TEMPS FABULEUX
Quelques auteurs se sont épuisés en stériles recherches sur l'origine de la médecine grecque ; plusieurs même sont d'avis que de l'Egypte la médecine passa en Grèce 2; mais le professeur Andrals'estinscrit en faux contre une pareille assertion ', et nous nous rangerons à l'avis de l'illustre
1. En repassant en esprit l'histoire des diverses nations qui ont fait jusqu'à présent l'objet de notre étude, nous voyons que partout, malgré les défectuosités sans nombre qui les déparent, il existe des germes de médecine, et nous pouvons à bon droit nous écrier avec Pline a que si on peut trouver un peuple sans médecins, il est impossible d'en découvrir un seul qui n'ait pas eu de médecine ».
2. a. L'arbre de la science fut donc transplanté en Grèce, et quoique le sol fût moins fertile qu'en Egypte, il y porta de plus beaux fruits ; cela est hors de doute. Mais il n'en est pas moins vrai que les philosophes grecs allèrent presque tous sur les bords du Nil puiser à la source des arts et des sciences, et qu'ils devinrent comme autant de canaux par où s'écoulèrent en Grèce les richesses intellectuelles des Egyptiens. » (Iloudart, Etudes svr la vie d" Hippocrate, 2e édition. Paris, 1840.)
3. c On a voulu trouver des rapports entre la médecine grecque et la médecine égyptienne, dit Andral, sous le spécieux prétexte que les peuples de la Grèce tirent leur origine d'une colonie égyptienne. Si cette origine est vraie, cette colonie, une fois transplantée sur le sol hellénique, s'y est transformée au point de ne conserver aucun trait de ressemblance avec la mèrepatrie » (Andral, Cours d'histoire de la médecine.)
Telle est encore l'opinion de M. le professeur Laboulbène ; « Les Egyptiens
pathologiste. Une trop grande différence existe en effet entre les deux pays sous le rapport des institutions tant politiques que sociales et religieuses, pour ne pas considérer cette idée de transmission comme un véritable mythe : autant TEg-yptien est autoritaire, autant le Grec se montre avide de liberté. Et puis^ quelle distance n'existet-ilpas entre les notions médicales elles-mêmes de TEgypte et de la Grèce ? — Là tout n'est qu'empirisme ; ici, au contraire, nous voyons surgir à côté de lui une philosophie véritable, qui atteint parfois les plus grandes hauteurs delà spéculation scientifique. C'est donc en Grèce qu'a pris naissance la médecine grecque, et nous sommes heureux de saluer comme berceau de notre art un pays qui occupe lui-même un des premiers rangs dans l'histoire de la civilisation.
Mais il serait téméraire, croyons-nous, d'assigner une date quelconque à l'origine de cette médecine ; un trop épais brouillard l'enveloppe, et l'antiquité g-recque appartient plutôt à la mytholog'ie qu'à Thistoire, Daniel Leclerc consacre de long-ues pages à étudier Mélampe ' et Esculape lui-même ^, dont les noms d'authenticité fort douteuse paraissent être du domaine delà fable. Au milieu d'une multitude d'appellations plus ou moins bizarres vient naturellement prendre place un grand nombre de
ont présenté de bonne heure les marques de la civilisation, dit-il ; mais on a eu tort, à mon avis, de les regarder comme enseignant aux Grecs les notions médicales. Les Grecs ont eu un génie propre, et leurs législateurs, ainsi que leurs philosophes, Solon, Démocède, Alcmœon, Démocrite, Aristote, n'ont pas été chercher une voie hors de leur pays. »
1. On lui attribue plusieurs cures merveilleuses, et en particulier la guérison des filles de Prœtus, roi d'Argos. Ces princesses, atteintes d'aliénation mentale, durent boire, d'après la prescription de Mélampe, du lait dans lequel on avait fait infuser de l'ellébore. Elles recouvrèrent la santé, et Prœtus accorda au médecin l'une d'elles en mariage avec le tiers de son royaume.
2. On considère Esculape comme l'antique souche de l'illustre famille des Asclépiades, qui a fourni tant de génies à la Grèce.
dieux et de déesses, descendus de l'Olympe pour exercer les fonctions médicales. Machaon et Podalire ' (auxquels Etienne de Bysance attribue l'invention de la saignée) touchent, comme le dit très bien Renouard, aux confins qui séparent la mythologie de l'histoire. On les dit fils d'Esculape, que Pindare appelle « le vainqueur de toutes les maladies * ».
Nous distinguerons parmi les médecins grecs trois catégories distinctes.
Les uns, en effet, appartenant au collège sacerdotal, se rendent dans le temple d'Esculape, pour secourir les malades qui y affluent de toute part, et tracent ensuite sur des tables le nom des patients, le genre de maladies dont ils sont affectés, les remèdes qui les ont soulagés.
D'autres sont, dans toute l'acception du mot, de vrais philosophes. Après avoir médité sur les lois qui régissent l'univers, ils contemplent le corps humain et s'efforcent d'en découvrir les mystérieux rouages par d'ingénieux rapprochements étabhs avec ces lois.
Si les premiers sont des empiriques, la médecine, telle que la pratiquent les seconds, mérite bien le nom de médecine spéculative.
On rencontre enfin une troisième catégorie de praticiens qui, sous le nom de directeurs de c/ymnases, s'occupent d'hygiène et de chirurgie (luxations, fractures, etc.).
Les prêtres exercent la médecine dans les temples et portent le nom générique à'Asclépiades'\
1 . Machaon et Podalire s'illustrèrent au siège de Troie ; ce dernier, paraîtil, aurait été spécialement chargé d'exercer la médecine, tandis que son frère se serait livré à la pratique chirurgicale.