Fameux traducteur
4. Boniface VIII menaça d'anathème quiconque mutilerait ou ferait bouillir des cadavres.
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des corps au moins une fois par an % et plus tard Sylvius établit à Paris des démonstrations anatomiques. Bertrucci, Hermondavilla, etc...^ doivent être cités pour la part active qu'ils accordent à ces sortes d'exercices.
En médecine les consultations prennent naissance, et le xiv" siècle ne reste pas tout à fait infructueux au point de vue pathologique. Bernard de Gordon publie en 1305 son Liliiim medici?ias ^, bizarre recueil de superstitieuses pratiques et de curieuses recettes. On doit en rapprocher la fameuse Rosa anglica à.à Jean de Gaddesden, qu'un trop acerbe critique a qualifiée de fade rose ^. Pietro d'Abano * se rend célèbre à la même époque par son Conciliator, et Thomas de Garbo par sa Somme. Nous devons encore une mention à Guillaume de Varignana, François de Piémont, Jac. de Dondis, etc.. ; mais c'est surtout dans les chirurgiens que nous reconnaîtrons les véritables possesseurs de la méthode rationnelle. Un grand nom nous apparaît parmi eux, c'est celui de Guy de Chauliac, qui a pour précurseur Lanfranc.
Ce dernier appartient à l'école italienne. Né à Milan et contraint de quitter son pays, il vient de bonne heure s'établir en France et étudie la médecine à Lyon. En 1295, Lanfranc se rend à Paris où, sollicité par le doyen de la Faculté Jean de Passavant ainsi que par les étudiants de l'époque, il inaugure un cours des plus brillants et des
1. Le duc d'Anjou accorde en 1376 l'autorisation à l'Université de Montpellier de disséquer chaque année le cadavre d'un criminel,
2. « Dans ce siècle aflEecté », dit Freind, « tout ce qu'on écrivait en médecine était lys ou rose. »
3. « On m'a envoyé cette fade rose », dit Guy de Chauliac ; « je croyais y trouver quelque saveur, et je n'y ai vu que des fables. »
4. P. d'Abano (1250-1316) ne voulait jamais sortir de Bologne pour aller voir un malade à moins de cinquante écus à la couronne par jour. Il en demanda 400 par jour pour aller à Rome soigner HonoriuslV ; ce qui ne fut point accepté.
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plus suivis. Tous ses moments de loisir sont consacrés à Tétude, et la Grande Chi?'urgie ^Rrali en 1296.
On le considère généralement comme un opérateur prudent et exercé. « Lanfranc, dit Malgaigne, me parait être le chirurgien de l'Ecole arabiste qui a eu les idées les plus saines et posé les principes les plus originaux et les mieux raisonnes pour le traitement des plaies de tête, )>
A cette époque, néanmoins, Tastre de la chirurgie semblait pâlir ; livrée à des praticiens de bas étage et le plus souvent incapables, elle perdit tous les jours de son prestige, et les médecins se refusèrent à envisager ceux qui l'exerçaient comme leurs égaux i. Guy de Chauliac se montre et vient protester en faveur de cet art, qu'il porte lui-même à un si haut degré de perfection.
L'époque précise de sa naissance et celle de sa mort sont pour nous pleines d'obscurité ^. C'est à Chauliac, village du Gévaudan, qu'il vit le jour, yers la iin du xiir siècle, et fit probablement ses humanités au collège de la cathédrale de Mende. Après avoir successivement étudié à Toulouse, à Montpellier, à Bologne et à Paris, nous le voyons revenir à Montpellier, pour s'y livrer à la pratique de la médecine. Plus tard les papes, qui résidaient alors à Avignon, l'appelèrent auprès d'eux ; Clément VI le prit pour médecin, et il occupa, suivant toute apparence, la même place sous Innocent Y. A la mort de ce Souverain Pontife, Guy devint chapelain et commensal de son successeur Urbain V, qui était aussi son compatriote. Durant
1. Après Lanfranc, la chirurgie est représentée à Paris par Jean Pitard et Henri de Mandeville, qui s'inspire complètement de l'école italienne ; elle garde ensuite un long silence. En Angleterre, Ardern, successeur de Jean de Gaddesden, nous est peu connu. Daremberg, qui a copié ses manuscrits , le dépeint comme un auteur sans ordre et sans méthode.
2. Pierre II, roi d'Aragon, en la possession duquel se trouvait Montpellier, exila à perpétuité un certain nombre de bourgeois, et parmi eux était un magiater 6hiido, dont on a voulu faire l'ancêtre de Guy de Chauliac.
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son séjour à Avignon, il eut occasion d'observer à deux reprises une grave épidémie de peste et faillit être au nombre des victimes. La honte, nous dit-il, l'empêcha de fuir : « Et ego pr opter infamiam, non fui cmsus recedere » ;et la relation qu'il nous a laissée de la maladie reste comme un chef-d'œuvre du genre.
