LIV&E III. CHAPITRE II
pnSftider au ciike Iprsqu oq se sentait inspiré par Saint-Esprit. Ce parti, quon appelait la secte des indépendants ou des nivelcurs , avait pour chef Cromwell. 11 sentit que, ^our arriver au pouvoir^ il £iUait qu il s'emparât de 1 armée^ et il y parvint pa^ une rose singulière. L*araiée était commandée par des' généraux et par des officiers presbytériens qu'il était impossible d écarter par la violence. Tout à coup Oomweil et ses afïiAiés déclarent que les puissants psolongjent à dessein la guerre. Les prédicateurs ii^ dépcnmnts conjurent le Seigneur de susciter des hommes plus dignes d être les instruments de sa volonté. Ou invite ie^ membres du parlement à faire abnégatioa de tout intérêt personnel, et a se démettra Tolantairemeftt de tout emploi lucratif. La chambre' se laissa entraîner, soit par un désintéressement véritable, soit par la crainte de perdre sa popularité. Elle vota le bill du renoncement à soi-même ^ et ordonna <|iie les membres du parlement n'exerceraient phis aucune charge civile ni militaire. lies généraux et les ofiiciars de l'armée résignèrent alors leurs fonctions^ et le parlement passa un bill pour la je composition de 1 armée, dont le commandement fut confié à Fair* fax. C était un général brave et habile, mais sans ea*> ractère^ Cromwell exerçait sur lui le plus complet empire* Aussi Tavait» il mis en avant pour se saisir da pouvoir sous son nom. Lui-même trouva moyen de se f«ûre exempter, par de nouveaux succès^ de la rè|[le coMimvine, et Fairfax demanda qu'on ne le privât pomt
ses services» Lamée ne fut plus composée, depuis ce eliaiigement, que d^oflkiers dévoués au parti de X indépendance.
Un combat décisif fut livré à Naseby, dans le voisinage de Nortbampton, le i4 juin i64â. Il décida de la chute du trône. Charles I**' se retira dans la ville d'Oxford avec les débris de son armée. Dès lors ses
affaires empirèrent Ae jour en Jour. « Les soldats parlementaires, enliammës d'un fnnatisme chaque jour plus ardent, avaient trop de supériorité sur les trou<pes opposées; leur piété rendait leur discipline plu9 sévère. Il ny avait dans leurs rangs ni désertion, ni pillage; les intervalles du service étaient remplis par l'exaltation religieuse. Les officiers se chargeaient de tous les soins du sacerdoce; beaucoup de soldats éprouvaient des extases; ils allaîént au combat en chantant des psaumes et des hymnes saints, et la mort était le martyre. Les troupes de Charles, fatiguées et corrompues par leur mauvaise fortune, se débandaient et commettaient beaucoujp de désordres dans le pays. La conduite de leurs principaux chefs, braves, mais frivoles, hautains, débauches, contrastait peu favorablement avec l'austère régularité et la simplicité démocratique des généraux parlementaires; et ces vices brillants des cours, qui choquaient Tesprit reUgieux du siècle, nuisaient encore plus à la bonne administration de la guerre (i). Bientôt la ville de Bristol se rendit par capitulation. Un corps de troupes royalistes qui assiégeait Tawnton tut taillé en pièces par Fairfax. Le prince de Galles fut vaincu dans le comté de Corn ouailles et forcé de passer en France, En Écosse, le brâve Montrose fut vaincu avec ses highlanders par les troupes anglaises mieux disciplinées que ses montagnards. Mais ce qui aclieva la ruine de Charles, ce fut la lecture qui fut faite publiquement à Londres de ses papiers qu'on avait trouvés sur le champ de bataille de Naseby. Elle prouva que, malgré ses protestations mille fois répétées, il appelait à son secours les étrangers et les Irlandais catholiques. Dès lors, le peuple le prit eu horreur, et tout espoir de réconciliation s'évanouit*
