Daremberg, La médecine dans Homère. Paris, 1865, in
3. Consulter le travail du prof. Bouisson sur la chirurgie d"Homère. On n'a pas leu de s'étonner des connaissances anatomiques de ce poète, si, ainsi que le veut Cuvier, il appartint à la famille des Asclépiades.
Homère nous a laissé, suivant l'expression de Malg'aig-ne, « une très belle anatomie des régions ».
La tête (>c£(paXY]) comprend le crâne et la face. Le crâne se divise à son tour en quatre régions principales : en avant, la région frontale (|U(,£tûj7:ov)', en haut, le sinciput (^êpsYp.a); en arrière l'occipital (tvtoy)^ enfin sur les côtés, les régions temporales iy.poza(poq) . Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre, cette division s'éloigne peu de celle usitée de nos jours; la région auriculaire sert en quelque sorte d'intermédiaire au crâne et à la face. Sur cette dernière, on dislingue les régions oculaire, nasale, buccale, maxillaire et sous-mentale.
L'intérieur de la tête renferme l'encéphale (sy/stpaXoç). A la région cervicale est affecté le nom de avyyjv; on désigne sa portion antérieure sous celui de Xatp.oç (gorge) ou de (7TO[j,a)^o;; ce dernier terme est loin d'avoir la même signification qu'aujourd'hui. A la partie postérieure, on rencontre d'arrière en avant la peau, les muscles et les vertèbres qui servent d'enveloppe à la moelle [p.vù.oç).
La poitrine comprend en avant trois portions : une médiane et deuxlatérales. La médiane porte le nom de azspvov, d'où on a fait sternum ; les latérales sont désignées sous celui de tCKev^oi., et ne répondent aucunement à ce qu'on entend aujourd'hui par plèvres.
La région du dos se divise en deux parties : une supérieure {à]jjsiv ixriaaYjyui;); une inférieure [i).zxoi.(fùvjov). A l'intérieur de la poitrine, Homère connut les poumons, le cœur, le diaphragme et peut-être le péricarde.
Il distingua dans le mésogaslre {juari ^ûcazYifj) l'ombilic (ôp.(paXôçj et le flanc (locnapa). La portion moyenne du bas-ventre , qui n'est elle-même désignée par aucune appellation spéciale , se trouve caractérisée par une
périphrase [entre l'ombilic et les parties honteuses).
Au-dessous du ventre enfin vient le bassin, qui se divise lui-même en parties honteuses ;^at§otwv] et fesses (yXo^To;).
Dans l'analomie des membres se présente d'abord, en commençant par le membre supérieur, la région de l'épaule (cop.oç); au-dessous d'elle, le bras (êpa^twv), limité en bas par le coude (s-y/wv), puis l' avant-bras {v:'<]-/jjq^; le poignet (xapTioç) et la main {yjip). Au membre inférieur on rencontre, en allant de haut en bas^ la hanche [layjoy]; la cuisse [iJ.Yipvq); le genou (70VU]; la jambe (-yvrjiULvj); le coude-pied [acpvpov) et le pied [novç).
Homère connut deux sortes de plaies : les plaies par instruments tranchants (épée, lance, javelot) et les plaies contondantes, résultant de coups de pierre lancées avec la main ou la fronde. Les blessures au front, à la tempe, autour de l'oreille, à la région orbitaire, durent, à ses yeux, être envisagées comme fort graves.
Daremberg n'a trouvé que cinq blessures à la gorge dans toute Ylliade et une dans VOdyssée ; il en mentionne quatre aux parties postérieures et latérales du cou. Malgaigne^ à son tour, en signale une, oii les commentateurs sont en désaccord sur la question de savoir si la flèche pénétra au sommet de la tête ou à la région cervicale.