C'est à bon droit que Montpellier revendique Guy de Chauliac : il lui appartient non seulement par ses études, mais encore par le séjour prolongé qu'il a fait dans ses murs. S'il choisit cette villepour résidence, il dut apparemment y rencontrer une féconde mine à faire valoir. Grâce à sa position exceptionnelle, la célèbre école du Midi possédait en effet et les écrits médicaux des Arabes ' et les Traités salernitains ; plusieurs traductions d'auteurs Grecs étaient de même en sa jouissance. Guy de Chauliac s'empare de toutes ces richesses et les féconde par son puissant génie. Il étudie, il consulte, il interroge et, à l'aide de cet éclectisme qui n'a rien que de louable, s'efforce d'accorder les théories et les systèmes avec les résultats de l'expérience : « Les auteurs italiens, nous dit-il, se suivent comme des grues « ; il reconnaît leurs défauts et évite de les imiter. Tous les chirurgiens du siècle sont mis à contribution pour des renseignements, et Guy accepte même avec reconnaissance les données des empiriques ^, s'il les croit propres à élucider quelque point difficile. Il cherche à utiliser tous les moyens d'investigation et ne néglige la
1. Guy de Chauliac avait en sa possession jusqu'à dix-huit auteurs arabes.
2. « Il ne dédaignait », nous dit Malgaigne, oc ni Jacques l'apothicaire qui avait embaumé plusieurs papes, ni les barbiers de la cour de Eome, ni les barbiers de Montpellier, faisant profit de leurs recettes ; il avait même surpris, le digne clerc, quelques secrets de toilette aux dames de Bologne, de Montpellier et de Paris. » (^Histoire de la chirurgie en Occident, depuis 1$ VI» juisu'au XVI» tièole.)
lecture d'aucun auteur qu'il juge susceptible de lui fournir un document précieux.
Avec de pareilles armes on ne peut que vaincre : la victoire lui reste en effet. Quand parait sa Grande Chirurgie (1363) *, elle est aussitôt commentée et traduite dans toutes les langues, et sert de code pratique à l'Europe entière.
Ce magnifique ouvrage renferme sept livres : le premier, essentiellement anatomique, contient des notions empruntées à Galien et aux Arabes. Le second est consacré aux apostèmes et aux diverses espèces de tumeurs. Les trois Traités suivants concernent les solutions de continuité qui existent soit dans les parties molles (plaies), soit dans les os (fractures). Le sixième s'occupe de plusieurs affections chirurgicales de nature diverse. Enfin au septième appartient la matière médicale et la petite chirurgie.
Outre ce gigantesque travail, Guy de Chauliac nous a encore légué plusieurs autres écrits. En voici l'énumération, suivant Malgaigne :
l**LeFormulaire,écritàMontpelliervers 1340, dont deux exemplairesmanuscrits se trouvent à la bibliothèque nationale, et qui a été imprimé sous le titre de : Chirurgia parva Guidonis.
2° Un traité sur l'astronomie, conservé manuscrit à la bibliothèque d'Avignon : Astronomia Guidonis.
3° Un traité sur la cataracte : il n'est point parvenu jusqu'à nous.
4o M. Dresse aurait possédé un manuscrit contenant les livres suivants : Lapidarius, de conjunctione animalium
1. C'est à la bibliothèque des Papes que l'on a, paraît-il, découvert le plus ancien manuscrit de la Chirurgie, de Guy de Chauliac ; et le fait n'a rien d'étonnant pour quiconque se rappelle qu'il la composa à la cour des Souverains Pontifes.
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ad se invicem : de conjunctione herbarum ad se invicem : de physiognomiâ,
5° J. Schenkius aurait eu de même un manuscrit intitulé : Consilia medica.
Si l'on en croit Marc-Aurèle Sévérin, Guy fut meilleur raisonneur qu'opérateurhabile. Il eut cependant l'occasion de pratiquer la paracentèse abdominale dans des cas d'ascite, essaya également d'opérer la hernie, et nous parle enfin de l'extraction de la cataracte, comme d'une opération qui lui fut familière ; mais il partagea la répulsion de ses contemporains au sujet de la taille et en abandonna la pratique à des chirurgiens de bas étage.
Malgaigne place la Gr«/2</eC/^zW/r^2e immédiatement après les traitésHippocratiques, et Ackermann ne lui trouve d'égale nulle part. Quoi d'étonnant ! Bacon et Guy de Chauliac luimême ne nousl'ont-ils pas dit : « Les modernes sont plus grands que les anciens en s' élevant sur leurs épaules ? »
Darembergnous semble avoir fait justice des éloges immodérés^ tout en résumant habilement le caractère de ce grand homme :
« Ce fut un chirurgien surtout érudit, dit-il, cependant expert, sans être hardi. Ce qu'il a inventé de nouveau se réduit en partie à une bonne méthode d'exposition, à prendre le juste milieu entre tous les excès : lapusillanimité ou la témérité, à choisir le meilleur en toutes choses ; c'est presque le même portrait que celui d'A. Paré au xvi® siècle, mais avec moins d'originalité. »
Esprit peu inventif, mais érudit et prudent, Guy de Chauliac fut comme une aurore passagère qui projeta pendant quelques instants de lumineux rayons sur la chirurgie française. Grâce à son prestige, Montpellier jouit d'une réputation qui éclipsa Paris, et M. Cellarier * remarque
1. Cellarier, Introduction à r étude de Guy de Chauliac. Montpellier, 1856.
que, bien avant le moment où devait paraître le véritable fondateur de la chirurgie parisienne, l'Ecole chirurgicale de Montpellier s'élevait au-dessus de toutes les autres avec Guy de Chauliac. « Si on le considère dans le siècle qu'il illustra, ajoute Dezeimeris, on sera forcé de convenir qu'il possédait à un haut degré toutes les qualités nécessaires pour mettre la chirurgie du xiv* siècle à la hauteur de celle de l'antiquité. »
Son influence n'est malheureusement pas de longue durée ; après lui, Tart chirurgical périclite encore. Il retombe aux mains de barbiers et d'autres hommes inexpérimentés, et on voit l'Ecole de Montpellier, suivant d'ailleurs en cela l'exemple de celle de Paris, refuser à ses docteurs le droit de pratiquer des opérations.