‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 36 sur 69 · JEAN DUNS SCOT · texte numérisé non relu

JEAN DUNS SCOT

S. Thomas des débuts de renseignement de Dims Scot, Henri de Gand (mort en 1293) i), Godefroid de Fontaines (mort après 1303) 2), Gilles de Rome (mort 131 6) 3), et d'autres sont des personnalités éclectiques.

Le plus voisin du thomisme est Godefroid de Fontaines qui accentue l'intellectualisme, plus encore que Thomas d'Aquin, se sépare de lui sur la question de la distinction de l'essence et de l'existence, mais ne souscrit à aucune théorie augustinienne. Le plus original est Henri de Gand : en l'homme il y a une forme de corporéité et une âme spirituelle, mais dans toutes les autres substances, la thèse thomiste de l'unité des formes reprend ses droits ; certaines vérités sont connues par illumination divine ; essence et existence sont identiques ; la volonté est la faculté dominatrice de la vie psychique. Quant à Gilles de Rome, son éclectisme est plutôt le fruit d'une faiblesse d'esprit ; ses positions sont indécises et incohérentes.

§ 5. — Jean Duns Scot

7g. Jean Duns Scot (1266 ou 1 274-1 308) 4), professeur à Oxford (1294), à Paris (1304) et à Cologne (1308) devint le chef d'une puissante école, et traça un sillage nouveau où pendant plusieurs siècles tout l'ordre franciscain s'engagea. Il mit à la mode un péripatétisme sid geiieris, qu'il sut rendre original, même dans les théories de l'ancienne scolastique qui survivent dans sa philosophie.

Scot est un esprit critique d'une force peu commune, et un démolisseur de systèmes. La partie positive et constructive de sa philosophie est moins apparente que la partie négative et critique. Scot accentue à l'extrême la séparation de la théologie et de la philosophie. Reprenant d'Avicebron, dont il se réclame, une théorie que ses prédécesseurs rattachaient à

i) Somme théologique ; Oiiodlibet,

2) Ouodlibet.

3) Ouodlibet, de ente et essentiel, de regimine principum, de partibus philosophiez essentialibus.

4) Commenlaires d'Aristote, Opus Oxoniense, de rerum principio, theoremata, Reportata Parisiensia, Ouodlibet.

S. Augustin, il établit dans tout être contingent la composition de matière et de forme. La matière, élément commun d'indétermination f;;/â;/^A'/«/>/7W0/r/;//<7:j, est revêtue d'unité réelle, mais non numérique, car chaque être a sa matière (contre Avicebron). Scot admet aussi la pluralité des formes ; celles-ci sont hiérarchisées, elles sont une même chose mais suivant d'irréductibles « formalités », car une distuictio/or??ialis a pxrte rei les sépare. Cette distinction célèbre porte dans une même substance individuelle sur des formalités ou réalités qui y sont réalisées indépendamment de tout acte intellectuel. Dans la nature l'individu seul apparaît et disparait, et les formalitates y sont unies de telle façon que l'une constitue une miité d^ individu avec toutes les autres, « de même que la forme spécifique du blanc ne forme qu'un avec la nature de la couleur ». Scot reporte la distinctio formalis a parte rei en théodicée. En psychologie, il admet, outre la connaissance abstractive, une connaissance intuitive, quoique confuse, de l'être concret, et affirme la supériorité de la volonté sur l'intelligence. Outre l'âme intellective, il existe en l'homme une forma corporeitatis qui confère au corps sa perfection organique. L'immortalité de l'âme ne peut être démontrée par les arguments péripatéticiens.

C'est dans le « formalisme », qu'il faut chercher la physionomie propre, l'originalité, et la clef de voûte de la philosophie de Duns Scot. Le formalisme nuance les doctrines péripatéticiennes, et imprègne tout le système. Par là aussi, Scot ne prend pas seulement position contre S. Thomas, mais encore contre les représentants de l'ancienne école franciscaine. Grâce à de fines analyses, la métaphysique de Scot demeure une philosophie de l'individuel, et le problème de la multiplicité des éléments objectifs ou realitates est une façon d'interpréter le réel dans un même être singulier. Entre Scot et Thomas d'Aquin la distance est du coup fort diminuée ; et il en est de même sur plus d'un autre domaine où jusqu'ici on avait exagéré les divergences doctrinales des deux princes de la scolastique médiévale.

L AVERROISME LATIN 6 I

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