Comme plaies de poitrine, Homère nous parle d'abord d'une blessure que reçut un de ses héros au niveau de la clavicule. La lance pénétra sous l'os et ressortit au bas de Tépaule. Une autre observation du même genre nous est fournie par Hector, qui frappa Teucer à la naissance du cou ; la blessure fut grave, mais ne provoqua pas la mort.
Tandis que les héros sont frappés à la partie antérieure du corps, il est généralement réservé aux fuyards d'être atteints par derrière. Le chantre de la Grèce cite quelques
exceptions à cette règle et nous décrit des blessures reçues par de vaillants guerriers, soit aux épaules, soit au dos.
Parmi les lésions de l'abdomen, celles qui intéressent la partie du bas-ventre, comprise entre les organes génitaux et le nombril, sont particulièrement redoutables. Les plaies pénétrantes du mésogastre peuvent donner lieu à l'issue des viscères ; lorsque le foie est atteint, le coup est mortel ^
Les blessures des membres thoraciques sont parfois . dangereuses; Homère décrit l'hémorrhagie formidable qui suivit l'une d'elles. Un vigoureux coup d'épée avait séparé l'épaule de la clavicule et du cou, et le malheureux eut une mort empourprée. Dans d'autres cas, la terminaison fut tantôt favorable, tantôt funeste.
Plusieurs faits sont rapportés, à propos des blessures de l'avant-bras ; dans l'un d'eux, en particulier, Agamemnon est atteint au-dessous du coude et éprouve des douleurs que, dans son langage imagé, le poète compare à celles de l'enfantement.
Les plaies de la région carpienne s'accompagnent souvent d'hémorrhagies et de souffrances atroces.
Les blessures delà cuisse, du genou, delà jambe ne sont pas très graves. Lorsqu'un des blessés succombe, c'est plutôt au manque de soins qu'à la plaie elle-même.
Les lésions du tarse sont enfin l'objet des mêmes réserves que celles du carpe.
Le traitement se borne à extraire le corps étranger, s'il y est encore, à arrêter l'hémorrhagie et à appliquer des substances propres à calmer la douleur. Une fois ces indications remplies, on met un bandage contentif,
Malgaigne fait remarquer qu'on ne trouve dans Homère aucune allusion àlamédecine interne ^ . « Les affections médi-
1 . Les blessures du foie sont loin d'avoir la gravité que leur assigne le poète grec.
2. Du silence d'Homère sur les maladies internes, on a conclu mal à pro-
calesétantattribuées, dit-il, à l'intervention des dieux, on ne pouvait admettre qu'un homme pût les guérir. ï) Daremberg- relève pourtant au 1" livre de Y Iliade une description de peste ; on attribua naturellement l'épidémie à l'influence divine, et il fallut un pompeux appareil de cérémonies religieuses pour y mettre lin.
Relativement à la thérapeutique, Homère dit, àla louange d'Agamède, lîlle de Mulius, qu'elle connut tous les remèdes que la terre produit :
'H Tocra ipapaaxa i\^-fi oaon toz^si ivoda yôâv.
Enfin le célèbre et vieux poète mentionne encore l'ac- .couchement à sept mois de la noble épouse de Sthenelius ; l'enfant naquit viable, et c'est là probablement l'origine de l'opinionfixantlepremierterme delaviabilité àcette époque.
On ne trouve même pas de rudiments de physiologie dans Y Iliade ou YOdyssée. L'auteur se contente de distinguer deux parties dans l'homme : le corps et l'âme, et désigne ce dernier principe sous deux noms différents; il l'appelle lantôt(j;u^-0,tantôt5up,oç. Ces dénominations semblent avoir leur raison d'être, et il paraît vraisemblable que le terme ^vy^n s'applique à l'âme proprement dite, principe immatériel survivant au corps et résidant dans l'économie entière '.Le mot Ovixoq s'entend plutôt, croyons-nous, d'une sorte de principe vital, indépendant de l'âme, et siégeant dans l'organisme, dont il règle les fonctions. Suivant cette interprétation, un peu téméraire peut-être, le double dynamisme del'Ecole de MontpeUier ne serait-il pas une fidèle reproduction de cette doctrine qui, après avoir sommeillé durant des siècles, aurait de nouveau reparu avec les Bar-
pos que la médecine proprement dite n'était vraisemblablement pas connue au temps du vieux poète.
