LIVAE III. CHAPITRE I. IO
Le roi n*y perdit clans le fond qu'une vaine créance, tandis que le peuple, délivré désormais des persécutions des receveurs ; reçut avec reconnaissance, et comme un don, la remise de ce qu'il ne pouvait pas payer.
En 166^5 peuple fut soulagé de trois millions.
£n 1664, Coibert remboursa une grande partie des rentes sur Thotel de ville. Cette même année une multitude d offices furent abolis.
Mais à partir des années 1666 et 1667, les tailles augmentèrent, parce quil fallait subvenir aux trais de la guerre de Hollande. Depuis lors le peuple n éprouva plus guère de soulagement. Toutefois les finances se maintinrent en bon ordre jusqu'en 168 1 . Gr&ce auxamé* liorations apportées par Coibert, et grâce à la surveillance active qu'il exerçait sur les moindres parties de Tadministration y le trésor se trouvait rempli et pouvait sub-> venir à toutes les dépenses. On n était pas obligé de contracter des dettes, ni d'empiéter sur les recettes des années suivantes. Mais les dépenses occasionnées par la prolongation de la guerre et la nécessité de créer une marine, finirent par ne plus être en proportion avec les ressources de l'État. Ën 1681 , Coibert déclare qu'il serait utile de réduire les dépenses à soixantehuit millions , mais les dépenses effectives montèrent à cent trente-quatre. Dès lors ou empiéta sur les années suivantes, et il est hors de doute que Coibert lui-même n'eût pu lutter contre les calamités financières des dernières années du règne de Louis XIV.
En t6y4j 1^ pénurie d argent obligea pour la première fois Coibert de recourir à un genre d'emprunt séduisant pour le préteur, mais dangereux pour 1 État. Une caisse fut établie où Ion pouvait déposer ses deniers pour le temps qu'on jugeait convenable , avec intérêt de cinq pour cent pendant la durée du dépôt. Cette caisse fut d'une grande utilité pour soutenir la
Dig'itized by
^lO HISTOiaB BBS TEVÊB& MODBAKBS.
guerre de Hollande. A la ])ai\- de Nimègue, les fonds cléposés montaient à quatorze millions.
Toutefois ce fM arvec une extrême répugnance qpie Oolbert euK mcoms aux «mprmits , dont Loutoîs au
contraire semontrait partisLiUjaim de pouvoirplus facilement mettreà exécution les grands projets deconquéte
3u'il avait fait adopter à Louis XIV. Celui-ci, avant e se déterminer entre ses deux ministres, fit intervenir dans cette discussion le premier président du parlement de Paris, M. de Lamoignon, qui pencha pour l avis de Louvois. Colbert lui dit en sortant de cette conférence : « P^ous triomphez^ mais nnms en repofidrez à ia nation et h In postérité. «
Cependant la sage résistance de Col])ei t ne fur pas sans effet. Elle prévint une exagération immodérée de la dette publique, et un accroissement exorbitant de la force armée, qui n*eut lieu qu après son minis* «ère. Uannée k plus dispendiense de la guerre de lluliaiide ne coûta que cent dix millions, tandis que ^ans la guerre de 1689, il y eut des années qui coûté» mit jusqu'à cent quatre-vingts millions*
Tels sont les faits les plus importants relatifs à la réforme financière de Colbert. Nous terminerons •^n rapportant le plan de dépeîise tracé par Colbert en 1666 , et adressé à Louis Xi Y. 11 fera connaître omibien Colbert prenait à cœur les intérêts bien entendus de )a France, et «vec quelle liberté il osait s'exprimer devant un souveiaiii plus habitue a ia llatterie qu'à la franchise.
'ft Votre Majesté a quatre sortes de dépenses à faire; « la première et la plus nécessaire de toutes présente* «ment, est la guerre de mer; la seconde, les affaires «étrangères; la troisième, la i^merre déterre; la qua- «trième, les dépenses du dedans du royaume, les plai- .«eirs et les divertissements de Votre Majesté.
« le suis peiisuadé. Sire, que les deux premières
«doivent marcher d'un pas égal, à Texcihision, satiS «difficulté, des deux autres, qui ne doivent subsister «que des restes, pour ainsi dire, de ces deux premières.
w La troisième doit aussi sîibsister, s'il est possi})le; « inaH comme elle doit avoir longtemps la préiereuce «tmr toute autre, «Ile pemtbien souffrit quetque dimi* «nuiîon dans un temps où elle tiest pas nécessaire,
« La (jiiatiiènie doit souffrir toute la rii^ueur des « retraiichenieiits et de tonte l'économie possible, par «cette belle maxime ; qu'il faut épargner cinq sous aux « èhoses non nécessaires , et jeter les millions quand il « e^ question de votre gloire. »
I1VDUSTRIE ET COMMERCE. — Pour protégcT le commerce et l'exportation des produits de l'industrie française, Colbert songea avant ioirt à mettre la marine sur un pied respectable.
