‹ Précis d'histoire de la médecineChapitre 19 sur 179 · Bossuet, Discours svr Vliist. universelle · texte numérisé non relu

Bossuet, Discours svr Vliist. universelle

3. Eruditus est Moyses omni sapientiâ uEgyptiorum. (^Actor, 7, 22.)

était en outre héréditaire, et les embaumeurs * formaient une catégorie à part dans la caste sacerdotale.

« Chacun sait combien curieusement les Egyptiens conservaient les corps morts, dit encore l'Evêque de Meaux dans son Discours sur l'histoire universelle. Ainsi leur reconnaissance envers leurs parents était immortelle : les enfants, en voyant les corps de leurs ancêtres , se souvenaient de leurs vertus, que le public avait reconnues, et s'excitaient à aimer les lois qu'ils leur avaient laissées. »

Les embaumements furent fort en honneur, et l'idée primitive semble en avoir été suggérée à ce peuple par des

1, Voici, tel que nous le transmet Diodore de Sicile, le récit des embaumements en Egypte :

c< Ceux qui sont chargés du soin des funérailles appartiennent à une proa fession qui se transmet de père en lils. Ils présentent aux parents des c( morts une note écrite de chacun des modes d'embaumement et leur dece mandent de désigner celui qui leur convient. Les conventions arrêtées, ils « reçoivent le corps et le remettent à ceux qui président à ces sortes d'oc( pérations. Le premier est celui qui s'appelle le Grammate (scribe) : il ce circonscrit dans le flanc gauche du cadavxe couché par terre l'incision ce qu'il faut pratiquer. Ensuite vient le Paraschiste (inciseur) qui, tenant à ce la main une pierre éthiopienne, fait l'incision de la grandeur déterminée, ce Cela fait, il se sauve en toute hâte, poursuivi par les assistants qui lui a lancent des pierres et profèrent des imprécations, comme pour attirer sur

ce lui la vengeance de ce crime Les embaumeurs s'étant ensuite réunis

« autour du corps, l'un d'eux introduit par l'ouverture de l'incision pratice quée la main dans l'intérieur. Il en extrait tout ce qui s'y trouve, à l'excc ception des reins et du cœur ; un autre nettoie les viscères en les lavant ce avec du vin de palmier et des essences. Entin, pendant plus de trente ce jours, ils traitent ce corps, d'abord par de l'huile de cèdre et d'autres mace tières de ce genre, puis par la myrrhe, le cinnamomum, et d'autres essence ces odoriférantes propres à la conservation. Ils rendent ainsi le cadavre ce dans un état d'intégrité si parfait que les poils des sourcils et des cils reste tent intacts, et que l'aspect du corps est si peu changé qu'il est facile de ce reconnaître la tîgure de la personne... » (Diod. de Sic. Livre I, ch. xci.)

Hérodote nous a laissé des embaumements une description ncm moins complète ; elle se rappoche en tout point de la précédente :

te D'abord ils tirent la cervelle par les narines en partie avec un instruce ment en fer recourbé, en partie par le moyen de drogues qu'ils introdui- « sent dans la tête ; ils font ensuite une incision dans le flanc avec une

motifs religieux ; il nous paraîtrait aujourd'hui étrange de les voir faire partie intégrante de notre profession.

« L'art des embaumements, écrit Dezeimeris *, si perfectionné chez les anciens Egyptiens, ne prouve en aucune manière qu'ils eussent des notions raisonnées sur l'organisation animale. Bien plns^ lorsqu'on examine dans tous ses détails cette pratique à la fois hygiénique et religieuse, on y voit la preuve d'une ignorance absolue des procédés anatomiques. D'ailleurs, la vénération que ces peuples avaient pour les morts leur eut fait regarder comme une profanation toute espèce d'investigation sur le cadavre. »

(( pierre d'Ethiopie tranchante, ils tirent les intestins par cette ouverture, « les nettoient et les passent au vin de palmier; ils les passent encore dans « des aromates broyés ; ensuite ils remplissent le ventre de myrrhe pure « broyée, de cannelle et d'autres parfums, l'encens excepté ; puis ils le « recousent. Lorsque cela est fini, ils salent le corps en le couvrant de natrum « et le laissent pendant soixante-dix jours. Il n'est point permis de le « laisser séjourner plus longtemps dans le sel; les soixante-dix jours « écoulés, ils le lavent et l'enveloppent entièrement de bandes de toile de « coton enduites de commi dont les Egyptiens se servent habituellement c( comme de colle... Ceux qui veulent éviter la dépense choisissent cette « autre sorte. On remplit des seringues d'une liqueur onctueuse qu'on a a tirée du cèdre ; on en injecte le ventre du mort sans y faire aucune inci- « siou et sans en tirer les intestins. Quand on a introduit cette liqueur par (( le fondement, on le bouche pour empêcher la liqueur injectée de sortir ; « ensuite on sale le corps pendant le temps prescrit. Le dernier jour, on fait ce sortir du ventre la liqueur injectée ; elle a tant de force qu'elle dissout « le ventricule et les entrailles et les entraîne avec elle. Le natrum conserve « les chairs, et il ne reste du corps que la peau et les os. .. La troisième espèce a d'embaumements n'est que pourlesplus pauvres. On injecte le corps avec la « liqueur nonmée surmaia ; on met le corps dans le natrum pendant soi- « xante-dix jours et on le rend ensuite à ceux qui l'ont apporté... Quant aux <( femmes de qualité, lorsqu'elles sont mortes, on ne les confie pas sur-le-champ c( aux embaumeurs, non plus que celles qui sont belles et qui ont été en grande « considération, mais seulement trois ou quatre jours après la mort. On « prend cette précaution de peur que les embaumeurs n'abusent du corps « qu'on leur confie. On rapporte qu'on en prit un sur le fait avec une femme a morte récemment, et cela sur l'accusation d'un de ses camarades. » (Hérodote. Livre II, ch. lxxxvi, lxxxvii, lxxxviii, lxxxix.)

• 1 Dezeimeris, Dict. hist. de la médecine ancienne et moderne. Tome I, art. Anatomie.

Il y eut en Egypte des spécialités médicales, et elles s'y soutinrent même avec un exclusivisme remarquable, ainsi que nous l'enseigne Hérodote : « La médecine est si sage ment distribuée qu'un médecin ne se mêle que d'une seule espèce de maladies et non de plusieurs. Tout y est plein de médecins. Les uns sont pour les yeux, les autres pour la tête ; ceux-là pour les maux de ventre et les parties voisines ; d'autres enfin pour les maladies internes. »

Le nombre des médecins s'explique assez aisément par celui des prêtres que renfermait l'Egypte ; la médecine était presque exclusivement exercée par eux \ et on procédait, paraît-il, d'une façon bizarre pour régler les honoraires de ces pastophores : la personne guérie était rasée, ses cheveux placés sur une balance, et il fallait égaliser leur poids avec l'argent qui constituait la rémunération *. Diodore de Sicile nous apprend que les malades étaient soignés gratis pendant la guerre et dans les voyages '.

Les prêtres, selon Hérodote, ne passaient pas trois jours sans se raser le corps, pour prévenir la vermine et les corpuscules empestés qui pouvaient s'exhaler des malades qu'ils approchaient ; ils étaient vêtus, dans les fonctions de leur ministère, d'une toile fine et blanche.

Relativement à l'anatomie , Eusèbe * nous cite un écrivain égyptien qui attribuait plusieurs traités au roi Athotis * ; or, d'après la chronologie du pays, Athotis

1. Les historiens grecs nous apprennent qu'il y avait aussi quelques médecins laïques.

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