(i) Hi&toire de Cromweli^ par M. Tiileamiu. j
Réduit à sortir d'Oxford, le malheureux prince errm longtemps de "ville en ville, de château en clxàteau^ changeant sans cesse de déguisement jpour tromper la poursuite des ennemis. Un jour, il s arrêta sur les hauteurs de Harrow, d'où Ton apercerait Londres, et il hésita un instant s'il ne rentrerait pas dans sa capitale* £niin, il se détermina, par lassitude plutôt que
Cr choix, à demander un asile aux Écossais. L am* ssadeur de France, trompé par de vagues promes*
ses, lui avait fait espi rcr un accueil favorable. M«iis le roi s'aperçut bientôt qu il était prisonnier. Les Écossais ne lui épargnèrent pas même les outrages* « Ua ministre écossais, prêchant devant lui à Newcastle^ désigna aux chants de l'assemblée le psaume II, qui commence par ces mots : « Tyran, poui (pioi te glori- « fieS'tudans ta malice et te vantes-tu de tes iniquités? » Le roi, se levant tout à coup, entonna, au lieu de ce verset, le psaume LVI : « Aie pitié de moi, mon Dieu, «car mes ennemis m*ont foule aux pieds tout le jour, «et il y en a beaucoup qui me font la guerre; » et d'un commun élan toute rassemblée se joignit à lui (i). »,
Toutefois les Écossais^ après avoir essayé inutilement de lui faire accepter le covenant, le vendirent au parlement pour la somme de quatre cent aulle livres sterling.
Depuis ce jour, le malheureux roi ne fut plus qu un instrument que les différents partis se disputèrent tour à tour, en attendant qu'ils le brisa5sent. Le parlement et rarmee n étaient plus d accord. A la suite d'une sédition militaire, Cromwell avait organisé un conseil d'officiers qui fit bientôt la loi au parlement de Londres* Il fit enlever le roi du lieu où le gardaient les commissaires du parlement, et sans même attendre l'ordre du général en chei^ il le lit amener à l'armée.
(i) Midielet, Préds de rhittoîre moderne , p. 174*
HI5TOIRS DBS MODBRNSS.
Charles fut traité au milieu de l'armée avec plus tl égards; oa lui fit même espérer son rétahlissement. C'était un moyen imaginé par Cromw^li pour empé*- 4^er tout accommodement entre le roi et les presby^ térîens, qui auraient préféré le rétabKssement de ki Toyauté à la domination des indépendants.
Maîtres de la personne du roi, et surs de l'armée, les indépendants ne gardèrent plus de ménagemeaU» enrers leurs anciens adliés. Bientôt leur insolenea dé» passa tontes les bornes. Le parlement, effrayé de leurs menaces, chassa de son sein oniv. députés, réputés trop modérés. Mais le peuple, qui craignait de tomber MUS le régime militaire^ s*assembla en tuçiulte devant la salle de Westminster, et demanda leur rappel. Aussitôt une centaine de députés du parti des indépen* *dants se plaignirent de cette violence, et, sous prétexte qu'ils n'étaient plus en sûreté à Londres, se réfugièrent dans les rangs de larmée, qui les ramena à Westminster (1647}.
L'entrée de l'armée dans Londres fut le triomphe des indépendants. Les presbytériens tentèrent un dernier effort, lis entamèrent secrètement des négociations avec le roi qu*on avait transféré au château de Hamptoncourt. Mais Gromwdl rompit ces négociations en favorisant la fuite du roi, qui se retira dans Tîle de Wight. Le malheureux prince se croyait libre; mais le colonel Hammond, gouverneur de 1 ilci était l'atni de Cromwell. 11 se retrouva prisonnier.
