ARISTOTE
lui-même à tout devenir, il faudrait, pour expliquer n'importe quel changement, une série infinie de causes motrices, ce qui équivaut à déclarer le mouvement impossible. L'acte pur est immobile ; il est pensée substantielle et indivisible. Dieu ignore le monde des êtres changeants, bien qu'il les attire à lui d'un irrésistible attrait de finalité.
28. La physique, chez Aristote, comporte l'étude des êtres corporels en tant qu'ils sont sujets au mouvement. Il y a quatre espèces de mouvement : la naissance et la disparition des composés substantiels ; les changements qualitatifs et quantitatifs et le mouvement local. Puisque les substances terrestres naissent et disparaissent en se transformant les unes dans les autres, il faut qu'il y ait en elles un substratum permanent, la matière première {\\ irpiXiiri j\ri), identique aux divers stades du processus, et un principe propre à chacun de ces stades, la forme substantielle (eiboç). Le devenir des formes dans la matière est régi par une finalité inéluctable, que la nature poursuit sans trêve, mais dont Aristote est impuissant à préciser le terme.
Il y a des substances célestes et terrestres, et leur nature est différente.
Plus parfaites que les corps terrestres, les substances célestes (étoiles fixes et planètes) sont emportées par un mouvement circulaire (le plus parfait pour les anciens) ; elles sont immuables, ingénérables et incorruptibles. L'élément de nature spéciale dont elles sont constituées est l'éther et est d'ordre purement topique. La terre, l'eau, l'air et le feu sont les quatre éléments dont la transformation et le mélange expliquent le devenir des corps terrestres, et ce devenir subit l'action efficiente des corps célestes. Le monde est fini, unique et éternel.
Parmi les corps sublunaires, les organismes, l'homme surtout, occupent une place spéciale, et ceci nous amène à la psychologie.
29. Psychologie. — Aristote est le créateur de la psychologie. L'âme est l'acte premier d'un corps naturel qui a la vie en puissance, x] ipux'l ^<^^^ èvreXéxeia \\ irpcuiri crubjuaTOç qpucTiKOÛ (Traité de Faîne, II, i) ; elle est "forme substantielle du vivant, et le corps est matière première.
Une en son fond, l'âme s'épanouit en facultés diverses, principes d'activités spécifiques : la mUrition, la connaissance sensible et intellectuelle, Xappétition et la locomotion.
Toute connaissance — sensible ou intellectuelle — exige le
i6 PRÉCIS d'histoire de philosophie
concours d'un objet et du sujet, le premier exerçant sur le second une influence déterminatrice. Cette double phase de la connaissance, action de l'objet sur la faculté, réaction de celle-ci, se passe en nous ; elle est d'ordre psychique. La connaissance sensible — quelle que soit sa forme (sens extérieurs ; commun sens, mémoire , imagination sensible) — est représentative des propriétés particulières et contingentes, tandis que l'intelligence, par l'abstraction, perçoit la réalité des choses, à part de ses caractères individuels et de ses limites temporelles ou spatiales. Voilà pourquoi, à côté de X entendement passif qui subit l'action du dehors, il }' a l'intellect qui abstrait et qui s'appelle intellect actif. Le second est impassible et seul impérissable. Cette théorie des deux intellects présente beaucoup de points obscurs et est grosse de difficultés.
La définition de l'âme précise ses relations avec le corps : puisque l'âme est la forme du corps, elle est sa détermination intrinsèque. La psychologie n'est pas l'étude de l'âme (Platon), mais de l'homme composé de corps et d'âme.
A raison des fonctions qu'elle accomplit sans le concours intrinsèque et immédiat de l'organisme, l'intelligence (voûç) est spirituelle ; et son immatérialité entraîne son i?nmortalité. La théorie de l'immortalité a soulevé chez les commentateurs d'Aristote des controverses séculaires ; les difficultés qu'elle présente se rattachent à la scission établie entre l'intellect passif et l'intellect actif. Celui-ci seul est impérissable. Dès lors un doute plane sur le caractère personnel de l'immortalité.
30. Éthique. — La philosophie pratique subordonne la connaissance à la direction de la conduite. I^'éthique a pour objet l'étude des actes de l'individu dans leur rapport avec la fin dernière, et celle-ci consiste dans l'exercice harmonieux de toutes les facultés (y compris les facultés sensibles), et formellement, dans le déploiement des activités les plus élevées, les activités intellectives.
Il y a une double série de vertus, les vertus dianoétiques qui dépendent de la raison théorique, et les vertus morales qui dépendent de la raison pratique. La fortune et le plaisir sont aussi, mais à titre secondaire, éléments du bonheur : la morale d'Aristote est un eudémonisme rationnel.
L'homme est naturellement sociable (qpucrei ttoXitikôv Iujov), et la forme parfaite de la société est l'Etat.