'Les bois avaient formé autrefois une partie trèsconsidérable des revenus du domaine. Mais Tabsence de toute police, ce qui est ordinairement la suite des maifaeurs publics, avait presque anéanti ce genre de reasowces. Les particuliers s'en étaient approprié une partie; le reste, mal gardé, avait été pillé ou dégradé, faute de soins et dVntretien. En 1661, des personnes eaLpérimentées furent envoyées dans les provinces, pour procéder à la réforme générale des eaux et forêts , régler les coupes et généralement tout ce qui concerne la police. L aiiuée suivante, les officiers t barges de veiller à cette partie furent obligés de résiden dans leurs départements.
Quarante sous de gratification forent accordés par ^obaque to^nedru à tout kàthnent français, momépar
un équipage frauçais, qui partirait pour fa i^altique, A condition de revenir à pleine charge de goudron, OU de bois propre à la construction. O règlement avilit pour mit de fiiire faire par les natidnatrx une branche de commerce qui s était trouvée jusqpe-là
112 HISTOIRB DES TEMPS HODI^RNES.
entre les mains des étrangers et surtout des Hollandais.
En 16649 ^^^^ 1^ compagnie des Indes, pour ôter aux Anglais et aux Hollandais le monopole qui pesait sur tons les objets qui venaient de ces contrées lointaines. Tous les ordres de lÉtat furent invités à y prendre intérêt* Afin de laisser aux officiers des cours souveraines la possibilité de contribuer à cette entreprise, on les dispensa de payer aucune des taxes auxquelles ils étaient astreints ponr être cou tin nés dans leurs charges. Le roi avança quatre millions , sur lesquels il voulait que les frais retombassent, en cas quil y en eut, almndonnant le profit aux intéressés.
Colbert songea aussi à transplanter en France l'industrie (les étrangers, à faire en sorte que la France cessât d'être tributaire de 1 industrie des autres peuples. Des manuiacturiersi attirés de tous côtés par des récompenses , fondaient dans nos provinces des maisons de travail qui répandaient partout Taisance. En i665, les van Robais vinrent s établir à Abbeviile et y fondèrent une manufacture de draps de Hollande. Les manufactures de draps et de serge;», les tanneries et les corroierîes, furent augmentées et perfectionnées; les points de Gènes et de \enise importés en France; les manufactures de glaces, les métiers à faire des bas, dérobés à l'Angleterre en i656, par deux négociants de Nîmes. Les fonderies et batteries de cuivre et d airain battu, la fabrique du fer-blanc, celle des cordages, des toiles à voiles, épargnèrent bientôt de grandes sommes à la France.
Colbert avait des agents chargés de prendre des infor^ mations exactes sur l'état commercial et sur les ressour* ces des autres peuples. Forbonnais nous a conservé un mémoire du roi daté de l'an i66g, sur ce que les con^ suis de la nation françoisey établis dans les pajr^ étrangers y doivent observer pour en rendre compte à
LIT&B IIX*. GHAPriRB I.
Xl3
Sa Majesté par toutes les 0€easions..^ïïyo\ci quelques passages :
" Sa IMajesté veut qu'ils observent soigneusement la forme du gouvernement des villes où ils font leur résidence, ensemble de tout le pays circon voisin ;
« Et comme leur principale occupation doit être le commerce, Sadîte Majesté -veut qu ils s'informent avec soin de toutes les denrées et marchandises qui crois* sent dans le pays^
« Des manufactures qui s y font^
« Quelles marchandises Tiennent des pays étrangers, soit par mer, soit parterre...»
Forbonnais, qui a eu entre les mains les lettres écrites par Cnibert, et celles qu on lui adressait, nous a transmis des détails importants sur cette correspondance, qui avait toujours pour but des améliorations, soit dans le commerce, soit dans 1 industrie, la marine, les sciences, les lettres et les arts.
En 1669, il écrivit une circulaire à tous les ministres du roi à Tétranger, par laquelle il les invitait à lui faire part de tout ce qui pouvait concerner le commerce.
Voici quelques passages d'un mémoire qu'il remit à révéque de fiéziers, qui partait pour Tambassade d'Espagne :
« Il faut qu'il donne une entrée libre à tons les
marchands françois résidant à Madrid et autres lieux d Espagne, les accueille, les écoute tavorabiement, et fasse de vives instances pour les maintenir dans leur commerce.
« Sa Majesté estime qu'il seroit très-avantageux pour le commerce, qu api ùs que ledit sieur évéque de Béliers aura bien connu les talents de tous les marchands françois qui résident à Madrid ou dans les ports, il fît choix de deux, trois ou quatre des plus habiles pour les assembler chez lui une fois la se-
Il4 HISTOIRE DES TEMPS MODERNES.
tnakie^ et prendre Imt sms sur tout ce qm se pourrott
faire pour bonifier et augmenter le commerce des François.