Cromwell, à la suite de ces événements ^ duc réprimer dans Tarmée la faction des niveleurs , masa il ne voulait pas encore se brouiller avec un parti si énergique et si entreprenant. D'abord, il les regagna en battant à Preston, dans le comté de Lanças- <tre, l'armée des Écossais, qui, se repentant d'avoir livré le roi à ses mortels ennemis, avaient tenté une réaction en s<i faveur (1647}- Ensuite il acheva sa ré-
' conciliation avec le» nireleurs, en déclarant, au nom
de l'armée, Charles Stuart incapable de régner. Le parlement, effrayé de la dernière victoire de Groni* WfAlj qui ne pouvail manquer de tourner au profit des indépendants^ avait déchiré, à la majorité de cent quarante voix contre cent quatre, que les concessions du roi permettaient île reprendre avec lui les n<'<^^ociations. Pendant que Char i es discutait avec les députés mon lui avait enfTOyés^CromMreH marchait sur Lonores pour aller purger le parlement. Le colonel Pride vint occuper la porte des communes avec deux régiments, tenant en main l;i liste des proscrits. Quarante membres presbytériens furent arrêtés; cent furent exclus. Les nireleurs triomphèrent. Ils firent nomm»^ parmi les dépotés qui restaient, une commission de trente-huit commissaires pour juger le roi, qu'on avait enlevé de l'île de Wiglit. Cette commission ( tait présidée par John Bradshaw, cousin de Milton. Elle pré* para une accusation de haute trahison, qui fut adoptée par les communes. Les lords repoussèrent le biU à Tunanimité. Mais les communes passèrent outre, sans s'arrêter à cet obstacle, alléguant que tout pouvoir émane du peuple dont elles se disaien t les représentants. Une nouvelle commission fut établie pour^uger le roi. Elle était composée de cent trente-trois mead>res choi* sis parmi les communes, les officiers, les magistrats et les simples citoyens. « Malgré 1 opposition de plusieurs membres^ et entre autres du jeune et vertueux Sidney ; malgré la récusation de Charks qui soutint que les communes ne pouvaient exercer une autorité parlementaire sans le concours du roi et des lords; malgré l intervention des commissaires écossais et des ambassadeurs des États Généraux, le roi fut condamné à mort. Au moment où le juge prononçait le nom de Charles Stuart, amené pour répondre à une accusation de trahison et autres grands crimes présentés contre
224 ' HISTOIEB DBS TEMPS MODBRNBS.
lai au nom du peuple ^ Angletmrre**^ « Pas de la moi*
« tié du peuple, s écria une voix : où est le peuple ? où « est son consentement? Olivier Cromwell est un traî* « tre ! M L'assemblée entière tressaillit : tous les regards se tournèrent yers la galerie : « A bas les femmes ! s'é* cria le colonel Axtell ; soldats, feu sur elles ! » On re« connut lady Fairfax.
« Avant j après la sentence, on refusa d'entendre le roi; on l'entraîna au milieu des outrages des soldats et des cris : Justice! exécution (i)! »
Ce fut le 3o janvier 1648 que le roi monta sur 1 echafaud qui avait été dressé devant le palais de Whitehall. 11 mourut avec courage en présence d'un peuple immense. Cromwell voulut voir son corps déjà enfermé dans le cercueil. Il le considéra attentivement, et, soulevant la téte de ses mains : « G était là un corps bien constitué, dit-il, et qui promettait une longue vie. »
5 lU. La. république (i648-ji653)*
Quelques jours après la mort de Charles P% le parlement abolit la chambre des lords comme inutile et dangereuse. Le même jour , on abolit la monarchie et
Ton proclama la république. Un nouveau sceau fut gravé avec cet exergue : Van i®** de la liberté restaU' rée par la bénédiction de Dieuj 1648.
L*homme le plus influent de la chambre des com* munes était Cromwell ; et si jusqu alors il n avait songé qu'a la liberté de l'Angleterre, il est impossible de ne pas reconnaître qu'après la mort de Charles il ne songea plus qu'à s'emparer du pouvoir.
Avant de continùer notre récit, nous croyons devoir raconter la vie de cet homme extraordinaire, et rappeler en peu de mots la part qu il prit aux événements
(1) Michelet, Précis de l'histoire moderne.