CHAPITRE III
La philosophie grecque depuis la oiort d'Aristote jusqu'à l'avènement de l'école néo=platonicienne
(de la fin du iv« siècle avant J.-C. jusqu'au 111° siècle après J.-C.)
31. Caractères généraux et division. — La prédominance de la morale est le caractère fondamental de la philosophie après la mort d'Aristote, et la morale en honneur est une morale personnelle. A la morale sont subordonnées les spéculations théoriques.
Au début du iii*^ siècle, quatre grandes écoles se trouvent en présence : l'école péripatéticienne, l'école stoïcienne, l'école épicurienne, et* la nouvelle Académie, continuant la lignée platonicienne. Pendant un siècle et demi ces diverses écoles vivent côte à côte, poursuivant chacune dans la plus complète indépendance leur idéal respectif. — Mais, dès la seconde moitié du IP siècle avant J.-C, les philosophes se départissent de l'absolue pureté de doctrine telle qu'on la trouve chez les fondateurs de leurs écoles respectives. On peut dire, en général, qu'ils sont éclectiques . — L'éclectisme était avant tout le fruit du scepticisme de la nouvelle Académie ; à son tour il engendre, durant les dernières années du i" siècle avant J.-C, une nouvelle forme de scepticisme, qui pendant deux siècles se développe parallèlement à l'éclectisme.
32. Les écoles philosophiques des IIP et IP siècles av. J.-C. — I. Ecole stoïcienne. — Zenon de Citium (vers 342-270), fondateur de l'école, Cléanthe, son successeur immédiat (vers 331-251J, Chrysippe (vers 281/76-208/4), le vulgarisateur et l'ordonnateur des idées stoïciennes, sont avant tout des moralistes, mais néanmoins préconisent expressément l'étude de la physique dans ses rapports avec la morale.
i8 PRÉCIS d'histoire de philosophie
La physique stoïcienne est matérialiste, dynamiste; panthéiste, détermi7iiste. Le corps matériel est le seul être réel Cmatérialisme) et par corps il faut entendre non seulement les substances, mais les propriétés, les connaissances etc., qui les affectent : il en résulte une compénétration des corps dans un même lieu (KpcxcTiç bi ôXujvj. Un principe interne de force habite la matière (dynamisme), à savoir l'air chaud, le irveuiua dont les tensions (tôvoi) diverses expliquent les divers changements des corps. Ce TTveujLia est unique à travers ses multiples activités (monisme); il est la force plastique suprême fXôfoç aTTépuaTiKÔçj, et son action spermatique produit dans le monde un système fermé de phénomènes nécessairement enchainés les uns aux autres suivant les stades d'une évolution fatale (déterminisme).
La sensation est la source de toutes nos connaissances, l'idée générale n'étant qu'une sensation élaborée. Le critère de la certitude est la force de conviction grâce à laquelle une connaissance provoque notre adhésion (KaTaXiiTriiKÔv).
Les actes humains, comme tous les autres événements cosmiques, sont fatalement déterminés. Quant à l'âme, elle est une éphémère émanation du Tiveùjua divin, et matérielle.
L'homme connaît les lois cosmiques auxquelles il obéit fatalement. La vertu est une autodétermination de la volonté à agir en conformité avec nos connaissances vraies, abstraction faite de tout autre niobile de conduite. Le seul mal est le vouloir contraire à la raison. Entre le bien et le mal il }' a une radicale opposition, et le passage de l'un à l'autre est instantané. La vertu est obligatoire, parce qu'étant la forme naturelle de l'activité de l'homme, elle a un sens cosmique. Le sage professe une indifférence absolue pour tout mobile qui n'a pas sa source dans la raison ; il étouffe les passions et devient apathique (c. à. d. sans passions).
33. IL Ecole épicurienne.. — Épicure (34241-207) ouvrit à Athènes, en 306, une école de philosophie. Bien qu'il étende son empire sur un espace de plus de six siècles, l'épicurisme est resté figé dans la forme qu'il reçut de son fondateur. A partir du ir siècle av. J.-C, l'épicurisme se propagea parallèlement dans le monde grec et romain. Le poète Lucrèce (94-54) 1) est disciple d'Epicure. Encore florissante au IIP s.
1 ) De ic) uni nalui a.