LES PHILOSOPHIES NOUVELLES DE LA RENAISSANCE
l'être comme tel la triple primauté de l'agir, du savoir, et de l'aimer.
2) Les sciences secrètes (cabale, astrologie, magie, alchimie) constituent le fonds du naturalisme d'un groupe de médecinsphilosophes, tels Paracelsus (1493-1541) i) et Cardanus (1501-1576) 2).
3) Le naturalisme panthéiste. Le monde sensible est un prolongement de Dieu ; la nature est déifiée. Il est un devenir extérieur de Dieu, comme la Ste Trinité est son devenir intérieur. Les êtres particuliers de ce monde sont dus à l'action de la lumière et de la chaleur (Telesius) : telle est l'idée directrice de la philosophie de la déchéance divine, qu'on trouve chez Patritius (1529-1597) 3). Quant à G. Bruno (1548- 1600) 4), il enseigne l'immanence adéquate de Dieu dans l'univers, et recourt à la théorie de l'âme du monde pour expliquer la diversification des êtres particuliers, « accidents » de la substance unique.
loi. La philosophie du droit naturel et social. Thomas Morus et H. Grotius. — L'éveil des nationalités, l'étude des formes politiques de Rome et de la Grèce, le souffle d'indépendance qui agite les Etats, donnent l'essor à une philosophie du droit public, basée sur l'étude de l'homme. L'initiateur de ces théories nouvelles est l'anglais Thomas Morus (i 480-1 535). Son ouvrage sensationnel 5) d'une part le rattache au platonisme italien, d'autre part refiète exactement les aspirations nouvelles de son siècle (indépendance de l'Eglise et de l'Etat, et indifférence de l'Etat vis-à-vis des Eglises).
Ces principes sont supérieurement exposés et S5^nthétisés par Hugo Grotius. Né en Hollande, dans un pa3^s 011 les guerres de religion avaient conduit à l'indifférence religieuse, Hugo de Groot (i 583-1 645) 6) peut être considéré comme le législateur du droit naturel et social de la Renaissance. Il proclame le droit de natjire (jus naturale) ou l'ensemble des droits imprescriptibles que découvre l'étude rationnelle de la nature humaine ; il cherche l'origine de la société dans le
1) Opus parauiirum, de iiatura reruin.
2) De varietate reriim, de subtilitate.
3) Nova de universis philosophia.
4) De monade numéro, et figura ; Dell^ infinito, universo e dei mondi.
5) De optimo rei publicœ statu sive de nova, insîila Utopia.
6) De jure belli et pacis.
'](y PRÉCIS d'histoire DE PHILOSOPHIE
contrat social ou la libre volonté des individus érigeant l'Etat pour eux ; il reconnaît au peuple le droit de déléguer sa souveraineté, — délégation qui pour les uns sera révocable (germe de la théorie de la révolution), pour les autres irrévocable. Enfin, il établit une cloison étanche entre le droit humain (rationnel) et le droit divin (révélé), proclamant l'indifférence religieuse de l'Etat.
io2.La philosophie et la mystique protestantes. — Les discussions théologiques que provoqua la Réforme eurent leur répercussion sur la philosophie. Le principe directif de la théologie protestante est l'interprétation individuelle des Ecritures et du dogme. Or, si chacun se fait sa dogmatique, il ne lui sera pas malaisé de l'harmoniser avec une philosophie, choisie non moins librement. De là les formes diverses et souvent contradictoires des systèmes philosophiques du protestantisme naissant (néo-platonisme, stoïcisme, aristotélisme, mysticisme panthéiste).
Luther (148 3-1 546) n'est pas un philosophe, mais sa dogmatique implique une philosophie. Certains de ses disciples ont voulu établir les harmonies de la raison et du dogme réformé. Les principaux sont Zwingli et Mélanchton. Le grand réformateur suisse ZwiNGLl (1484-1531) est un humaniste fervent. Pour étayer sa dogmatique et sa théorie de la justification et de la sainteté, il recourt au néo-platonisme et au stoïcisme, qui l'un et l'autre lui apprennent l'immanence panenthéiste, et la déification de l'homme régénéré par le souverain bien. — Quant à Mélanchthon (1497-1560), ce n'est pas un esprit créateur, mais un compilateur d'Aristote au service de la théologie protestante. Encore son péripatétisme est-il mélano^é d'éléments platoniciens et stoïciens. Ses manuels sur la Dialectique, la Physique et l'Ethique d'Aristote, remarquables par leur ordre et leur clarté, ont valu à leur auteur le titre de prœceptor Germaniœ.
L'idée panthéiste, déjà affirmée par Zwingli, domine l'anthropologie mystique de Sébastien Frank (1499- 1542) i) et surtout la philosophie de Jacob Bôhme. Elevé en dehors des livres et de l'humanisme, Jacob Bôhme (1575- 1624) 2) conçut une philosophie mystique, dont l'originalité consiste
i) Piiradoxii. de arbore scientiœ boni et mali.
2) Aurora (i6io), Vierzig Fragcn von der Seele^ Mysterium magnum, von der Gnadenuahl.