BERKELEY ET HUME
Ces illogismes font du système de Locke un système de transition : le sensualisme objectiviste évolue vers le sensualisme subjectiviste, et celui-ci est érigé en système par Berkeley et Hume.
121. Les associationistes. — L'association des «idées», ou la transformation des représentations simples en représentations complexes, dont on trouve des traces chez Locke et d'autres, ne tarde pas à fournir le thème de recherches spéciales.
Celles-ci sont purement psychogénétiques à leur début : P. Brown (mort en 1735) étudie la formation des représentations, Gay celle des volitions. David Hartlev" (1704- 1757) i), le père de la psychologie associationiste en Angleterre, généralise la théorie, et recherche la correspondance des antécédents physiologiques et des conséquents psychologiques, tout en affirmant l'irréductibilité des deux groupes. Avec J. Priestley (1733-1804) 2), l'associationisme devient matérialiste, et professe l'homogénéité de l'état ph3"siologique et de l'événement conscient. Priestley essaie de concilier ses doctrines psychologiques et ses cro3^ances religieuses par la thèse des deux vérités (cf. l'averroïsme, 80).
122. George Berkeley (1685-1753) 3)évêquedeCloyne, part de la théorie de Locke sur l'origine de nos représentations et professe à l'endroit de leur certitude un subjectivisme caractéristique : le monde extérieur, ou l'ensemble des qualités secondaires et primaires que nous attribuons à des choses extramentales, n'est qu'un tissu de représentations mentales. Esse est percipi. Toutefois il existe des esprits, sujet de ces représentations. Et notamment Dieu existe ; il est le garant de l'actualité de nos représentations (cf. Malebranche), de leur ordre et de leur finalité.
123. David Hume (1711-1776) 4), né à Edimbourg où il écrivit divers ouvrages, ne réussit pas d'abord à attirer l'attention sur sa doctrine. Mais plus tard celle-ci se répandit en Angleterre et en France. Un voyage qu'il fit à Paris (1763)
i) De molli , sensus et ideariuii ^eneratione.
2) Hartley's theory of hiiman mind on the principles of association ofideas.
3) Treatise on the principles of human knowledge.
4) Treatise on hiiman natter e.
OÙ il se rencontra avec J.-J. Rousseau, fut un triomphe pour lui et sa philosophie.
Hume répartit les représentations conscientes en iinpressio?îS (représentations originelles) et idées (copies ou images affaiblies des impressions). Les unes et les autres sont de purs événements psychiques, qui donnent la certitude de leur existence en nous, mais ne peuvent rien nous apprendre sur l'extérieur. Elles s'associent entre elles suivant une triple loi naturelle : loi de contiguïté dans l'espace et le temps ; loi de ressemblance et de contraste (Hume y rattache la critique de la notion de substance) ; loi de causalité. — Xon seulement la substance extérieure (Berkeley), mais encore le moi se réduit à un faisceau d'impressions, et Dieu ne peut être démontré. Plus logique que Berkeley, Hume prononce la condamnation de toute métaphysique. La science humaine est un département de l'idéologie, rien n'étant en dehors de nos états psychiques. Les conséquences funestes de la doctrine de Hume, en matière de morale, de droit et de religion firent taxer son système de scepticisme et d'athéisme. Elles provoquèrent une réaction.
124 Réaction contre le sensualisme. L'école écossaise.— Le sensualisme naissant rencontre une vive opposition en Angleterre de la part des mystiques et des platoniciens de. l'école de Cambridge : Samuel Parker (f 1688) et surtout Ralph Cudworth (1617-1688), qui opposa au matérialisme la théorie de la finalité et l'innatisme de l'idée de Dieu.
Plus large dans ses effets fut la réaction des philosophes écossais. Elle se porta principalement sur le terrain idéol'ogique, à rencontre de Berkeley et de Hume. Aux doctrines sensualistes et subjectivistes on opposa une théorie innatiste et dogmatique : il existe originellement en nous des juge;fie7its instinctifs, dont l'ensemble forme les vérités de sens commun, et ces jugements ont une portée objective réelle. Ils ont pour objet principal les principes d'ordre moral , social et religieux. Le fondateur et principal représentant de l'école est Thomas Reid (1710-1796) i). S'y rattachent Adam Ferguson (1724-1816), J. OswALD (mort en 1793) et surtout Dugald Stewart (1853-1828) 2), dont les doctrines
I ) Inquiry into the human mind on thc principiesi ofcoinmon seyise ; Essays on thc poweys of the human mini,
2) Eléments of the philosophy of human mind.