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LE NÉO-PLATONISME

Transcendant, il possède toutes les perfections à un degré ineffable (théologie positive) ; mais d'autre part, toutes les dénominations attribuées à l'Un étant analogiques, on peut dire à un second point de vue que l'Un est indéterminé et sans attributs (théologie négative). L'Un engendre consciemment l'Intelligence, non pas en répandant sa substance et en se diminuant, mais en compénétrant, ce semble, l'engendré par son activité. La nature de cette génération est un des points obscurs du plotinisme.

b) Y Intelligence, par laquelle l'Un premier se connaît. Cette connaissance, étant moins parfaite que YUn^ puisqu'elle est une déchéance, comporte une multiplicité de représentations ou idées. Le voûç engendre fatalement:

c) Vâme du 7nonde, principe hybride tenant des idées et contenant les effluves de la vie universelle, ou les forces plastiques qui se répandront dans le monde sensible. En effet, l'âme du monde engendre :

d) la matière, ou le lieu dans lequel apparaissent ses forces plastiques. La matière est non ètre^ jur) ôv, comme pour Platon. Affaiblie par des déperditions successives, la génération divine a pour limite et pour dernier stade nécessaire le non être ou l'épuisement du réel.

Cette philosophie de l'être est- elle une forme de panthéisme émanatif ? oui, si l'Intelligence, produit volontaire de l'Un, est une de ses énergies. Quoi qu'il en soit, tout le reste du réel est un effluve fatal de l'Intelligence, et se trouve suspendu à la pensée du voûç.

2. Le retour fuystique de Vâme vers Dieu par l'exercice parfait de l'intelligence. Celle-ci gravit successivement les degrés de l'ordre métaphysique. La connaissance atteint d'abord le monde sensible, s'élève ensuite à la contemplation du voûç, et se parachève dans l'union extatique et inconsciente avec l'Un. La perfection de la connaissance se mesure donc à son affranchissement (KctGapcTiç) du monde sensible et la plénitude de la connaissance réalise le bonheur. Plotin affirme hautement la personnahté humaine. La rehgion, étant un moyen de faciliter l'union extatique, occupe dans la mystique de Plotin une place que ses successeurs élargiront sans cesse. Religion et philosophie se confondent.

3g. Porphyre. — Entre les disciples immédiats de Plotin, Porphyre de Tyr (232/3-304) est le plus remarqua-

ble. C'est lui qui vulgarise les doctrines du maître i) et il accentue leur portée religieuse et ascétique en établissant entre l'homme et l'Un, une série de divinités intermédiaires. Il accentue aussi cette confusion de la philosophie et de la science religieuse qui survivra pendant plusieurs siècles au néo-platonisme. C'est lui enfin qui ouvre la lignée des commentateurs néo-platoniciens d'Aristote : son introduction aux catégories d'Aristote 2) fut appelée à une célébrité énorme. Le néo-platonisme, en effet, considérait l'étude de VOrgaiwji d'Aristote comme une introduction à la philosophie de Platon.

40. Fin de la philosophie grecque. — Les successeurs de Porphyre ne retiennent du néo-platonisme que son orientation religieuse. Le syrien Jamblique, p. ex., bâtit sur les fondements du néo-platonisme un Panthéon international de divinités païennes.

Plus tard, le neo-platonisme prend des allures encyclopédiques et s'absorbe dans des commentaires d'Aristote.

Les philosophes des derniers siècles se rencontrent dans les trois centres principaux de l'empire d'Orient : Constantinople, Athènes, Alexandrie.

Themistius (2^ moitié du iv^ s.) est la seule personnalité remarquable de l'école de Constantinople. A l'école d'Athènes, les noms saillants sont ceux de Proclus (410-485J 3) qui systématise la philosophie de Plotin et accentue les caractères moniste et mystique de sa philosophie, et de Simplicius, commentateur d'Aristote, que la fermeture de l'école d'Athènes en 529 obligea de s'exiler en Perse. Le philosophe le plus en vue à Alexandrie est Ammonius, disciple de Proclus. Après lui, avec Jean de Philopon (début du vi^' s.) l'école d'Alexandrie évolue vers le christianisme.

Les influences de la philosophie grecque se perpétuent à travers la philosophie médiévale, où elles s'exercent dans trois directions principales : la philosophie byzantine, asiatique et occidentale.

On les retrouve ainsi dans la philosophie des Pères de l'Eglise, qui sert de transition entre la philosophie grecque et la philosophie du moyen âge.

1) *AT)op,uai Tipôç TÙ voriTa.