1. Moïse admit aussi l'existence de cette âme et la fit résider dans le
thèz etIesLordat? — C'est là un rapprochement qui m'a paru digne d'être noté ; mais nous en avons fini avec Homère , et c'est réellement à lui que Ton doit faire remonter la médecine scientifique.
ARTICLE m.
Il se trouvait, avons-nous dit, en dehors du sacerdoce médical, en dehors même des gymnases, une catégorie de philosophes qui ne dédaignèrent pas d'appliquer leurs vues théoriques à la pratique delà médecine. Ces hommes furent rares, il est vrai, et quelques-uns d'entre eux méritent une mention spéciale.
Nous dirons tout d'abord quelques mots de Pythagore, moins pour étudier ses connaissances, fort restreintes d'ailleurs, que parce qu'il fut chef d'une école célèbre connue sous le nom d'Ecole Pythagoricien7ie.
Pytharjore ^ naquit à Samos, et exerça d'abord le métier d'athlète. Il voyagea ensuite en Egypte, en Phénicie, en Chaldée, peut-être dans l'Inde, vint dans le Péloponnèse et se rendit enfin dans la Grande Grèce, où il débarqua à Crotone, et réunit autour de lui un grand nombre de disciples si respectueux pour sa personne, que tout le monde connaît encore aujourd'hui leur réponse devenue légendaire: « Le maître l'a dit ».
D'après Pythagore, tout subsiste d'après une certaine harmonie (santé, vertu, etc.); les nombres impairs sont plus puissants que les nombres pair.-^, et le nombre 7 est le plus puissant de tous. C'est de lui qu'Ilippocrate a pris
1. Consulter Le liégime de Pythagore, d'après le docteur Cocchi, ouvrage publié pour la première fois à Paris et à la Haye en 1762. — Voir Cocchi, Le Régime de Pythagore, nouvelle édition. Taris, 1880.
l'idée de l'influence du nombre sur le cours des maladies.
Suivant Diogène de Laërte^ le sage de Samos fit une étude particulière de la médecine. Quoi qu'il en soit de cette opinion, ce philosophe rapporta toujours de ses voyages les idées les plus étrang-es touchant la cause des maladies, qu'il attribuait toutes à des démons ou des héros ; de là, nécessité d'expiations fréquentes et répétées.
Ses préceptes d'hygiène sont peut-être la partie la moins mauvaise de ses œuvres : dans le but de se bien porter, on le vit bannir toutes les viandes de ses repas et ne se plus nourrir que de légumes. Le motif qui lui fit proscrire les fèves de son alimentation nous reste inconnu.
Pythagore conseillait en outre Tabstention de tout rapport sexuel, à moins pourtant que l'on n'eût besoin de maigrir, et se montrait d'ailleurs aussi hostile aux excès du travail qu'aux excès de table.
Sa physiologie est un tissu d'hypothèses aussi bizarres qu'incompréhensibles. Suivant cette doctrine, en effet, une vapeur chaude descend du cerveau, au moment de la conception, et c'est à elle qu'on doit attribuer la formation de l'âme et des sens; le corps, au contraire, proviendrait d'un amas d'humeurs contenues dans la matrice.
Quarante jours suffisent au fœtus pour se former ; il n^est parfait qu'aux septième, neuvième et dixième mois.
L'âme siège dans la tête et le cœur^ les passions dans le cœur^ la raison dans la tête.
Après la mort de Pythagore, ses disciples se séparèrent. Quelques-uns restèrent attachés à la médecine et errèrent de contrée en contrée pour exercer leur art ; ce qui leur valut le nom de Periodeutes '.