CHIMIE
que les corps gras de la nature sont constitués par le mélange de plusieurs principes immédiats qui ne sont autres que deséthers de la glycérine ordinaire,
Sertuetner signalait en 1817 le premier alcaloïde de l'opium ' et ouvrit ainsi la voie à Pelletier et Caventou, qui découvrirent eux-mêmes un grand nombre de ces substances improprement appelées bases organiques. C'est ainsi qu'ils parvinrent à extraire la strychnine (1818) et la brucine (1819) de divers végétaux appartenant au genre strychnos (noix vomique^ écorce de fausse angusturejève de Saint-Ignace, bois de couleuvre); la vératrine "^ (1818) de la cévadille (veratrum sabadilla) et de la racine de l'ellébore blanc (veratrum album) ; la quinine (1820) ^ et la cinchonine (1821) du quinquina ; la caféine ou théine (1821) de la coffea arabica et de la thea sinensis *.
Là ne se sont pas arrêtés d'ailleurs les progrès de la science moderne, et la plupart des autres principes actifs ont été isolés de leur gangue. Brandes découvrait la solauine en 1821, Giseke la conicine six ans plus tard^ Reimann et Posselt la nicotine en 1828. Geiger et Hesse et Mein retirèreut l'atropine delà belladone (1833), et Brandes riiyosciamine de la jusquiame. Enfin en 1854 Schiitzenberger rencontrait dans la noix vomique un nouvel alcaloïde, l'igasurine, distinct de la strychnine et de la brucine.
Ce furent sans doute des données capitales, et la science s'enrichissait ainsi de précieuses conquêtes ; mais nous serions répréhensible de passer sous un silence absolu
1. La inorpliine,qui fut étudiée plus tard par Robiquet, Pelletier, Regnault, Liebig.
2. La vératrine fut découverte presque simultanément par Pelletier et Caventou et par Meissner.
3. Double ne tarda pas à substituer l'emploi du sulfate de quinine à celui de l'alcaloïde lui-même.
4. La caféine a été trouvée par Pelletier et Caventou conourremment avec Eobiquet et Runge.
deux événements qui éveillèrent peut-être plus spécialement encore l'attention des médecins ; nous entendons parler de la découverte du chloroforme et de celle du chloral.La première remonte à 1831 et est due à Soubeiran; la seconde fut faite l'année suivante par Liebig. Ces deux agents restèrent des curiosités de laboratoire jusqu'en 1869, époque àlaquelle, grâce à Liebreich, ils firent leur apparition sur la scène physiologique *.
La chimie progressait et d'ingénieuses doctrines se firent jour parmi ses représentants : à la théorie des radicaux préconisée par Berzélius, de Laurent et Gerhardt substituèrent celle des types, qui,dès 1839 se trouvait déjà contenue en germe dans les travaux de Dumas, et de nos jours enfin, une nouvelle théorie, connue sous le nom d'atomicité, a été émise par un professeur éminent de l'Ecole de Paris, M. Wiirtz ^ ; elle est basée sur la capacité de saturation des radicaux.
Les applications de la chimie à la physiologie animale ont été, nous pouvons le dire, poussées jusque dans leurs dernières limites, et une place d'honneur dans ce genre d'études revient de droit à Cl. Bernard pour sa belle découverte de la fonction glycogénique et pour ses expériences sur les alcaloïdes de l'opium.
Magnus et Meyer étudièrent les gaz du sang; Dulong et Despretz,'la chaleur animale, pendant que Regnault et Petenkofîer faisaient de la respiration au point de vue chimique l'objet de leurs recherches les plus minutieuses. Les travaux de Dumas embrassèrent la plupart des liquides organiques, et les théories de Pasteur sur la fermentation,
1. Le chloroforme est aujourd'hui notre meilleur anesthésique ; le chloral, un de nos pluS précieux hypnotiques.
2. "Wiirtz, Histoire des doctrines chimiques. Paris, 1869. — Id. la Théorie atomique. 1 vol. in-8°, 2" édition.
ses controverses avec Liebig-, ses luttes soutenues contre la génération spontanée, méritent à ce savant un hommage spécial d'admiration et de reconnaissance.
Signalons enfin le Traité de chimie anatomique dû à la savante collaboration de Robin et Yerdeil, \^.^Leçons sur les humeurs du professeur Robin, le remarquable travail d'Andral et Gavarret sur le sang et ï organisation physique de fhomme. Par leurs publications respectives, ces auteurs ont apporté à Tédifice biologique un de ses éléments les plus utiles^ en étudiant mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à eux les humeurs normales et morbides du corpshumain *.