Cœlius Aurelianus. Edit. de Haller. Tome I
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En résumé donc, le méthodisme aurait avantageusement simplifié la médecine, s'il eût pu être pratique K Mais comment parvenir à faire rentrer des affections si différentes par leur origine et par leur nature dans un cadre nosolog'ique aussi restreint? N'avons-nous pas vu, d'ailleurs, les opinions se parlag-er, lorsqu'il s'est agi d'établir la catégorie à laquelle appartient telle ou telle espèce morbide ? — La simplicité plus apparente que réelle d'un pareil système attira vers lui des hommes pleins de répugnance pour les études sérieuses -, et Galien ne craignit point d'invectiver malicieusement les méthodistes, en leur lançant la satirique qualification « d'ânes de Thessale ».
Cœlius Aurelianus est le seul dont les œuvres nous soient parvenues ; la lecture en est intéressante et instructive à la fois, la secte n'étant plus connue que par ce traité de médecine pratique. L'ouvrage se divise en deux parties distinctes : la première est consacrée aux maladies aiguës, la seconde aux maladies chroniques. Le style est rude et à demi-barbare, mais Cœlius a le mérite d'être complet et attachant ^.
Pneumatisme . — Pour terminer l'histoire des sectes que vit éclore cette période médicale, nous devons dire encore quelques mots du pneumatisme. Athénée de Cilicie
1. Thémison, son cttef, se chargeait d'initier ses adeptes aux sciences médicales dans l'espace de six mois. Et, de nos jours, Broussais n'a-t-il pas eu, lui aussi, la prétention téméraire de simplifier la médecine, en ramenant à la seule iniiammation toutes les maladies connues ?
2. « lidem sunt », dit Celse, « quod ii, quos expérimenta sola sustinent, eô magis quoniam, si compresserit aliquem morbus, aut fuderit, quilibet etiam imperitissimus videt. » (Celse,' Zoc. cit.)
« Les méthodistes ne diffèrent en rien des empiriques, et on a d'autant plus de raison de les regarder comme tels, que le plus ignorant même est en état de s'apercevoir si le malade est resserré ou relâché. »
3. Cœlii Aureliani , Siccensis , De morbis acutis et chronicis libri sept0m.
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(an 60 av. J.-G.)en fut le fondateur; Agathinus de Sparte, Archigène, Hérodote, etc., se rallièrent à ses idées, et l'illustre Arétée (l*"" siècle ap. J.-C.) devint l'historien de la nouvelle secte, de même que Cœlius Aurelianus avait été celui du méthodisme. A la théorie des qualités élémentaires (chaud, froid, sec, humide), les pneumatistes joignirent leur doctrine du pneuma ou esprit qui pénètre tout le corps '. Et attribuant à la souffrance de cet esprit, dont le siège réside dans les artères et dans le cœur, la plupart des maladies, ils lui firent jouer un rôle des plus importants, ce qui leur valut la dénomination sous laquelle ils sont connus depuis.
Le pneumatisme est devenu plus tard le point de départ du vitalisme, de même que le solidisme reconnaît pour pères Asclépiade et Thémison, et que l'humorisme remonte réellement à Hippocrate.
Eclectisme. — Agathinusde Sparte ^ et Archigène 3 modifièrent légèrement la doctrine d'Athénée et, s'attachant à rechercher ce que chaque secte avait de meilleur, reçurent la qualification d'Episynthétiques ou Eclectiques. Deux grands noms s'offrent à nous parmi les Eclectiques : Celse, qu'on surnommale Cicéron de la médecine, et Arétée le Cappadocien, sur la vie duquel nous ne savons rien, mais qui est resté célèbre par son Traité sur les signes et
1. a Quintum, ex Stoicoram opinione, elementum introduxit (Athénée), id est spiritum cuncta penetrantem, a quo omnia contineantur et gubernantur. » (Galien.)
Voy. pour le pneumatisme : Osterhausen, Dissertatio exhibenu sectœ pneumaticorwn medicorum AisioHa7». Altdorf, 1791. — Harless, Oratio de Archigène -médico et de Ajjolloniis medicis eoru uque scriptis et fragmentis. Erlangen, 1815.
2. La doctrine d'Agathinus fut an mélange de pneumatisme et d'empirisme.
3. Archigène exerça fort habilement la médecine à Rome. Juvénal et Alexandre de Tralles parlent de lui dans les meilleurs termes.
