‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 55 sur 69 · L ECOLE ECOSSAISE · texte numérisé non relu

L ECOLE ECOSSAISE

jouiront d'un grand crédit sur les spiritualistes éclectiques, principalement en Amérique et en France.

125. La morale et le droit naturel. — Les études de psychologie retentirent sur les systèmes de morale et de droit naturel. Ces systèmes sont en rapport avec le sensualisme de Hobbes, soit qu'ils le combattent, soit qu'ils le développent.

i) La réaction contre Hobbes. Le « selfîsh System» de Hobbes (114) suscite de vives oppositions : les philosophes de l'école de Cambridge revendiquent l'existence d'une loi morale innée, et basée sur des tendances à la fois altruistes et égoïstes ; — un groupe de partisans de la morale sentimentale tiennent que le bien est l'objet d'un sentiment inné et qu'il faut le vouloir pour lui-même. Sh/^ftesbury (1671-1713) i) identifie le senti ment du bien avec la jouissance esthétique. Ce goût moralinné, Butler (1691-1752) l'appelle conscience, Fr. Hut- CHESON (1695-1747), goût esthétique 2). Non moins vivement s'élève contre la morale du plaisir Samuel Clarke (1675- 1727) 3), le correspondant de Leibniz, qui cherche le fondement du bien dans la correspondance de nos actions avec la nature des choses.

2) U application du sensualisme à la morale. L'utilitarisme égoïste en est la première forme : l'intérêt individuel est le ressort unique de la vie individuelle et sociale (Mandeville, 1670-1733)4) ; la morale devient une arithmétique du plaisir égoïste (Bentham, 1748-1832) 5), un calcul des divers éléments du plaisir et de leurs combinaisons.

Une seconde forme apparaît dans l'utilitarisme altruiste, qui tient compte de la sympathie pour la jouissance et la douleur des autres : Adam Smith (1723-1790)6) en est le principal représentant.

Ces deux courants d'utilitarisme se perpétuent dans la morale anglaise du xix*^ siècle.

i) Characteristics of mcn, manners, opinions and times.

2) A côté de ces esthéticiens moralistes se développe une lignée d'esthéticiens sensualistes, réduisant le beau à une sensation agréable. Citons Home (1696-1782) et BuRKE (1730-T797).

3) ^ denionstratioji of the being and attributes of God.

4) The fable of the bées, or privât c vices niade public benefits.

5) Introduction to the principies of moral and législation.

6) Theory of moral sentiment.

126. Le théisme ou déisme. — Renchérissant sur la Renaissance qui avait abouti à rindifférentisme et à la tolérance en matière de religion (103). le théisme ou déisme i) anglais fait la critique de toute religion positive, et, au nom d'un sens religieux inné, édifie une religion naturelle et philosophique qui se réduit à un ensemble de thèses rejatives à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme. Herbert DE Cherbury (1581-1648) est l'initiateur de ce mouvement auquel appartiennent J. Toland (1670-1722)2), Tindal (1656-1733) 3), lord BoLiXGBROKE (1672-1751).

Au théisme nous rattachons les remarquables essais tentés au XVIIP s. pour concilier la théorie de la finalité du monde (à laquelle tout théiste est favorable) et le mécanisme scientifique universellement admis depuis Galilée et Kepler, tant par les cartésiens que par les empiristes anglais. Newton, qui par sa théorie de la gravitation universelle renforça la thèse mécaniste, se fit en même temps le défenseur de la théologie cosmique. Il se rencontra dans cette voie avec Leibniz ; et on vit deux des plus beaux génies du xviP s. s'accorder pour rabattre les prétentions excessives du mécanisme.

§ 4. — La philosophie fra?7çaise au XVIII sic de

127. Résumé. — Rapidement altéré par des transformations profondes {§ 2), le cartésianisme ne se rencontre plus en France, au xvilP s., comme système intégral. Des théories cartésiennes qui ont survécu, celle du mécanisme universel est la plus influente et la plus durable. — Par contre, la vie philosophique est largement tributaire du sensualisme anglais, surtout depuis que Voltaire s'est chargé de le vulgariser. Ce sensualisme français n'apparait pas seulement sous ses formes théoriques (surtout le matérialisme), mais il se démocratise et pénètre les masses : par ses applications à la religion d'une part, à la morale et la vie sociale d'autre

1 ) I a distinction entre tlicisme 011 déisme n'est pas uniformément fixée. On emploie plus volontiers le terme déisme quand il s'agit du rationalisme religieux des philosophes anglais et français du xviiie s.

2) Christianity no mysicrious.

3) Christianity as, o!d a< thc création

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