NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA PREMIÈRE PÉRIODE
groupe prépondérant d'idées platonico-augustiniennes est combiné avec un groupe d'idées aristotéliciennes. De plus, à côté de ces deux groupes on reconnaît l'action moins importante, mais réelle, de diverses théories pythagoriciennes, épicuriennes, stoïciennes, néo-platoniciennes, arabes : on peut dire de la philosophie de cette période, qu'elle ressemble à un creuset où des matériaux disparates sont en fusion.
48. Écoles philosophiques. — Le haut moyen âge connut deux ou même trois types d'écoles, et l'enseignement de la philosophie y est mené de front avec l'enseignement d'autres sciences. Ce sont :
1° Les écoles monacales, comprenant une double section, la schola interior, claiistri, réservée aux moines ; la schola exterior, ouverte aux séculiers.
2° Les écoles épiscopales, ou cathédrales, ou capiUdaires.
3° Les écoles dit palais, scholae palatinae oupalatii, dont la plus célèbre est la cour palatine des rois Francs.
L'essor des écoles date de Charlemagne qui encouragea leur érection, et d'Alcuin (vers 730-804) qui les organisa.
Parmi les écoles les plus célèbres comptent celles d'York (Angleterre), de Liège, de Tournai, de Fulde (Germanie), de Reims, de Tours, de Chartres, de Paris (France), du Mont Cassin (Italie).
Dans ces écoles on enseignait : 1° les arts libéraux, comprenant le triviiim (grammaire, rhétorique, dialectique) et le qtiadriviimi (aiithmétique, géométrie, astronomie, musique) ; — 2° les sciences naturelles et historiques ; — 3° la philosophie ; — 4° la théologie.
Le commentaire (lectio) est la forme première et naturelle de l'enseignement, et il a pour base les ouvrages mentionnés ci-dessous ; la disputatio, ou échange de vues entre maître et élèves, apparaît au xii^ s. ; il y eut aussi de bonne heure des essais de systématisation didactique d'une question déterminée. Cette systématisation devint dominante à partir d'Abélard. Notons encore qu'on mélangeait dans l'enseignement les arguments et les questions d'ordre philosophique avec ceux d'ordre théologique.
49. Bibliothèque philosophique. — D'Aristote, on ne possède que VOrganon, et encore celui-ci n'est connu en intégralité qu'au milieu du xii"" s. Vers le même temps se manifeste l'action de la Physique. Platon n'est représenté
que par le Timée. Par contre, il circule de nombreux commen-. taires (aristotéliciens et platoniciens) de Porphyre (Vlsagoge), de Boèce, de Marins Victor, etc. Les ouvrages grecs ne sont consultés que dans des traductions latines. On lit assidûment quelques œuvres ou parties d'oeuvres de Cicéron, de Sénèque, de Lucrèce, et parmi les Pères de l'Église, le Pseudo-Denys et surtout S. Augustin jouissent du plus grand crédit. Enfin trois écrivains de race nouvelle peuvent être considérés comme les éducateurs du moyen âge philosophique : Martianus Capella, de Carthage (2^ moitié du v^ s.) i), Cassiodore (vers 470-570) 2), et BoÈCE (vers 480-525) 3), ces deux derniers, ministres du roi des Goths Théodoric.
50. Division de la première période. — Le xii^ s. étant l'âge d'or des écoles philosophiques, la première période est susceptible d'être subdivisée en deux parties, étudiant respectivement la philosophie occidentale aux ix^', x^ et xT s., et la même philosophie au xii^ s.
A ce principe de division d'ordre chronologique nous en joindrons un second, d'ordre idéologique : dans chacune de ces deux périodes on fera le départ entre les théories scolastiques et celles qui ne le sont ])as. Le critère de cette classification s'inspire de la conformité ou de la non-conformité objective des théories formulées par un philosophe avec les tendances fondamentales de la scolastique du xiii^ s-., qui complète et solidarise les doctrines reçues du haut moyen âge 4).
/) Satyricon, de Niiptiis Mcrcurii et Philologiœ.
2) De arlibus ne discip/hîis liber alinm litteraruvi ; de i?istitîilic?ie divinarinn litterariim.
.3) Traductions de V Isngoge de Porphyre et de diverses œuvres d'Aristote, notamment de X'Orgatiofi ; des commentaires de V Isagoge de Porphyre, des Caté^ùries, du de interpretatione d'Aristote (sa principale œuvre logique), des Topiques de Cicéron, des traités originaux sur les syllogismes catégoriques et hypjthrtiqncs, sur la division, la définition, les dijt'érences toniques ; de consolatio n e pli ilosoph iœ .
4) Pour la justification de ce critère, voir p. 164 et suiv. de notre Histoire de la philosophie médiévale.