes en apparence les plus funestes au progrès lui offrent un côté véritablement utile, et en faisant ressortir l'existence chez l'homme des phénomènes physiques, chimiques et vitaux, les théories du xvm"^ siècle projetèrent de vives lueurs sur le dix-neuvième. Grâce à elles sans doute la stérilité des discussions et la nécessité de recourir aux lois expérimentales furent suffisamment mises en évidence, et c'est à la recherche de ces lois que s'appliquent tous les jours la plupart de nos maîtres, prenant pour guide dans leurs investigations une méthodologie éclairée par le triple flambeau de l'induction, de la déduction et de l'histoire; ces procédés constituent d'ailleurs une trilogie indispensable au médecinphilosophe. Par leur étude et leur combinaison réciproque, l'homme de l'art s'élève jusqu'aux plus hautes sphères de la science et resserre de la sorte les liens qui unissent la spéculation pure aune saine pratique. « Tout ce qui est vrai devient utile dans la pratique, et cela seul est utile au fond qui est
vrai ^ ». L'expérimentalisme rationnel, l'expérimentalisme rigoureux, telle est aussi la bannière sous laquelle prennent place nos savants modernes. Quel que soit leur nom, quelle que soit la branche de connaissances à laquelle ils aient voué leur temps et leur vie , qu'on les appelle Cl. Bernard, Pasteur ou, Dumas, nous les retrouvons toujours groupés sous le même drapeau et soumis aux seules règles de l'analyse expérimentale :
« Pour l'expérimentateur, disait naguère l'éminent « professeur du collège de France, il ne saurait y avoir
« ni spiritualisme, ni matérialisme Il n'y a pour nous
« que des phénomènes à étudier, les conditions de leurs « manifestations à connaître et les lois de ces manifesta- « lions à déterminer. »
L'étude des forces auxquelles se rattachent les divers phénomènes régis par ces lois est une question d'ordre spécial, bien qu'ayant aussi son importance capitale, et quelle qua puisse être la couleur doctrinale que l'on veuille arborer, il faut de toute nécessité qu'elle soit non seulement compatible avec tous les faits connus, mais qu'elle s'accommode encore de toutes les découvertes qui viendront dans la suite des temps honorer le génie de l'homme.
De profondes modifications dans les diverses branches de notre art se trouvèrent dévolues aux premières années de ce siècle,, et puisqu'une révolution quelconque porte inévitablement l'empreinte du milieu où elle s'opère, il me semble utile de rappeler ici que, vers la fin du dix-huitième, deux opinions tranchées régnaient en médecine : tandis que les uns^ sous l'emjjire du sensualisme de Condillac, se proclamèrent organiciens avec Cabanis *, d'autres