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le traitement des maladies aiguës et chroniques ^ On n'a pas de peine à reconnaître, en lisant cet ouvrage, que son auteur a, sous certains rapports, partagé les sentiments des pneumatistes, tandis qu'il s'est rangé sous d'autres aux idées de la secte méthodique. Comme les premiers en effet, il admet les qualités élémentaires des corps ; mais, à l'exemple des seconds, il accorde dans le traitement des maladies une large part aux exercices corporels (promenade, gestation, exercice de la voix, etc..) et aux applications extérieures (onctions, cataplasmes, fomentations); ce fut en un mot un véritable Eclectique -. Son ouvrage se recommande par les minutieux détails qu'il renferme, aussi bien que par la scrupuleuse exactitude avec laquelle Arétée nous retrace les caractères distinctifs des espèces morbides. Il est, après Hippocrate, le plus grand clinicien des temps antiques, et on croirait voir se dresser devant soi les entités pathologiques qu'il nous dépeint, tant leurs symptômes sont habilement décrits ! Aussi le jugement qu'ont porté sur son œuvre les anciens médecins est-il des plus favorables et des plus élogieux; et tandis qu'Hoffmann appelle ce livre « un monument d'or de la médecine », Boerhaave compare l'auteur à Hippocrate, et Haller n'hésite même pas aie placer au-dessus du célèbre médecin de Cos.
Celse (Aulus, Cornélius) écrivit probablement son ouvrage De re medicâ sous le règne d'Auguste. On est indécis sur la question de savoir s'il naquit à Vérone ' ou à Rome ; les habitants de ces deux villes revendiquent pour
1. Aretsei, De cavsis et signîs acutorum et diuturnorum lihri,
2. « Le mot Eclectisme », dit J. Guérin, « exprime un choix, etl'on est convenu d'entendre, par ce mot, le choix des vérités d'observations contenues dans les systèmes. »
3. Cœlius Rhodiginus, auteur du xvie siècle, lui assigne Vérone pour patrie.
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leur cité réciproque l'honneur de lui avoir donné le jour. La même incertitude règne encore au sujet de la profession qu'il dut exercer, et puisqu'il cultiva avec autant de soin la Rhétorique, l'Art militaire, l'iVgricultureet la Médecine, il n'existe, semble-t-il, aucune raison pour en faire un médecin plutôt qu'un orateur ou un homme de guerre. Le haut rang, d'ailleurs, que paraît avoir occupé Celse eût été vraisemblablement incompatible pour lui avec l'exercice de la profession médicale ^ « Malgré ses tendances pratiques, dit M. Boyer, Celse est un médecin de livres et de cabinet ; on a dit qu'on le surprend quelquefois en flagrant délit de pratique médicale ; ces délits, trop rares, sont-ils toujours réels? » Mais comment nous rendre compte alors des judicieux préceptes qu'il nous a légués sur notre art ? — Sans avoir pratiqué la médecine pour vivre, croyons-nous, Celse l'aura exercée dans le but de se rendre agréable à ses amis ou à ses proches ; cette opinion, qui ne nous est au reste pas personnelle, me paraît offrir l'avantage de concilier les hypothèses sus-énoncées. Enfin le nom lui-même de l'Hippocrate latin est devenu sujet de contestation ; mais un manuscrit fort précieux de la bibliothèque du Vatican paraît avoir dissipé tous les doutes ; il porte en touteslettres : Aulus Cornélius Celsus.
Quintilien, que l'on ne saurait taxer de partialité, puisqu'il semble avoir jalousé Celse, disait en parlant de ses ouvrages : « Scripsit non pariim multa, non sine cultii ac nitore ».
Nous laisserons de côté tous les autres écrits de ce
1 . On sait, en efEet, combien l'exercice de cette profession répugnait à la gravité romaine. M. le D"" des Etangs pense toutefois que Çelse a réellement exercé la médecine. « C'estle seul art des Grecs », disait Pline, « dont la gra* vite romaine ne me permette pas encore la pratique, malgré le lucre qu'elle produit. »
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savant, pour ne nous occuper que de son Traité de Médecine ; c'est là, en effet, un remarquable résumé, aussi intéressant pour le philologue que pour l'homme de l'art, et on l'a avec juste raison comparé aux Instituts de Justinien.
L'encyclopédiste latin nous présente dès le début une histoire exacte des sectes dominantes ; passant ensuite à d'intéressantes généralités sur l'hygiène, l'étiologie^ la séméiotique , il aborde plus tard le détail des diverses espèces morbides, et, après un long arrêt sur les différentes sortes de médicaments, nous le voyons s'occuper de chirurgie, et c'est même là son véritable triomphe. Le portrait qu'il a tracé du chirurgien résume toutes les qualités requises pour se livrer avec succès à la pratique de cet art, et Boerhaave a pu dire « que les opérations chirurgicales se faisaient, du temps de Celse, avec autant d'habileté, d'adresse et de dextérité qu'à son époque ».
« Un chirurgien doit être jeune, ou du moins peu avancé en âge. Il faut qu'il ait la main ferme, adroite et jamais tremblante ; qu'il se serve de la gauche comme de la droite; qu'il ait la vue claire, perçante; qu'il soit intrépide, impitoyable, de façon qu'il veuille guérir celui qui se met entre ses mains et que, sans être touché de ses cris, il ne se presse point trop et ne coupe pas moins qu'il ne faut; qu'il fasse son opération sans s'émouvoir, et comme si les plaintes du patient ne faisaient aucune impression sur luii. »
La plupart des grandes opérations (fistules à l'anus, fistules lacrymales, cataracte, staphylôme, taille, hernies, etc.) se trouvent décrites dans le VIP livre, et le VHP