LA MÉDECINE DANS HOMÈRE
Parmi les philosophes, il en surgit de temps à autre quelqu'un qui sut joindre les études spéculatives à la pra-
1. Les exemples sur ce point abondent dans les annales de la science.
Natalis Gnillot, imitant en cela l'illustre Bœrhaave, voulut eosayer les effets de la frayeur, en annonçant à une paralytique qu'il allait, dans le but de la guérir, la cautériser au fer rouge. Au moment où on se disposait à opérer, la malade, par un suprême effort, quitte son lit et court dans la salle.
M. Bouchut, auquel nous empruntons ce trait , en cite plusieurs analogues, parmi lesquels le suivant : La femme d'un kalife, atteinte d'hémiplégie dont elle ne pouvait guérir , consulta un médecin qui lui promit de lui rendre le mouvement à condition que son mari le laisserait faire et ne se fâcherait pas du moyen à employer. Le kalife promit tout ce qu'on lui demanda, et le médecin se mit aussitôt en devoir de toucher les pieds de sa malade, ce qui est un signe d'impudeur en Asie : la malade, faisant alors tous ses efforts pour éloigner les mains du médecin, fut immédiatement guérie. (Bouchut, Nouveaux éléments de Pathologie générale, 4e édition. Paris, 1882.)
tique de la médecine, nous les étudierons sous peu ; mais remontons auparavant à celui qui a été tout à la fois le plus ancien et le plus fidèle des vieux historiens de la Grèce, je veux dire à Homère, et nous ne saurions mieux faire à son sujet que d'analyser les curieuses et savantes études de Malg^aigne ' , et celles non moins importantes qu'a publiées Daremberg- *, touchant les connaissances médicales du vieux poète.
Homère vécut trois ou quatre siècles après la prise de Troie, et c'est en décrivant les blessures de ses héros qu'il nous a transmis de curieux détails anatomiques ^.
Ses notions d'anatomie générale, quoique peu avancées, surprennent cependant celui qui les ignore. En procédant de dehorsendedans, le chantre de la Grèce distingue parmi les tissus :lolapeau(;(;pw;); 2°la graisse (5y]jaoç);3° les chairs (cap^). Les chairs se subdivisent elles-mêmes, et tandisque les tendons et les muscles réunisportent le nomde tsvovtsç, la portion purement musculeuse est appelée p-uwv. On a longuement hésité sur la signification qu'il convient d'attacher au mot vsûpov; Malgaigne croit qu'il signifie fibre, et on le voit employé au pluriel,dans des phrases où il paraît répondre à cette interprétation. Le seul terme affecté aux vaisseaux est celui de (p)^i^, et le nom générique deô^tca est employé pour désigner les os; il n'est d'ailleurs guère question que de deux d'entre eux, la clavicule (xXctç) et les vertèbres (cTTiov^uXta). Enfin les viscères contenus dans les grandes cavités sont connus sous le nom à'h/y.aza.
1. Malgaigne, Etude sur Vanatomie et la physiologie d'Homère {BiilletUi de VAcad. royale de médecine. Paris, 1842, tome VII, p. C85.)