2) E(aafajYn e{ç ràç 'ApiaroTeXouç KarriTOpiaç, nommé aussi Tiepi tûjv Tr(^vT€ (pujviDv.

3) ItoiXciujok; GeoXoYiKri.

La Philosophie Patristique

41. Caractères généraux et division. — Incidentes et fragmentaires, les spéculations philosophiques des Pères de l'Eglise naissent à propos des polémiques religieuses qu'ils furent obligés de soutenir et n'ont d'autre raison d'être, à leurs yeux, que de servir à l'établissement et à la défense du dogme : de là leur manque d'unité et d'ampleur. La période patristique accentue de la sorte la tendance, de provenance néo-platonicienne, à confondre la philosophie et l'aspect spéculatif des questions religieuses. La philosophie des Pères de l'Eglise est une philosophie religieuse. Au demeurant, elle se déploie dans une civilisation imbue d'idées grecques, dont ils subissent l'ascendant, et par ce côté leur mode de penser demeure ancien.

On peut diviser la philosophie patristique en deux périodes, en prenant pour base les luttes religieuses qui donnent naissance aux discussions.

La première période, qui comprend les trois premiers siècles (depuis la fondation de l'Église jusqu'au Concile de Nicée en 325), est la période delà fixation des dogmes fondamentaux.

La deuxième période de la philosophie patristique s'étend du iv^ au VIP siècle, depuis le Concile de Nicée jusqu'au Concile in Trullo (692) : c'est l'époque du développement de la dogmatique chrétienne.

42. La philosophie patristique pendant les trois premiers siècles. - Le gnosticisme, qui est la principale hérésie des premiers siècles, présente un alliage S3"ncrétique des idées grecques contemporaines : le dualisme essentiel de Dieu principe du bien, et de la matière principe du mal; l'évolution de Dieu produisant par voie d'émanation déchéante une série d'Eons, l'alliage des éléments divin et matériel dans le monde : telles sont les théories principales de la métaphysique et de la cosmogonie gnostiques.

Au III- siècle, le gnosticisme fut vivement combattu par l'école chrétienne d'Alexandrie, dont les plus grands représentants sont Clément d'Alexandrie (mort avant 216) i) et Origène (185-254) 2). Le premier surtout tente un vigoureux essai de théodicée d'anthropologie et de morale, conforme au dogme catholique. Il établit la transcendance de Dieu, défend la théorie de la création, la spiritualité de l'âme et la liberté morale.

43. Saint Augustin. — A la deuxième période de la philosophie patriotique appartiennent les noms de Grégoire DE Xysse (331-394), de Grégoire de Xazianzë, de S. Ambroise 3) (vers 340-397) et surtout de S. Augustin.

S. Augustin n'est pas seulement un des plus célèbres Pères de l'Eglise ; il est aussi le plus grand philosophe de la période patristique. Xé en 354, il fut converti au catholicisme par S. Ambroise de Milan qui le baptisa en 387. Xous le retrouvons plus tard à Hippone (395) dont il illustra le siège épiscopal jusqu'à sa mort en 430 4).

Saint Augustin résume et condense les trésors intellectuels du monde ancien et il est un des principaux intermédiaires par lesquels ces trésors seront transmis à un monde nouveau.

Il est avant tout tributaire du néo-platonisme à qui il doit sa ps3xhologie, sa méthode d'investigation par la conscience, sa distinction excessive du sensible et du suprasensible et une foule de doctrines sur Dieu.

Avant d'arriver à son complet développement, la philosophie d'Augustin — lui-même nous l'apprend — subit un développement progressif. Dans sa forme définitive, elle revêt un caractère religieux très accentué et constitue une fusion d'intellectualisme et de mysticisme, avec pour préoccupation centrale une étude de Dieu. Augustin démontre Dieu par une série de preuves a posteriori et surtout par l'analyse des caractères de

I ) Aôfoç TrpoxeTTTiKÔç Trpôç'EWrivaç ; TTuibaY^uYÔç ; iTpuu.uaTeîç.

2) TTepi dpxûjv.

3) Hcxaeincron, de officiis ministrorntn.

4) Principales œuvres au point de vue philosophique ; Confessumum libri A'///, auiobiogiaphie (vers 400); RctmctatiimiDn libri duo ; Contra Academicos. dirigé contre les néo-sceptiques dont il avait un instant partagé les (\on\cs,; Soliloquiorum /. H ; Liber de immortalitaleanimœ ; DequantitateanimcE ; De jiiagistro ; De liber o arbitrlo ; Dr anim.i et eiiis origine ; De civitate Dei et de trinitate.

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