‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 9 sur 69 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

La philosophie, ou la science par excellence, est la recherche des principes et des causes (Métaph.^ I, i, 981). Elle comprend des sciences théoriques (la physique, ou l'étude des choses corporelles, sujettes au changement ; la mathématique, ou l'étude de l'étendue ; la métaphysique, appelée théologie ou philosophie première, ou l'étude de l'être dans ses déterminations incorporelles et immobiles), des sciences pratiques {Yéthique, Y économique et X-d. politique , la seconde rentrant souvent dans la troisième) et des sciences poétiques. Il y faut ajouter la Logique, qui occupe une place à part.

25. Logique. — Aristote est le créateur de la logique ou de r « analytique » de l'esprit, parce qu'il a fixé Yensemhle des lois que doit suivre Uesprit htmiain pour acquérir la science. La démonstration scientijiqtie , et le syllogisme qui est à sa base, apprennent à découvrir l'essence des choses et leurs causes : ils constituent le pivot de la logique d'Aristote. Mais l'un et l'autre de ces deux processus de l'esprit supposent une étude des opérations élémentaires en lesquelles ils se résolvent : le concept et le jugement. Le syllogisme fait voir que le prédicat de la conclusion est enveloppé dans la compréhension d'une tierce idée, laquelle comprend dans son extension le sujet de la conclusion. Coordonner et subordonner les conclusions suivant leur degré d'universalité est le processus mental qui conduit à la science.

26. Métaphysique. — La métaph)^sique est la science de Vêtre considéré comme tel (tô ôv, rj ôv). Dans l'être il y a du stable (Parménide) et du devenir (Heraclite), et le réel de Platon vient habiter de façon immanente les sujets individuels et sensibles.

Aristote range les êtres en dix catégories, dont les deux fondamentales sont la stihstance (oùcrîa) et Y accident . Socrate est une substance ; la vertu de Socrate est un accident. L'accident appartient à diverses catégories : la qualité, la quantité, la relation, le lieu, le temps, le repos (KeîaGai), la possession que donne ou enlève le changement (exeiv), l'action et la passion qu'il suppose (rroieiv Kai Trâcrxeiv).

Mais pour comprendre les ressorts de la métaph3^sique péripatéticienne, il faut envisager de front cette division, d'ordre statique, avec la classification de l'acte et de la puissance basée sur le devenir de l'être. Tout changement implique le passage d'un état à un autre état. Soit un être E, passant de l'état a à l'état h. L'analyse de ce passage exige que E possédât

déjà en a le principe réel de son changement en h : avant d'être, il a pu être. Uacte est donc la perfection présente, le degré d être (èvTeXéxeia, to èvieXèç exeivj. La puissance, ou la potentialité, est l'aptitude à recevoir la perfection (6ijva)aiç). L'actualisation ou le passage d'un état potentiel à un état actuel, s'appelle mouvement.

Trois grandes thèses de la métaphysique péripatéticienne sont apparentées à la distinction de l'acte et de la puissance : les compositions de la matière et de la forme (v. p. L), de l'universel et de l'individuel, la théorie des quatre causes.

Bien qu'elle appartienne originairement à la physique, la théorie de la matière et de la forme revêt un sens métaphysique eîi tant qu'elle est une explication du changement comme tel. Le mouvement, ou changement, comporte un rubstrat amorphe (matière) qui reçoit des déterminations (forme). Le ])remier de ces éléments est principe de tout ce qui est potentialité; le second, de tout ce qui est perfection actuelle dans un être et notamment de son unité. Le mouvement étant éternel, il faut que la matière le soit.

L'universel n'est pas chose en soi ; mais il est immanent aux individus et multiplié dans tous les représentants d'une classe (différence avec Platon) ; il ne reçoit sa forme indépendante que de la considération subjective de notre esprit.

On appelle cause tout ce qui exerce une influence réelle et positive sur l'actualité de l'être, à une étape quelconque du devenir. Aristote distingue quatre causes : les CTiuse^ matérielle et formelle constituent l'être. La cause efficiente ou motrice est principe du devenir ou du passage de la puissance à l'acte. La série des efficiences n'a pas commencé et ne finira jamais ; éternelle est la génération ; éternelle aussi la matière qui est son sujet et dont Aristote ne justifie pas l'existence. Quant à la cause finale, eUe explique la coordination des activités'd'un être vers une fin immanente, elle est lattrait de la cause efficiente dans inie direction donnée; sans finalité, la constance de l'ordre cosmique est inexplicable.

27. L'acte pur — Au-dessus des êtres changeants, mélangés d'acte et de puissance, trône un être immuable, actualité pure (tô li i)v eivai t6 irpoiiov).

La princijialc preuve de l'existence de Dieu est tirée de l'existence du mouvement. Il faut un premier moteur. Rien ne s'élevant de la puissance à l'acte que par l'action d'un moteur, s'il n'était pas un moteur premier unique, soustrait

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