« Il sera nécessaire que ledit sieur évéque de Béziers tienne ttne exacte correspondance ayec tous les con» suis françois qui sont établis dans tous les ports d'Espagne; quîl l(Mir ordonne de lui donner avis de tous les desordres qui arriveront sur le fait du com« merce (i)« »
Le commerce d*ï!spagne, dit Forbonnais, nous ^réfietite enciire un de ces expédients toujours siirs qu'employait Colberl pour réussir dans ses vues ; c'était Tattention à suivre la voix publique dans le <;boix des sujets , à les appeler sans attendre que la recommandation les fit valoir ou quiis formassent <des demandes. Cest ce que prouve une dépêcbe en date du 3 mai 1669 adressée au sieur Fermanel à liouen. La voici :
« Comme Ton a proposé au roi le sieur Catelan pour remplir le consulat de Cadix , et que Sa Majesté
ne veut point disposer de ces charges, si ce n'est en faveur de ceux qui se trouvent capables d en faire exactement toutes les fonctions, je vous écris ces lignes par son ordre, pour vous dire que son intention est que vous vous informiez soigneusement detous les marchands de Rouen qui ont leur commerce en Espagne , si ledit Catelan est capable de bien mener ledit consulat de Cadix, et s'il a toutes les qualités requises pctir les satisfaire et les bien protéger dans les différentes occurrences de leur commerce , et qu^ensuite Vt)tt5 m'en mandiez votre sentiment. Il sera bon aussi qu en même temps vous me marquiez à quoi montent les droits qne le consul de Cadix a ordinairement à prendre sur tous les vdsseaux pour sa subsistance , afin que j'en puisse faire mention dans les lettres de
(x) Extrait de i orbounais*
XaVKE JXX. CUAPiXAE I. 1 15
provision que j expédierai ci-aprés, et empêcher pafT ce moyen que celui qui sera pourvu de œ coo^uiat ne puisse faire aucune vexation (i)» »
Ces détails peuvent nous faire apprécier tout œ que firent Louis XIV et Golbert pour donner de l*flO^ tivité au commerce et à Tindustrie. Jamais des soins si attentifs et si vigilants n'avaient ete donnés à ces parties de l'administration , qu'on aidait regardées jusqu a* lors comme de peu dlmporlance, quelquefois méniK comme avilissantes.
Louis XIV essaya de détiuire ce préjugée, qui faisait r^arder le négoce et les spéculations commerciales comme l'apanage des gens die petit état» il voulut relever la dignité de eommerpmnt aux yeux de ses sujets. En 1669, il publia cet édit célèbre par lequel il déclare que le commerce de mer ne déroge point à la noblesse :
« Ix>uis, etc. Comme le comnrnce, et partioulièrement celui qui se fait par oker^ est fat sonree féconde
qui apporte 1 abondance dans les Eiats, et la répand sur les sujets à proportion de leur industrie et de leur travail 9 et qu'il n'y a point de moyen pour acquérir du bien qui fikt plus innocent et plus légitime; auséi a-t-il toujours été en grande considénition parmi les natioMs les plus policées, universellement reçu comme une des plus honnêtes occupations de la vie civile.*» Comme il importe au bien de nos sigets et à notre propre satisfaction d'effacer les restes d une opinion qui s'est universellement répandue , «jue le commerce maritime est incompatible ave<: la noblesse et qu il en détruit les privilèges, nous avons estimé à propos de faire entendre notre intention sur ce sujet, et de dc^ clarer le commerce de mer ne pas dàroger à noblesse, par une loi qui fût rendue publique et généralement
(i) Ibid.
Il6 HISTOIRE B£S TEMPS MODERNES.
reçue dans toute l'étt luhie de notre royaume. A ces causes... nous avons dit et déclaré, et par ces présentes, signées de notre main, disons et déclarons, Toulons et nous plait, que tous gentilshommes puissent, par eux ou par personnes interposées, entrer en société et prendre part dans les vaisseaux marc hands, denrées et marchandises d'iceiix, sans que, pour raison de ce, ils ne soient censés ni réputés déroger à la noblesse, pourvu toutefois quils ne vendent point en détail. »
Chose étrangle! au moment même oii le gouvernement fran^is seiiorçait de combattre et de dé* traire le préjugé nobiliaire contre le commerce, le roi d'Espagne semblait prendre à tâche de le raviver par une mesure incroyable, si elle n'était atteste e par les témoignages les plus respectables. Le passage suivant, que nous croyons devoir emprunter à la savante dissertation de M« Weiss sur les causes de la décadence de l'industrie et du commerce en Espagne au dixseptième siècle, ne laisse aucun doute sur ce poinr.
« A 1 époque où Louis XIV rendait cette ordonnance célèbre, par laquelle il déclare que le commerce maritime ne déroge pas à la noblesse y Charles II signifiait aux marchands français, génois, flamands et portugais, qui résidaient à Madrid, de clianger de demeure et d aller loger à l'avenir dans la rue d'Atocha. Ceux
Îui n'obéiraient pas à cette ordonnance dans le délai un mois, étaient menacés devoir leurs marchandises confisquées au profit du roi. L'ambassadeur de France réclama en vain contre cette ordonnance étrange. Il eut de la peine à obtenir une prolongation de deux mois du terme fixé (i^. »
faut-il s étonner si le commerce français prit alors un
(i^ Des causes de la décadence de l'indiisirie et du commerce en Espagne au dix-sep lieme siècle, par M. Weiss,