CHAPITRE I La philosophie antésocratique
(depuis Thaïes de Milet, au VIP s. jusqu'à Socrate au V^ s. av. J.-C.)
10. Caractères et subdivision. — Les premiers philosophes grecs se bornent à l'étude du monde extérieur, le noiiinoi, et négligent l'aspect psychologique des problèmes qu'ils abordent.
Deux questions principales se posent : les changements ou la succession des êtres, et la détermination de ce qu'il y a de stable à travers ces changements. De ces deux problèmes, le second domine chez les premiers philosophes grecs (Vue et vr s.). Plus tard, on se préoccupa avant tout de la succession phénoménale des êtres. Ce fut Heraclite (v^ s.) qui changea l'orientation des études cosmologiques. — De là deux groupes d'écoles : un premier groupe comprend les anciens Ioniens jusqu'à Heraclite, l'école pythagoricienne, l'école d'Élée; le second groupe, l'école atomistique.
11. Le premier groupe des écoles antésocratiques. — Les anciens ioniens cherchent le fond des choses dans un principe concret. L'eau pour Thalès de Milet (vers 624-548/5 av. J.-C.j, la matière infinie (dTreipov) pour Anaximandre de Milet (vers 61 1-547/6), l'air pour Axaximèxe de Milet (vers 588-524), l'air doué d'intelligence pour DiOGÈNE d'Apollo- NIE est l'élément cosmique dont la fluidité et la mobilité sont susceptibles d'expliquer le devenir de toutes choses.
12. Pythagore. (vers 580 570-fin du VT s. ?), de Samos se transphuita en Italie. Ses nombreux voyages, et notamment son séjour en Egypte, ne sont pas démontrés. Sa doctrine marque la transition entre l'enseignement des ioniens et celui des éléates. Tout se réduit à des nombres ; le nombre est la substance \\\^vi\Q (S.Q% choses, et toutes choses naissent de lui, chaque être n'étant qu'une harmonie déterminée, c'est-à-dire une mi.\tion fixe (\\\ pair et Y impair.
LA PHILOSOPHIE ANTESOCRATIOUE J
Pythagore fît école. Ses adeptes ne furent pas seulement des philosophes et des hommes de science, mais des moralistes et des mystiques soumis à des initiations.
13. L'École d'Klée identifie le réel avec l'être abstrait^ universel, doué des attributs logiques de l'unité, de l'éternité, de l'immobilité. Le phénomène changeant n'est qu'une illusion des sens. Cette conception catégorique apparaît avec Parmé- NIDE (né vers 544-540) i). Tout est, rien ne devient ni ne cesse d'être. L'être n'a ni passé ni devenir ; le vide n'existe pas car il introduirait la division dans l'être.
ZENON d'Elée est le polémiste de l'école. Il défend la théorie, en montrant les contradictions de ceux qui s'abandonnent au témoignage du sens vulgaire. Ses arguments contre la pluralité et surtout contre la possibilité du mouvement sont restés célèbres.
14. LrC deuxième groupe des écoles antésocratiques. — comprend : 1° le dynamisme ionien, ow les théories défendues par la nouvelle école ionienne depuis Heraclite; 2° les théories fuécanistes : a) d'Empédocle ; h) de l'école atomistique; c) d'Anaxagore 2).
Le système d'HÉRACLiTE (vers 535-475)3) estime forme originale àQ phêno7nénisme , de dynamisme ç^\. à^ panthéisme. Tandis que pour Parménide rien ne change, pour Heraclite tout change. Le flux perpétuel a son symbole dans l'élément mobile par excellence, le feu. Un principe d'activité interne anime l'écoulement incessant des phénomènes ignés ; le devenant est prificipe de son devenir. Enfin, le feu est doué d'unité et d'intelligence.
Empédocle d'Agrigente (vers 495-435) 4) acccueille dans sa physique les idées organiques du mécanisme, mais celui-ci n'apparaît adéquatement que dans l'école d'Abdère dont Leucippe est le fondateur, et Démocrite (vers 460-370) 5) le représentant le plus autorisé. La masse matérielle se compose d'une multitude innombrable de corpuscules qualitativement ho7?iogènes (atomes), se différenciant par leur forme et leur grandeur, et dont la combinaison explique tout le devenir cosmique. Le
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2) Sur le dynamisme et le mécanisme en général, v. Cosmologie.
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4) TTepi Oùaeuuç ; KaOapiuoi.
5) Méyaç et |uiKpôç bîaKoaiuoç.
mouvement atomique est tourbillonnaire et résulte de l'existence du vide et de l'action de la pesanteur. La psychologie de Démocrite n'est qu'un chapitre de ce mécanisme physique. L'âme de l'homme, tout comme son corps, constitue un assemblage d'atomes, plus subtils et plus légers. La sensation et la pensée sont des vibrations d'atomes ; elles sont provoquées par des émanations matérielles des objets, traversant le milieu extérieur ets'introduisantdansnos organes (théorie des images atomiques). Anaxagore (vers 500-428 av. J.-C.) i), autre adhérent du mécanisme, considère la matière comme un mélange originel de particules constitutives de toutes les substances de l'univers. Aristote a appelé ces minuscules parties des homoeoméries. Dans tout il y a des parties de tout. Le principe du mouvement qui détermine les diverses combinaisons de matière, correspondant aux divers corps, est un être immatériel, intelligent.
15. Les sophistes. — Les physiciens avaient concentré leur attention sur le monde extérieur, sans tenir compte du sujet connaissant. Un groupe de polémistes s'empara du système auquel s'étaient arrêtés les physiciens les plus en vogue, pour montrer qu'il mène à la ruine de toute science : on les appela sophistes. Leur scepticisme n'a pas de valeur absolue, puisqu'il n'est inspiré que par la philosophie d'Heraclite ou celle de Parménide.
Les principaux sophistes sont Protagoras (né à Abdère, vers 480) et Gorgias (480-375).
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