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LA SYNTHÈSE SCOLASTIQUE

peut engendrer une représentation (hauteur, vie, etc.), dont le contenu est délié de toute attache avec l'état individuel et concret qui affecte la réalité existante. Ce caractère de l'idée s'appelle sa non-matérialité, et fonde le principal argument en faveur de la survie et de l'immortalité de l'âme.

Le vouloir humain est consécutif au connaître (nihil volitum nisi cognitum), et l'appétition est sensible ou intellectuelle, suivant qu'elle suit la sensation ou la pensée. L'appétition intellectuelle, dans certaines conditions, est libre ; et grâce à la liberté, l'homme est le maître de sa destinée. Comme tout être, en effet, nous avons une fin, qui est notre bien, auquel nous sommes obligés de tendre, quoique nous ayons le pouvoir de nous en détourner.

Le bonheur naturel devait résulter du plénier épanouissement des activités supérieures, à savoir de la connaissance et du vouloir. L'homme eût connu et aimé Dieu dans ses œuvres, en ce sens qu'il eût possédé l'intelligence parfaite de la nature sensible et de ses forces. Mais ce qui eût pu être n'est pas; la béatitude, résultant d'un travail d'abstraction, sera remplacée par une intellection ou intuition directe de l'Essence divine, puisqu'il a plu au Créateur de surélever la nature par la grâce. Ainsi la morale philosophique est considérée, au xiii^ siècle, comme un acheminement vers la morale théologique, tout en restant distincte de celle-ci.

Les doctrines qu'on vient d'exposer en raccourci ne forment qu'un résidu abstrait, une ossature type qui se revêt de chair et de vie dans chaque système concret, mais elles livrent les données essentielles d'une conception spécifique du monde, appartenant en propre au mo3^en âge.

Avant tout la scol astique est une philosophie pluraliste^ et non 7noniste. La distinction substantielle de Dieu, acte pur — et des créatures, mélangées d'acte et de puissance, fait de la scolastique l'irréductible ennemie du panthéisme. On ne saurait trop insister sur le souci que prennent les scolastiques de dépouiller de tout sens émanatif ou panthéiste les bribes doctrinales qu'ils empruntent aux arabes. Les compositions de matière et de forme, de l'individuel et de l'universel, les distinctions entre le sujet connaissant et l'objet connu, entre l'âme bienheureuse et Dieu qui assouvit ses facultés — sont autant de doctrines incompatibles avec le monisme, et de franches affirmations de l'individualisme. C'est à propos de

l'homme, dont on cherche de toutes façons à établir la royauté dans le cosmos, que l'individualisme scolastique entre en conflit avec le monops}xhisme averroïste. Chaque être est luimême, distinct de tout autre ; et il lui est accidentel qu'il soit connu de nous : la métaphysique scolastique est substayitialiste, et à cent lieues du relativisme outrancier. La métaphysique de l'être contingent est aussi un dynamisme modéré (l'acte et la puissance, la matière et la forme, l'essence et l'existence), et ce dvnamisme régit l'apparition et la disparition des substances naturelles. A un autre point de vue, le monde matériel reçoit une interprétation évolutionniste et finaliste. L'évolutionnisme scolastique est mitigé, car il n'affecte pas la formation des essences spécifiques ; son finalisme concilie la tendance immanente des êtres vers leur fin avec le gouvernement providentiel. La théodicée de la scolastique est creatianiste . Le Dieu qu'elle démontre est infini, principe et fin, providence et justicier, cause principale de tout, et notamment collaborateur de nos actes de pensée.

En psvchologie, la conception finaliste explique Y optimisme critériologique de la scolastique : l'intelligence faite pour le vrai, atteint les choses telles qu'elles sont, quoique d'imparfaite manière. Comment en serait-il autrement, puisqu'elle n'est qu'une étincelle participée de 1 infaillible lumière qui est Dieu ? Les sensations ne sont pas moins infaillibles, quand elles nous renseignent sur leur objet propre. Toute l'idéologie scolastique est objectiviste, et si du point de vue critique on passe au point de vue génétique, elle est expérimentale et non aprioriste, innéiste ou aprioriste. Elle est surtout spiritualistey parce qu'elle fonde sur l'abstraction le caractère suprasensible des représentations intellectuelles. D'autre part, par son réalisme modéj-é, elle concilie l'individualité des choses extramentales avec l'universalité des concepts qui leur correspondent. Le spiritualisme idéologique se répercute dans les théories sur la nature de l'âme, son origine, son immortalité : par ce côté, la scolastique est l'ennemie jurée du matérialisme.

Appuyée sur les données de la psychologie et de la métaphysique, la logique met en honneur les droits de la méthode analytico synthétique .

Quant à la morale, elle est libertaire , et son optimisme éclate dans cette formule eudémoniste : que la fin de l'homme se réalise par la mise en œuvre la meilleure de ses meilleures facultés.

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Tous ces caractères sont solidaires et se complètent, car les départements doctrinaux que ces caractères atteignent se commandent comme des membres d'un même organisme. Peu de philosophies historiques accusent un tel souci d'harmonie, un tel besoin de Xicnitê, qui est la paix de l'esprit. N'est-ce pas pour la mieux réaliser que la scolastique cherche dans toutes ses solutions un juste milieu entre des extrêmes ? La modération de ses solutions éclate dans son réalisme, son dynamisme, son évolutionnisme, son idéologie, sa théorie de l'union de l'âme et du corps, sa conciliation du devoa' et du bonheur, sa notion à la fois objective et subjective du beau.

Si on songe que la scolastique du xiii^ s. occupe dans l'évolution des idées une place centrale ; qu'elle complète et solidarise entre elles les doctrines reçues des siècles précédents ; qu'elle même inspire la philosophie des siècles suivants; qu'elle représente l'apogée de la scolastique médiévale, on comprend pourquoi elle mérite excellemment le nom de scolastique tout court.

§ 2. — L'ancienne scolastique

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