‹ Précis d'histoire de philosophieChapitre 56 sur 69 · LE SENSUALISME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE SENSUALISME FRANÇAIS

part, il déchristianise le peuple et prépare la Révolution de

128. Le sensualisme théorique. — Avant d'aboutir au matérialisme le plus entier, le sensualisme revêtit quelques formes nitermédiaires entre le subjectivisme et le dogmatisme.

1° Z^ sensualisme non matérialiste, de Condillac (171 5- 1780) I) fait de la sensation externe l'événement primordial qui, sans changer de nature, engendre les états conscients les plus complexes (comparaison de la statue). Sa doctrine sur la valeur critériologique des sensations est un alliage bizarre de sensualisme subjectiviste (les qualités sensibles n'ont pas de réalité) et dogmatique (objectivité des déterminations spatiales) et même de spiritualisme (l'âme n'est pas matérielle). On rencontre des contradictions similaires chez Charles Bonnet (1720-1793) 2).

2° Le sens^ialisme matérialiste, qui fut dominant en France au xviiie s.^ enseigne que toute connaissance vient des sens et que toute réalité est matière. Ces théories avec tout le cortège de leurs applications, se font jour :

a) Dans l'ouvrage sensationnel de J. DE la Mettrie (1709- 175 1), Uhormne-machine. Il n'existe que de la matière douée de mouvement. Le fait psychique n'est que le prolongement du fait nerveux. Les activités humaines sont fatalement réglées par les lois de la mécanique. Ame, liberté, Dieu, sont des chimères ; la religion est un mal ; l'état athée de Bayle, l'idéal de la société ; le but de la vie, le plaisir égoïste dont il faut le plus jouir, car après « la farce est jouée ».

h) Dans un grand nombre d'articles de 1' « Encyclopédie » ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers », qui parut de 1752 à 1772, sous la direction successive de d'Alembert (1717-1783) 3), et de Diderot (1713- 1784) 4). Les encyclopédistes s'octroyaient eux-mêmes le titre de « philosophes. »

c) Dans le « S)^stème de la Nature », qui parut sous le pseudonyme de Mirabaud en 1770, mais est principalement

i) Essai sîir l'origine de la connaissance humaine ; Traité des sensations.

2) Essai de psychologie, Palingénésies philosophiques,

3) Auteur du Discours préliminaire.

4) Pensées philosophiques; Pensées sur V interprétation delà nature. Entretient de d'Alembert et de Diderot.

l'œuvre du baron d'Holbach (1723-1789). Cet ouvrage a été justement appelé la Bible du matérialisme.

d) Dans les théories mécanistes d'un grand nombre d'hommes de science — tels Fontexelle (1657-1756) i), Buffon 2), J. B. Robinet (1735-1820). Le débat entre mécanistes et « cause finaliers » — le mot est de Voltaire — remplit les controverses scientifiques et populaires, et se rattache au culte passionné que tout le xviir s. a voué à la nature.

129. La philosophie religieuse. — La philosophie française du XVIIP s. fit siennes, en les accentuant, les critiques inaugurées par le sensualisme anglais, au nom de la raison, contre les religions positives ; et voilà comment la haine du catholicisme fut alors la note dominante de toutes les formes de. philosophie religieuse.

i" Le scepticisme religieux. Pierre Bayle (1647-1706J, auteur du « Dictionnaire historique et critique », pose en thèse que toute théorie religieuse est et doit être antirationnelle, non seulement le dogme révélé, mais encore toute doctrine de religion naturelle. Bavle était crovant et souscrivait à la thèse des deux vérités. Son influence fut désastreuse, beaucoup de ses successeurs ne devant retenir que le brevet d'absurdité délivré à toute croyance religieuse. C'était la scission complète de la religion et de la raison. Par contre, si la religion est absurde, la morale est rationnelle, et un état d'athées est possible.

2"" Le théisme. Bien que Voltaire soit avant tout un polygraphe souvent superficiel, il occupe une place dans l'histoire de la philosophie comme représentant du théisme. Voltaire (1694- 1778) 3) vulgarise les idées de Locke et se rattache par plus d'une théorie au matérialisme, quitte à se contredire en de nombreux points. Après avoir entrepris la démolition sectaire de toute religion positive, principalement du catholicisme, il élabore une doctrine incohérente sur Dieu dont il fait ^ varier la nature d'un ouvrage à l'autre. \

i) Entretieyi sur la pluralité des inondes.

2) Histoire naturelle générale et particulière,

3) Lettres sur les Anglais, Éléments de la philosophie de Neîi'toji mis à la portée de tout le monde. Candide ou sur l'optimisme. Dictionnaire philosophique qu'il entreprit après s'être brouillé avec les auteurs de l'Encyclopédie à laquelle il collabora d'abord.

Page 1